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Liban

Un nouveau « plan d’urgence » pour Beyrouth... à la Quarantaine

Déchets ménagers

Six sites de stockage, dont cinq n'ont pas encore été annoncés, devraient accueillir les déchets de la capitale, en attendant leur transport vers des décharges hors de la ville. Pour l'heure, les ordures ménagères d'Achrafieh commencent à être transportées à la Quarantaine... tout près de la minoterie Bakalian.

30/07/2015

Le mohafez de Beyrouth Ziad Chbib a annoncé hier « un plan d'urgence » pour stocker les déchets du Beyrouth administratif (sans les banlieues). M. Chbib était injoignable hier et peu d'informations ont filtré sur le plan en tant que tel, à part le fait qu'un terrain dans le secteur du port à la Quarantaine, près de l'usine Sukomi, a été apprêté pour recevoir temporairement les déchets d'Achrafieh et de Rmeil. Cinq autres sites devront être également désignés pour recevoir les déchets de la capitale, mais aucun d'entre eux n'a encore été annoncé.
Dès un peu plus de 17h, les camions de Sukleen ont commencé à ramasser les déchets dans plusieurs quartiers d'Achrafieh, ce qui a été confirmé à L'Orient-Le Jour par une source de la compagnie, qui a précisé que « des directives ont été données pour le ramassage dans Beyrouth ».

Sur le site de la Quarantaine, les camions sont déjà à pied d'œuvre. Le terrain vague en question est très proche de la minoterie Bakalian, qui fournit de la farine à 40 % du marché libanais. Les responsables de l'usine ont menacé d'interrompre son activité si les déchets n'étaient pas déplacés sur-le-champ, mais le « plan d'urgence » est venu confirmer l'utilisation du terrain pour le stockage – censé être temporaire – des déchets. Sommes-nous à la veille d'une crise du pain ?

 

(Lire aussi : Le gouvernement tient bon face à une crise des déchets partie pour durer)


Sur le plan d'urgence lui-même, le député Nadim Gemayel confirme à L'Orient-Le Jour que les déchets du Beyrouth administratif, en priorité ceux d'Achrafieh et de Rmeil, seront placés dans un terrain de la Quarantaine, près de l'usine de Sukomi. « Ces déchets seront pressés et empaquetés dans l'usine, puis déposés proprement sur le terrain », explique-t-il. Il fait remarquer qu'il y a « cinq mille tonnes actuellement dans les rues de Beyrouth intra-muros ». Pour lui, « le plus important est de nettoyer Achrafieh et Beyrouth ».

Ziad Abs, cadre du Courant patriotique libre (CPL) à Achrafieh, précise de son côté à L'Orient-Le Jour qu'un accord a été passé avec le mohafez pour désigner six sites de stockage dans le périmètre du Grand Beyrouth (avec les banlieues est et sud), pour y placer les 1 500 tonnes que produit cette zone par jour. « Il fallait qu'on s'assure que ces quantités allaient se répartir sur plusieurs régions, que la Quarantaine n'aurait pas à subir toutes les tonnes de déchets, dit-il. Nous sommes parvenus à la conclusion que ce site accueillera les ordures ménagères issues d'Achrafieh et de Rmeil. »
Les cinq autres sites dont parle Ziad Abs, qui n'ont pas été annoncés officiellement, devront recevoir chacun une partie des déchets de la capitale, qui auront été auparavant triés et traités dans l'usine de tri de Sukleen à la Quarantaine, puis empaquetés dans des ballots. Ils serviront simplement, selon les promesses officielles, de sites de stockage, en attendant leur transport vers les décharges hors de Beyrouth. Les autres sites, encore secrets, pourraient être des terrains municipaux près de Ramlet el-Baïda, de Horch Beyrouth ou encore du terrain de sport al-Nahda, mais aucune de ces informations n'a pu être confirmée pour l'heure.


(Infos pratiques : Qui contacter pour recycler les déchets triés)

 

Mêmes craintes pour les Kataëb et le CPL
Ces terrains serviront donc à stocker temporairement les ballots de déchets. « Les décharges hors de Beyrouth, comme nous l'avons su, nécessitent plusieurs semaines de préparation, à supposer que ces sites soient désignés assez rapidement, souligne Ziad Abs. Si tous les déchets de la capitale devaient finir à la Quarantaine en attendant, cela aurait été catastrophique pour les riverains. » Pour Nadim Gemayel, « Beyrouth est une, et ses habitants sont uns. Il y a effectivement d'autres sites qui ont été désignés, et ils seront utilisés dès que le terrain de la Quarantaine sera saturé, ou avant s'ils peuvent être prêts à temps, dit-il. Le plus important est de sortir les déchets du Beyrouth administratif de la rue, en raison de la pollution et de la prolifération de rats et autres animaux. Nous préférons qu'il y ait un seul grand problème gérable, qu'une multitude de problèmes à chaque coin de rue ».

 

(Voir: Crise des déchets au Liban, paroles de citoyens excédés)



Ziad Abs raconte quant à lui comment, avant l'annonce de ce plan d'urgence, la présence des camions de déchets avait été constatée sur le site. « Nous avons surpris les camions relevant de la société de Jihad el-Arab qui déversaient les déchets dans le terrain, dans la nuit d'hier (de mardi à mercredi), raconte-t-il. Nous pensons que sept à huit camionnées ont dû être déversées sur le terrain ce soir-là. Les camions étaient garés devant le port, depuis que la route de Dahr el-Baïdar leur a été fermée. Je suis convaincu que si nous n'étions pas intervenus pour les empêcher de poursuivre leur besogne, la Quarantaine aurait servi de site de stockage pour toutes les ordures de Beyrouth. »

Quoi qu'il en soit, cette solution temporaire est loin d'être rassurante, surtout au regard des échecs successifs de la commission ministérielle à désigner des sites de décharge hors de Beyrouth. « Bien sûr que je crains que cette situation ne dure et que le gouvernement ne s'avère incapable de trouver une solution, mais il nous fallait résoudre ce problème urgent entre-temps », estime Nadim Gemayel.
Ziad Abs affirme pour sa part craindre que « le provisoire ne dure, une fois de plus. Cependant, nous devons tous jouer notre rôle pour garder notre ville propre, même avec des solutions temporaires, qui répartissent les responsabilités sur plusieurs régions », ajoute-t-il.

 

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Irene Said

Un "plan d'urgence et provisoire"...on veut bien!
Pour nous débarasser enfin de la vision cauchemardesque de ces montagnes d'ordures puantes !
A condition que pendant ce "provisoire", ces Messieurs se mettent vraiment au travail pour trouver une solution à ce problème. Sans vouloir, comme d'habitude dans ce pays, contenter les "pour ceci" et les "contre cela".
De toute façon, on ne mettra jamais tout le monde d'accord, nous sommes beaucoup trop individualistes et ne connaissons pas assez ce sujet! Sans parler de notre manque total de sens civique !
La faute à qui ? A nos IRRESPONSABLES qui n'ont jamais fait le nécessaire pour éduquer la population dans ce domaine, comme cela se fait dans presque tous les pays civilisés...
Mais pour cela, faudrait d'abord que ces IRRESPONSABLES eux-mêmes connaissent ce sujet et s'y intéressent vraiment...non ?

En attendant, continuons de rêver au temps où l'on pouvait dire : "le Liban...la Suisse du Moyen-Orient"...
Irène Saïd

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

La "Quarantaine" ? Pire qu'une poubelle !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OU : LES POUBELLES... DANS L'ÉTERNELLE POUBELLE !

Le Faucon Pèlerin

De nouveau les "zbélis" à la Quarantaine... On y revient ! Cela me rappelle les années 1950, lorsqu'on arrivait devant les maisons en "ténékés" qui longeaient la route nationale Jounieh-Beyrouth au niveau de la Quarantaine, nous bouchions nos nez à cause des odeurs nauséabondes qui émanaient de ces masures insalubres. De là était née la mauvaise réputation de cette zone-nord-est de Beyrouth.

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