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Moyen Orient et Monde - Analyse

Après l’accord sur le nucléaire, l’Iran en – relative – position de force en Syrie

L'avenir du président Assad fait-il partie du « package deal » entre Washington et Téhéran ?

Le président syrien Bachar el-Assad, avouant pour la première fois que son armée fait face à « un manque de ressources humaines » à Damas. Photo AFP / Ho /Sana

L'accord sur le nucléaire iranien peut-il mener à un accord sur le dossier syrien ? se demandait la célèbre revue américaine Foreign Policy au lendemain de la signature de l'accord de Vienne le 14 juillet dernier.
Le rapprochement progressif entre les États-Unis et l'Iran et la lutte commune contre l'organisation État islamique (EI) devrait – a priori – ouvrir des perspectives de négociations entre les deux États sur plusieurs dossiers-clés. Mais rien n'indique pour autant que l'avenir du président syrien, Bachar el-Assad, fasse partie du « package deal », comme disent les Américains. Les réactions pour le moins enthousiastes de M. Assad, qui a évoqué l'accord comme un « grand tournant », « un exploit historique », témoignent de ses espoirs de tirer avantage de cette situation inédite. L'espoir, plutôt irréaliste, de normaliser à son tour ses rapports avec les puissances occidentales, et surtout l'espoir, nettement plus réaliste, de voir son allié iranien accroître son soutien à son égard, fort de la manne financière qu'il va récupérer après la levée des sanctions.


Alors que de nombreux observateurs estimaient que la signature de l'accord nucléaire allait obliger l'Iran à lâcher du lest sur le dossier syrien, il semble au contraire que, au moins dans un premier temps, Téhéran va accentuer son aide au régime syrien. « L'oxygène apporté par l'accord va probablement amener l'Iran à accroître son aide à Damas », estime Frédéric Pichon, chercheur associé à l'université de Tours et auteur de Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé. Un avis entièrement partagé par Thomas Pierret, maître de conférences à l'Université d'Edimbourg et spécialiste de l'islam sunnite et de la Syrie, qui explique : « Je ne vois pas comment l'Iran peut évoluer sur le dossier syrien. Il faut voir quel type d'intérêts il défend et comment il les défend. Son principal intérêt actuellement est de protéger la profondeur stratégique du Hezbollah et il ne peut le faire autrement que par sa posture actuelle. Toute solution inclusive, c'est-à-dire qui entraînerait une participation au pouvoir de l'opposition, mettrait en danger la relation que la Syrie entretient avec le Hezbollah, ce que l'Iran ne peut pas permettre. »

 

(Lire aussi : Mouallem sur l'accord nucléaire : Tant que l'Iran est fort nous resterons forts)

 

Nouvelle impasse
Toutefois, malgré son nouveau pouvoir financier, l'Iran devrait rapidement se trouver face à une nouvelle impasse en Syrie. Dimanche, M. Assad a, pour la première fois, reconnu que son armée manquait de « ressources humaines ». « Un aveu de faiblesse », selon M. Pichon, et une façon d'adresser un message à son mentor iranien, dont il est totalement dépendant, en lui faisant comprendre que l'aide qu'il lui fournit déjà n'est plus suffisante. Autrement dit, la Syrie a besoin de combattants. Pourtant, de l'avis des experts, il semble que Téhéran ait plus ou moins épuisé le réservoir des milices qui lui sont obligées et ne soit pas disposé à envoyer ses propres hommes aux combats.
Cette évolution du rapport de forces en défaveur du régime syrien devrait amener Téhéran à négocier avec les Américains. Non pas pour trouver une solution politique à la crise, mais plutôt pour entériner, de facto, l'idée d'une partition de la Syrie avec des possibilités de cessez-le feu entre les différentes parties. « L'Iran pourrait se satisfaire d'une division de la Syrie, mais Assad continue de s'opposer à cela. Même s'il a reconnu ses défaites, ses propos laissent penser qu'il continue de croire qu'il finira par récupérer le territoire syrien. Il garde l'espoir en vie et s'oppose à tout compromis », analyse Joshua Landis, directeur du Centre pour les études sur le Moyen-Orient et professeur à l'université d'Oklahoma.

 

Rôle d'intermédiaire
Si l'accord de Vienne ne devrait pas déboucher sur une solution politique en Syrie, il pourrait toutefois permettre à l'Iran de se positionner comme un intermédiaire entre la Syrie et les États-Unis, rôle occupé jusqu'alors par Moscou. « L'Iran essaye de faire comprendre aux États-Unis qu'aucune solution politique n'est envisageable. Assad ne veut pas négocier et il est clairement incapable de réformer le régime. Même s'il est en position de faiblesse, il ne va pas négocier pour une solution politique. Si les rebelles gagnent, ils tueront les généraux alaouites, qu'Assad soit présent ou pas et vice-versa », argumente M. Landis. Selon lui, les Iraniens essayent de convaincre les Américains que le président syrien est un atout de taille pour combattre l'EI et qu'en cas de victoires rebelles, ce qui reste de l'État syrien s'effondrerait. « Beaucoup d'officiels américains sont d'accord avec cela, sans parler d'Israël et même de l'Arabie saoudite qui, bien que contribuant à la lutte contre le régime, redoute les conséquences de l'après-Assad. Ils ont pour l'instant intérêt à voir Assad largement affaibli mais pas complètement détruit », estime M. Landis.

 

Le président syrien Bachar el-Assad, l'ancien président iranien Mahmoud Ahmaninejad et le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, en Syrie, le 25 février 2010. Photo AFP

 

Nouvelle coalition
Malgré le fait que la coalition ne bombarde pas les positions du régime et malgré une probable coordination militaire entre Damas et Washington, nécessaire pour éviter tout « accident » entre les avions du régime et ceux de la coalition, les Américains ne semblent toutefois pas prêts à normaliser leurs relations avec Damas. M. Landis rappelle qu'au moment de la prise de Palmyre, les Américains auraient pu intervenir mais qu'ils ont préféré laissé les jihadistes s'emparer de la ville plutôt que de donner l'impression d'aider le régime. Difficile dès lors d'imaginer la formation d'une nouvelle coalition, comme le souhaitent a priori les Russes selon des informations rapportées par certains médias ces derniers jours, qui inclurait notamment les Iraniens, les Irakiens, les Saoudiens, les Syriens et obligatoirement donc les Américains, dans la lutte contre l'EI. M. Pichon soutient l'idée de la formation de cette coalition argumentant que les Saoudiens, par pure realpolitik, cherchent un moyen de rapprochement avec l'Iran. « Les Russes vont proposer cela à l'Onu. Cela s'inscrit dans le changement d'attitude général vis-à-vis du régime syrien. La Tunisie va bientôt rouvrir ses canaux diplomatiques en Syrie et l'Égypte devrait suivre. Même l'Arabie saoudite pourrait être tentée d'avoir un pied-à-terre en Syrie tout en continuant de financer les rebelles contre Assad », estime le chercheur.
« Pure intox », pour M. Pierret, « risible », selon M. Landis, l'idée de cette coalition repose tout de même sur un incroyable retournement de situation qui – même s'il ne serait pas le premier dans la région – amènerait les ennemis d'aujourd'hui à devenir les amis de demain. « Cela voudrait dire qu'Assad est un acteur crédible aux yeux de l'Arabie saoudite, ce qui semble impossible », argumente M. Pierret.

 

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, et son homologue américain John Kerry après l'accord sur le nucléaire iranien le 14 juillet à Genève. Rick Wilking/Pool/AFP

 

Mauvais pour l'Iran
Compte tenu de la volatilité actuelle de la situation et du repositionnement de chacun des acteurs après l'accord de Vienne, il est néanmoins difficile d'évaluer la pérennité de la position iranienne en Syrie. La preuve : l'intervention récente des Turcs contre l'EI, et la réconciliation entre les Turcs et les Américains, au détriment des Kurdes, est « très mauvais pour les plans de l'Iran », selon M. Landis. « Les Kurdes ont atteint la limite de ce qu'ils pouvaient faire en s'emparant de la quasi-totalité des territoires kurdes. Les Américains ont compris cela et ont décidé de s'appuyer désormais sur les Turcs. » Or, si les Kurdes avaient plutôt de bonnes relations avec Damas, les Turcs, eux, aident ouvertement les rebelles sunnites qui combattent Assad. Soit une nouvelle possibilité d'alimenter le conflit et d'affaiblir, à terme, la position de l'Iran en Syrie.

 

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commentaires (3)

Pure speculation . Un autre article dans ce journal se posait la question de savoir si les amerlocks n'ont pas piege les turcs . Toujours est il que comment voudrait on faire lacher prise a l'Iran sur son axe de la resistance et ne pas accepter l'idee que l'axe salafosinistotyanky ne fasse pas de meme avec ses allies/larbins ???? Deculottage , mon ass oui ....

FRIK-A-FRAK

12 h 54, le 29 juillet 2015

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Commentaires (3)

  • Pure speculation . Un autre article dans ce journal se posait la question de savoir si les amerlocks n'ont pas piege les turcs . Toujours est il que comment voudrait on faire lacher prise a l'Iran sur son axe de la resistance et ne pas accepter l'idee que l'axe salafosinistotyanky ne fasse pas de meme avec ses allies/larbins ???? Deculottage , mon ass oui ....

    FRIK-A-FRAK

    12 h 54, le 29 juillet 2015

  • Des retournements qu'il est difficile de suivre, accord avec l'Iran, entrée en scène ouvertement de la Turquie contre les a kurdes, et les américains qui veulent s'entendre avec tout ce monde et qui finissent par se mettre à dos toutes les parties en présence. Un imbroglio inextricable...et entre-temps la république des poubelles est devenue une boule puante irrespirable !

    Dounia Mansour Abdelnour

    11 h 06, le 29 juillet 2015

  • POUR CEUX QUI NOUS DISAIENT QU,AVEC L,ACCORD NUCLEAIRE OUVRE LA VOIE POUR L,ELECTIOIN D,UN PRESIDENT AU LIBAN ! L,ACCORD NUCLEAIRE... SANS DES ENGAGEMENTS POUR LES DOSSIERS PARALLELES...UNE CONNERIE OCCIDENTALE DE PLUS...

    LA LIBRE EXPRESSION.

    09 h 50, le 29 juillet 2015

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