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La Dernière

Carma Khayat, militante dans l'âme

Dans la peau d’une femme
14/07/2015

«Si je suis condamnée (par le Tribunal spécial pour le Liban) à une peine de prison, je la purgerai. Je ne serai pas une fuyarde. J'ai d'ailleurs visité la prison là-bas. Ça va, elle est acceptable.» Carma Khayat ne lance pas cette phrase par défi ou, au contraire, avec résignation. Elle s'exprime avec la dignité et le courage qui l'ont caractérisée depuis l'accusation d'outrage à la cour et d'entrave à la justice, pour avoir révélé des informations confidentielles sur des témoins protégés, portée contre sa personne et la chaîne de télévision qu'elle représente (al-Jadeed) par le TSL (chargé de juger les assassins de Rafic Hariri), au point d'incarner aux yeux de beaucoup de Libanais le combat pour la liberté de presse. Face à son accusateur, le procureur («l'ami du tribunal») Kenneth Scott, qui n'a pas été tendre avec elle ni avec la chaîne dont elle est la vice-présidente, et en dépit de la solennité de la situation, elle a retourné les charges, déclarant qu'elle est «du côté du droit, alors que le TSL, lui, le bafoue».

Qu'on soit ou non d'accord avec elle, Carma Khayat a marqué les esprits et au final, de l'avis des analystes, quel que soit le jugement du tribunal dans l'affaire dite «al-Jadeed» (prévu au plus tard en septembre), elle en sortira gagnante, s'étant imposée sur la scène médiatique et ayant donné à al-Jadeed l'image d'une chaîne pionnière dans le journalisme d'investigation, qui ne se dérobe pas et se bat jusqu'au bout. Elle apprécie d'ailleurs à sa juste valeur l'élan de sympathie dont elle a bénéficié au Liban plus d'ailleurs au niveau de la population et même des responsables qu'au niveau des institutions médiatiques, chacune ayant des considérations et des intérêts propres, celles qui auraient pu faire campagne pour elle boycottant le TSL et les autres le défendant.

Carma Khayat confie pourtant qu'elle était tendue avant l'ouverture du procès. D'abord parce qu'elle n'aime pas les projecteurs préférant être dans les coulisses et ensuite à cause de la gravité de la situation. Mais elle ajoute: «Face aux juges et au procureur, je ne me suis pas sentie seule. Au contraire, j'avais le sentiment que toute la chaîne était avec moi, mais aussi de nombreux Libanais.» Elle sentait donc peser sur ses épaules une grande responsabilité. Elle est d'ailleurs convaincue qu'en fin de compte, cette expérience sera un plus dans sa carrière, puisqu'elle a adopté ce proverbe: «Ce qui ne te tue pas te rend plus fort.»

Elle est ainsi, Carma, une personne positive et déterminée. Et surtout une militante dans l'âme qui considère son expérience devant le TSL comme une étape de plus dans son activisme en faveur de ses convictions. Elle est d'ailleurs la seule des cinq enfants de Tahsine Khayat (quatre filles et un garçon) à s'être intéressée au monde des médias. Elle aurait pu, en tant que fille du PDG, accumuler les titres et jouer à la patronne, sans s'investir autant au sein de la chaîne. Mais c'est mal la connaître. Carma Khayat a d'abord entrepris des études poussées dans le domaine des médias, de la communication et des sciences politiques, effectuant des stages à Harvard pour perfectionner le savoir acquis, avant de gravir les échelons au sein de la chaîne de son père. «J'ai même travaillé plus que les autres. Je ne voulais justement pas qu'on dise que je bénéficie d'un traitement privilégié.» Elle a donc commencé par réaliser des documentaires puis des programmes avant de devenir vice-présidente. C'est d'ailleurs rare pour une figure féminine d'occuper un tel poste dans le paysage médiatique libanais. Mais dans ce domaine, al-Jadeed est avant-gardiste.

Carma en est fière et elle se donne à fond dans son travail, car elle est entière et passionnée. «Quand j'étais plus jeune, je voulais changer le monde, confie-t-elle dans un rire. J'ai participé à de nombreuses manifestations dès l'école à Saïda et même plus tard. Je me révoltais essentiellement contre le confessionnalisme et contre la corruption. Aujourd'hui, je me rends compte de la difficulté d'atteindre mes objectifs, mais je considère que la chaîne pour laquelle je travaille est une force de changement. Elle a une identité et elle mène des combats. » Carma considère d'ailleurs al-Jadeed comme sa grande famille. Mais cela ne signifie pas qu'elle ne compte pas fonder la sienne. «Quand je me projette dans dix ans, dit-elle, je me vois avec un mari (que j'aime) et trois ou cinq enfants. Mais je serai encore en train de me battre pour mes convictions. » Pas de carrière politique en vue, donc? «Je me sens plus efficace ici qu'au Parlement. Mais si je sens un jour que je peux changer quelque chose en étant députée, je n'hésiterai pas à me lancer dans l'arène.» Les batailles, ça la connaît.

 

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