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Éclairage

Deraa : enjeux d’une bataille décisive pour l’avenir de la Syrie

La bataille du Sud ne prend pas pour l'instant la même tournure que celle du Nord. Ziad Majed
explique les raisons de cette différence à « L'Orient-Le Jour ».

Des soldats de l’Armée syrienne libre préparent leurs munitions au cours d’une offensive contre les forces loyalistes dans la région de Deraa, le 25 juin 2015. Alaa al-Faqir/Reuters

Le 9 juin dernier, les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) annonçaient la prise d'une base clé du régime syrien, dite « Liwa 52 » (Brigade 52) à Deraa. Un sérieux revers pour le régime, qui annonçait une plus vaste offensive des rebelles pour reprendre la totalité de Deraa, berceau de la révolution syrienne. Située à la frontière jordanienne, la ville est, à l'instar d'Alep, divisée en deux parties : le régime contrôle la partie nord tandis que les rebelles contrôlent la partie sud. Le 25 juin, les brigades du Front du Sud, un groupe d'environ 20 à 25 000 combattants, affiliés à l'Armée syrienne libre, ont lancé « la bataille de la tempête du Sud », destinée à « libérer » Deraa.

 

Tactique et stratégique
Une bataille d'une importance capitale pour le régime tant sur le plan tactique que stratégique. Stratégique parce que la prise de Deraa ouvrirait la voie, via l'autoroute allant du Sud à la capitale, Damas. « Certaines positions sont à seulement 45 ou 50 km de Damas et permettraient aux rebelles de rallier la Ghouta occidentale », explique Ziad Majed, politologue libanais et professeur des études du Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris. « Cela pourrait changer la physionomie de plusieurs batailles, notamment celle dans le Qalamoun », ajoute-t-il.
Tactique parce que, comme l'explique M. Majed, « c'est la seule grande bataille que dirige l'Armée syrienne libre ». Ce sont des anciens officiers de l'armée syrienne qui combattent à Deraa, rejoints par des milliers de jeunes, des fils des villes et des villages du Sud. Contrairement au Nord où le régime a été défait à Idleb et à Jisr al-Choughour et à Ariha par l'Armée de la Conquête, une coalition essentiellement menée par le Front al-Nosra – branche syrienne d'el-Qaëda – et le groupe salafiste Ahrar el-Cham, la bataille de Deraa oppose les forces loyalistes à des rebelles affiliés à l'Armée syrienne libre. Autrement dit, en cas de victoire des rebelles, le régime ne pourra pas se cacher derrière la menace jihadiste ou même islamiste.

 

(Pour mémoire : Tout se joue entre Deraa et Kuneitra...Le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Tournant stratégique
Après avoir subi une série de défaites, que ce soit contre l'Armée de la Conquête dans le Nord ou contre l'État islamique (EI) à Palmyre, la bataille de Deraa apparaît comme un possible tournant dans la stratégie du régime : soit les forces de ce dernier se retirent pour préserver leur force sur le littoral, comme le souhaitent, a priori, leurs alliés iraniens ; soit ils arrivent à garder leurs positions, à défaut de pouvoir reprendre du terrain, comme le souhaite, a priori, Bachar el-Assad.
Pour l'instant, contrairement au Nord, c'est plutôt le deuxième scénario qui semble se dessiner. Pour M. Majed, auteur de Syrie : la révolution orpheline, la relative résistance des troupes loyalistes et de ses alliés que l'Iran a mobilisés, et la lenteur de l'offensive peut s'expliquer par un plus faible engagement des sponsors des rebelles dans le Sud, par rapport au Nord. Au Nord, le Qatar et la Turquie étaient prêts à tout pour permettre aux rebelles de prendre l'ascendant contre le régime et ses alliés, quitte à s'allier avec al-Nosra. Au Sud, les « sponsors » sont moins pragmatiques. Les Jordaniens, les Saoudiens et les Occidentaux veulent éviter une collaboration avec al-Nosra. Certains d'entre eux n'ont pas voulu que le front du Sud effectue une percée rapide à Deraa parce qu'ils prétendent vouloir s'assurer, en amont, que les rebelles ont les capacités de gérer la ville et la région et les protéger, analyse M. Majed. Autrement dit, Amman et les Américains surtout craignent qu'en cas de victoire des rebelles, les jihadistes de l'État islamique en profitent pour essayer de progresser vers ces territoires et ouvrir ainsi de nouveaux fronts contre l'armée libre, même si, comme le rappelle M. Majed, « Daech n'est pas encore directement présent dans la région ».

 

(Lire aussi : De combien de temps dispose encore Assad ?)

 

Timing
« Un autre facteur qui pourrait, à mon sens, expliquer l'absence d'un soutien décisif aux rebelles dans le Sud est que les Américains ne veulent pas mettre une pression importante sur les alliés de Damas – Iran et Russie – dès maintenant, ou du moins avant la signature du fameux accord nucléaire. En cas de soutien plus important, la bataille peut être gagnée. »
La question druze est également importante dans cette bataille. Une question épineuse, puisque le front du Sud n'a pas encore réussi à apporter des garanties suffisantes aux yeux des druzes de Soueida pour qu'ils se rallient à eux. « Deux raisons peuvent expliquer la crainte d'une grande partie des druzes, selon M. Majed. D'une part, le massacre perpétré par des membres d'al-Nosra contre des membres de leur communauté à Idleb. D'autre part, le fait qu'ils veulent éviter de se retrouver entre deux feux : celui du régime et celui de Daech qui progresse du côté du désert de Palmyre et qui a rallié des Bédouins de la région, dont certains anciens collaborateurs du régime Assad. »

 

 

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