Un travail minutieux, très prisé, dans les boutiques d’artisanat.
Branle-bas de combat à la prison Barbar el-Khazen à Verdun. En cette fin juin, le médecin de service vient de constater un cas de gale. Chose rare dans ce centre de détention pour femmes qui se veut modèle, avec ses cellules proprettes aux lits superposés, équipées de salles de bains, d'eau chaude, de téléviseurs et de climatiseurs. Alors que la direction se mobilise et dépêche une surveillante pour prendre en charge la détenue atteinte, connue pour son manque d'hygiène personnelle, les autres prisonnières vaquent à leurs occupations quotidiennes. « Elles sont 48 au total, dans cette prison qui peut héberger 80 personnes », comme le note la jeune directrice de l'établissement, Malak Mrad, une civile.
Dans le petit atelier aménagé par le Mouvement social, une dizaine de femmes enrobent des boutons de bouts de tissu colorés. Certaines travaillent vite, avec dextérité. D'autres, à leur première tentative, sont encouragées par Eliana, responsable de l'atelier au sein du Mouvement social. Ces boutons serviront à fabriquer des colliers pour la Maison de l'artisan. Guidées par la motivation de se faire un peu d'argent de poche, jeunes et moins jeunes s'activent, tout en bavardant, au son d'une musique de fond. Malika*, elle, brode des drapeaux de douze pays sur un tee-shirt, au moyen de perles multicolores. Elle doit le livrer dans la semaine et manie l'aiguille sans hésiter.
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Payées au rendement
L'atelier de production est l'occasion pour la cinquantaine de prisonnières de Barbar el-Khazen d'oublier, l'espace de quelques heures, leur malheur, leur détention, leur histoire de criminalité pour certaines, de prostitution ou de drogue pour d'autres. Qu'elles aient été jugées ou pas, qu'elles soient libanaises, palestiniennes, syriennes, qu'elles viennent d'Asie ou d'Afrique, ces femmes sont toutes logées à la même enseigne. Elles seront payées sans délai, en faonction de leur production du jour. Cela leur permettra de ne manquer de rien, de s'offrir quelques gâteries que l'association leur achètera du supermarché, de se concocter des plats cuisinés bien meilleurs que la nourriture ordinaire que leur assurent les services pénitentiaires, et même, pour certaines comme Malika, de nationalité sri lankaise, d'envoyer de l'argent à leurs familles.
L'ambiance est bon enfant, détendue. Des rires fusent parfois. « Je ne savais pas coudre un bouton. Aujourd'hui, je fais ce travail avec plaisir et j'attends les jours d'atelier avec impatience », assure Leyla, une femme palestinienne. Seules les nouvelles venues gardent le silence, le visage fermé. Détenue depuis un mois, Oula, de nationalité syrienne, essaie d'imiter ses camarades. « Je suis lente et maladroite. Mais c'est normal, c'est la première fois, dit-elle comme pour s'excuser. Avant ça, je n'avais pas le moral. Mes parents sont morts. Mais il faut bien que je paye mes cigarettes. Et puis, cela me distrait et me permet de passer le temps. »
Quatre fois par semaine, depuis 2008, l'atelier du Mouvement social accueille les femmes détenues, explique Charlotte Tanios, coordinatrice de projets au sein de l'association. Avant cette date, le travail se faisait dans les cellules. C'était dans l'ancien bâtiment de la prison. « Nous répondons au besoin des prisonnières d'effectuer un travail rémunéré qui les occupe et leur permet d'oublier, précise-t-elle. En même temps, l'apprentissage de ce travail est le point de départ d'un long processus de réhabilitation et de réinsertion. » « Car il exige des femmes un engagement sérieux, sans compter qu'elles ont désormais un métier, puisqu'elles apprennent non seulement à manier le fil et l'aiguille, mais aussi à utiliser les machines à coudre et à broder », note la représentante de l'ONG.
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Réhabilitation socioprofessionnelle
Si l'atelier de production est l'occupation favorite des détenues, elle n'est pas la seule activité proposée par le Mouvement social. Bien au contraire, c'est dans le cadre du projet de « Réhabilitation socioprofessionnelle des femmes en conflit avec la loi » qu'elle se situe. « Nous favorisons leur réhabilitation socioprofessionnelle à travers un accompagnement sociopsychologique individuel et collectif, indique Mme Tanios. Nous préparons ainsi leur réinsertion sociale, leur sortie de prison. Un atelier d'expression est également mis à leur disposition, ainsi que des activités sportives, des sessions d'apprentissage de l'anglais, de l'informatique et même d'alphabétisation. » « Nous travaillons sur l'estime de soi et sur le regain de confiance », note-t-elle encore.
De même, l'association assure une aide juridique aux détenues libanaises et arabes qui n'ont pas d'avocat. Car c'est Caritas qui prend en charge les dossiers des femmes migrantes, fait-elle remarquer, ajoutant que plusieurs associations apportent leur soutien aux détenues à Barbar el-Khazen.
Les bavardages des détenues à l'œuvre sont interrompus par les cantiques d'un groupe de prisonnières. Elles prient dans la cour d'à côté avec un aumônier qui leur rend régulièrement visite. Celles qui le désirent rejoindront l'atelier de production après la prière. D'autres ont choisi de cuisiner. Une détenue porte fièrement sa fillette de six mois qu'elle a mise au monde en prison et qu'elle a eu l'autorisation de garder. Deux machines à laver, offertes par des écoliers, tournent à plein régime. À l'intérieur des murs, la journée des détenues ressemble à une journée normale. Malgré la laideur de la prison, les détenues de Barbar el-Khazen font de belles choses au gré de leurs longues journées. N'ont-elles pas droit à une seconde chance?
*Les prénoms des détenues ont été changés pour préserver leur anonymat.
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Comme une autre bonne nouvelle du lundi, cela nous change des articles sur la sordide prison de Adlieh, merci aux acteurs de cette structure.
08 h 52, le 29 juin 2015