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Liban - Liban

Au Liban, beaucoup reste à faire dans les prisons de femmes

De gauche a droite : Rodolphe Gebrayel, Joseph Eid, Manar Zeaïter et Ghassan Osman, hier, à la Maison de l’avocat.

Au terme de deux ans et demi de travail, le projet de renforcement des politiques et pratiques relatives aux droits de l'homme dans les prisons des femmes au Liban a pris fin. Financé par l'UE et par l'Agence de la coopération suédoise pour le développement, et exécuté par Caritas, Diakonia, Dar el-Amal et le Rassemblement démocratique des femmes libanaises (RDFL), le projet aura notamment permis de sensibiliser les prisonnières à leurs droits, amélioré les compétences des parties en charge des prisons et émis de nombreuses recommandations pour le futur.


La situation des prisons au Liban reste en effet très inquiétante et il y a encore beaucoup à faire. C'est d'ailleurs ce qu'ont assuré hier les participants au projet lors de la conférence de clôture du projet tenue à la Maison de l'avocat. Selon le représentant des Forces de sécurité intérieure, le colonel Ghassan Osman, plus de 6 400 prisonniers sont répartis sur 25 prisons au Liban, dont 270 femmes. 38 pour cent des prisonniers seraient également non libanais. Parmi les 25 prisons, seule la prison centrale de Roumieh pourrait être considérée comme décente, le reste des prisons nécessitant une rénovation rapide. Depuis plus de 15 ans, par ailleurs, un plan quinquennal visant à déplacer la responsabilité des prisons du ministère de l'Intérieur au ministère de la Justice ne fait qu'être ajourné, comme l'a fait remarquer le représentant de la commission des prisons au sein de l'ordre des avocats, maître Joseph Eid, lors de la conférence.

 

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« Le plan quinquennal avait finalement été fixé pour 2008-2013, mais rien n'a été réalisé mis à part la création d'une direction des prisons au sein du ministère de la Justice, a expliqué l'avocate Manar Zeaïter, du RDFL, à L'Orient-Le Jour. Aujourd'hui, le plan quinquennal s'apprête à être relancé. Que la gestion des prisons soit du ressort du ministère de la Justice est particulièrement important. » « Les juges sont en effet plus proches des prisonniers et cela permettra d'avoir des cadres civils dans les prisons et non des militaires », a expliqué l'avocate qui a relevé dans le rapport final du projet, qu'elle a préparé, une discrimination toujours présente à l'égard des prisonniers de sexe féminin, une approche du problème ne se basant pas sur les droits de l'homme et ne prenant pas en compte les spécificités des femmes, ainsi que la faiblesse du discours censé appeler à une réforme.

 

Une longue liste de recommandations
Dans le rapport final du projet rendu public hier, par ailleurs, une étude statistique réalisée auprès de prisonnières et de travailleuses sociales dans les prisons a attribué une note sur 10 en ce qui concerne respectivement le droit à la santé, le droit à la nutrition, le droit à l'hygiène personnelle, le droit aux visites, le droit à l'éducation, mais aussi la situation des prisonnières enceintes ou allaitantes, et celle des enfants nés en prison. Réalisée en trois temps et dans quatre prisons pour femmes, l'étude montre une amélioration dans la majorité de ces critères en un an et demi. Dans le cadre du projet, en fait, plus de 70 cadres gérant des prisons ont été formés au respect des droits de l'homme, quatre gardiens de prison spécialisés en la matière ont été placés dans les 4 prisons pour femmes où l'étude a été réalisée, et un mécanisme de plainte pour les prisonnières a été développé, comme l'a affirmé Rodolphe Gebrayel, de l'organisation Diakonia.

 

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Le rapport a sur un autre plan rappelé les problèmes majeurs retrouvés dans les prisons pour femmes, comme par exemple le manque d'examens médicaux relatifs au cancer du sein et aux maladies sexuellement transmissibles, l'absence d'approvisionnement des prisonnières en affaires de toilette personnelles, en habits ou en produits de lavage, et l'absence d'un traitement spécial donné aux femmes enceintes et d'un environnement adéquat créé aux nouveau-nés. « Selon les critères de l'Onu, il reste beaucoup à faire et nous avons émis de nombreuses recommandations dans le rapport, a explique Manar Zeaïter. Parmi celles-ci, un changement au niveau des législations et des pratiques, la formation des cadres gérant les prisons en ce qui concerne la violence sexuelle et domestique, l'arrêt du parachutage de policiers qui n'ont jamais géré de prisons dans le milieu carcéral, la prise en compte des spécificités des travailleuses migrantes et des refugiées, la création d'une institution indépendante en charge des prisons, la réforme de la loi gérant les prisons qui ne tient pas compte des spécificités des prisonniers de sexe féminin, l'accélération des procès et l'application des conventions signées par le Liban qui interdisent la torture. » L'avocate a enfin appelé les ONG à collaborer ensemble et à ne plus recourir à des solutions de court terme visant à proposer des dons et des services aux prisonnières. « Nous sommes encore loin des critères internationaux, mais il y a eu une amélioration grâce à l'intervention des ministères des Affaires sociales et de la Santé qui offre désormais des médicaments aux prisonnières, a-t-elle ajouté. Mais il reste beaucoup à faire. »

 

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