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A la frontière turque, les craintes d'une "cinquième colonne" jihadiste

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"Je les ai vus prier dans nos mosquées, je les ai vus dans nos hôpitaux, je les ai vus se faire arrêter et je les ai vus ensuite être libérés".

OLJ/AFP/Dilay GUNDOGAN
18/06/2015

Personne ne les a vraiment vus mais leur ombre suffit à nourrir toutes les craintes. Deux jours après la chute de la ville syrienne de Tall Abyad, les habitants d'Akçakale, du côté turc de la frontière, redoutent la présence dans leurs murs de jihadistes en fuite.

"Quand Daech (le groupe Etat islamique, EI) a pris le contrôle de Tall Abyad il y a près d'un an, je me suis acheté une kalachnikov. Maintenant qu'ils (les militants de l'EI) pourraient bien être chez nous, j'envisage de me procurer quelque chose de plus puissant", lâche Ihsan Kurt devant son épicerie. "Notre ville est devenue une bombe à retardement".

La rumeur n'a pas mis longtemps à courir les rues d'Akçakale. Avant même la fin de la bataille de Tall Abyad, certains se sont inquiétés de la présence de déserteurs islamistes parmi les réfugiés qui ont pris d'assaut le poste-frontière pour s'en échapper. Et depuis que les combats se sont soldés mardi par la victoire des forces kurdes et la débandade de l'EI, c'est une certitude. La "cinquième colonne" jihadiste est bien là. Les autorités locales ont annoncé avoir interpellé lundi plusieurs personnes soupçonnées d'être des combattants du groupe Etat islamique au moment où elles franchissaient les barbelés qui séparent les deux pays au milieu d'une cohorte de réfugiés. Même si leur appartenance à l'EI n'a pas été confirmée, les photos de leur arrestation publiée par la presse ont levé les derniers doutes. Les suspects étaient barbus...


(Lire aussi : Turquie : le retour de réfugiés vers la ville syrienne de Tall Abyad suspendu)

 

"Nous avons peur"
Comme une bonne partie de la population, Ismail Yilmaz est persuadé que les militants radicaux qui ont réussi à tromper la surveillance des forces de sécurité pour se faufiler sur le territoire turc sont bien plus nombreux. "Il y a tant de réfugiés à passer la frontière que c'était un jeu d'enfants pour eux de traverser discrètement au milieu de la foule", explique ce responsable local du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), "ils ont rasé leur barbe et ils sont passés".

"Une fois de ce côté-ci de la frontière, ils vont dans des villes plus grandes ou dans des camps de réfugiés où ils peuvent se cacher facilement", s'emporte Ismail Yilmaz. "Je les ai vus prier dans nos mosquées, je les ai vus dans nos hôpitaux, je les ai vus se faire arrêter et je les ai vus ensuite être libérés", assure-t-il.


L'Association turque des droits de l'Homme (IHD) a affirmé qu'au moins cinquante combattants de l'EI s'étaient mis au vert en Turquie après la chute de Tall Abyad. Et accusé le gouvernement turc de n'avoir "surveillé aucun de ses militants".

 

(Lire aussi : Malgré les risques, les réfugiés de Tall Abyad pressés de retrouver la Syrie)



Depuis de longs mois, Akçakale est considéré par les spécialistes comme l'un des principaux points d'entrée en Syrie des recrues étrangères qui prennent les "autoroutes du Jihad" turques pour grossir les rang du groupe Etat islamique. Malgré les réactions offusquées d'Ankara qui dément toute complaisance ou soutien à son endroit.
"On ne sait plus qui marche dans nos rues", se plein Mustafa, un barbier d'Akçakale. "Nous aidons nos frères et nos sœurs de Syrie parce qu'ils ont besoin de nous mais il se pourrait bien que nous aidions sans le savoir des jihadistes". "Nous avons peur depuis plus d'un an, depuis qu'ils se sont approchés de la frontière", poursuit-il, affirmant que les militants de l'EI ont toujours pu traverser la frontière. "Et ne me filmez pas en train de fumer", s'inquiète Mustafa, "c'est le Ramadan et Daech pourrait me voir et me couper les doigts".

Un peu à contre-courant, Salih Kerpeten confie, quant à lui, ne pas partager toutes les craintes de ses voisins. "J'ai entendu dire que certains combattants de l'EI avaient fui par peur. En fait par peur de l'EI", raconte ce fermier, "on ne peut pas leur faire confiance mais il y a du bon et du mauvais chez eux, comment faire la différence ?" "De toute façon, nous n'avons pas à avoir peur", conclut-il. "Nous sommes des citoyens turcs, ce sont eux qui devraient avoir peur de nous".

 

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