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Moyen Orient et Monde - Interview express

« Il y a de fortes chances que la politique de la Turquie sur le dossier syrien soit rééquilibrée »

Le résultat des élections législatives du 7 juin oblige la Turquie à former un gouvernement de coalition. Ce changement pourrait avoir un impact sur la politique étrangère turque, notamment sur ses rapports ambigus avec l'organisation État islamique (EI) dans la gestion du dossier syrien. Bayram Balci, chercheur au CNRS et spécialiste de la Turquie, revient pour « L'Orient-Le Jour » sur les possibles évolutions des relations entre la Turquie et l'EI.

« Le contexte de la guerre en Syrie et des considérations sécuritaires et stratégiques ont dû amener la Turquie à laisser faire, voire à soutenir Daech », estime Bayram Balci, chercheur au CNRS. Tauseef Mustafa/AFP

Comment évaluez-vous le positionnement des autorités turques vis-à-vis de l'EI ?
On dit depuis un certain temps que la Turquie soutient l'EI. Cette affirmation comporte une part de vérité, et une part de mythe. Idéologiquement, tout oppose l'islam de l'AKP (le Parti de la justice et du développement du président Recep Tayyip Erdogan, NDLR) à celui de l'EI. Mais le contexte de la guerre en Syrie et des considérations sécuritaires et stratégiques ont dû amener la Turquie à laisser faire, voire à soutenir Daech (acronyme arabe de l'EI, NDLR), afin de provoquer la chute du régime de Bachar el-Assad. En outre, si la Turquie a agi ainsi, c'est également afin que la question kurde en Syrie ne devienne pas un nouveau boulet pour la Turquie, déjà confrontée au problème kurde sur son sol.

Quel peut être, selon vous, l'impact des résultats des élections turques sur la politique d'Ankara concernant le dossier syrien ?
On ne connaît pas encore le nouveau gouvernement, mais il y a de fortes chances que la politique de la Turquie soit rééquilibrée. Cependant, je doute que ce rééquilibrage aille jusqu'à une remise en cause de la posture foncièrement anti-Bachar de la Turquie.
Le départ du président syrien restera sans doute la priorité de la Turquie, qui estime qu'une solution n'est pas pensable avec un maintien d'Assad au pouvoir. C'est le principal malentendu entre la Turquie et ses alliés : Ankara pense que tant qu'Assad est là, l'EI ne pourra pas être vaincu, les Occidentaux veulent la fin de Daech à tout prix.
Aujourd'hui, le gouvernement turc est dans l'embarras. Après avoir été réticent à combattre l'EI, il se retrouve à gérer un monstre dont il est en partie, mais en partie seulement, responsable du renforcement.
En Occident, la Turquie est perçue comme un pays qui ne combat pas assez l'EI, mais il faut bien voir aussi que ça n'est pas aussi simple : avec une frontière de 1 200 km avec la Syrie, dont une partie est contrôlée par l'EI, la Turquie ne peut pas faire ce qu'elle veut. Et avec deux millions de réfugiés syriens sur son sol, elle ne peut pas afficher une posture et une action franche contre Daech, qui pourrait avoir recours à des attentats sur le sol turc.

L'EI recrute beaucoup de jihadistes à l'étranger. Comment se positionne la Turquie sur ce plan ?
Il y a eu des recrutements de jihadistes en Turquie, mais cette dernière a surtout servi de zone de transit pour des jihadistes venus du monde entier, d'Asie centrale, d'Europe, du Caucase... La Turquie est une zone de passage facile, car les ressortissants de nombreux pays ne sont pas soumis à une obligation de visa pour y entrer.

 

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