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Moyen Orient et Monde - Égypte

Dans les rues du Caire, la condamnation de Morsi suscite peu de commentaires

Alors que l'ancien président islamiste Mohammad Morsi vient de voir sa condamnation à mort confirmée, les Égyptiens, en pleine préparation des festivités du ramadan, semblent plus enclins à retrouver la sérénité spirituelle qu'à s'émouvoir des questions politiques.

Les rues du Caire grouillent de monde, alors que les « fanous », lampes traditionnelles, donnent à la ville des allures de fête foraine. Mohammad Abd el-Ghany/Reuters

En cette veille de ramadan, les rues du Caire grouillent de monde. Les « fanous », lampes traditionnelles et autres néons, ont été ressortis des cartons et donnent à la ville des allures de fête foraine. Les familles se croisent sur les trottoirs défoncés de la rue Talaat Harb, en plein centre-ville, chargées de nombreux paquets de provisions diverses. Devant la célèbre pâtisserie el-Abd, des vendeurs de rue ont sorti les ballons multicolores alors qu'une queue interminable se masse devant le magasin. À l'intérieur, les commandes s'amoncellent sur un petit comptoir. Les serveurs, avalés par la foule, tentent d'attraper les billets tendus vers le ciel par les clients qui s'impatientent.
Bakr est venu avec son fils. Il attend sa femme partie chercher des glaces au petit kiosque à l'entrée du magasin. Comme une majorité d'Égyptiens, son esprit est déjà aspiré par la ferveur de ce mois sacré.

La peine de mort confirmée hier par la justice égyptienne contre l'ancien président islamiste Mohammad Morsi, dans un procès pour violences et évasion de prison durant la révolte de 2011, ne semble pas le concerner. « Je ne vois pas pourquoi je devrais m'en préoccuper », affirme-t-il. « Le système judiciaire sait ce qu'il fait, s'il a pris cette décision, c'est que c'est la meilleure chose à faire, je crois en notre justice et je ne vois pas pourquoi les pays étrangers devraient venir commenter ses décisions, est-ce qu'on se permet de se mêler de ce qui se passe chez eux ? » tranche-t-il sous le regard approbateur de sa femme. La condamation de Morsi a été critiquée notamment par les États-Unis, la Turquie et le Qatar. « Avec ou sans nous, les affaires politiques continuent de toute façon. À partir de demain, le plus important, c'est la spiritualité », lâche-t-il encore.


(Lire aussi  : « Le système judiciaire mène une guerre totale contre les Frères musulmans »)


Si l'ambiance est à la fête, certains ne peuvent s'empêcher de se poser des questions sur ce verdict. Le nom de Morsi claque aux oreilles et chacun tente d'éviter soigneusement le sujet qui fâche, alors que depuis l'arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, une répression féroce est menée contre les responsables et partisans des Frères musulmans dont est issu l'ancien président Morsi. « Nous sommes dans un bon état d'esprit », affirme Mohammad, un autre client du magasin. « Nous sommes en train de nous préparer spirituellement à ce qui compte le plus pour nous : notre religion. C'est un mois pendant lequel on n'a pas envie de se prendre la tête, les semaines à venir doivent être dédiées uniquement à des choses positives », assure-t-il. Mais au détour d'une question, il avoue ne pas être d'accord avec le verdict prononcé contre Morsi. « Je ne suis pas satisfait par ce qui se passe », souffle-t-il. « Mais qui ici ose le dire ? C'est comme ça que ça se passe, la justice décide quelque chose, c'est comme ça et pas autrement, il faut le respecter. De toute façon, on ne connaît pas la vérité », murmure-t-il, pas certain de vouloir clairement poursuivre cette conversation. « Et franchement, on a d'autres problèmes, ces jours-ci, les Égyptiens sont plus inquiets de savoir comment ils vont payer la nourriture pour les rassemblements familiaux que pour tout le reste. »

 

(Lire aussi : En Egypte, les supporteurs de football aussi touchés par la répression)



Dans la petite échoppe de Yassir, loin du tumulte des derniers achats, les clients se succèdent pour acheter un dernier paquet de Cleopatra (cigarettes locales) avant le premier jour de jeûne. Seul derrière son stand de biscuits chocolatés et de canettes de soda, le jeune homme regarde le prêche « spécial ramadan » d'un cheikh, retransmis sur une télévision émiratie. Morsi ? Peu importe. Lui est déjà plongé dans le Coran. « Je m'en fiche de la politique, la priorité, c'est que le pays aille mieux » dit-il. « Je crois très fort en notre armée et je n'aime pas les "Ikhwane" (diminutif de Frères musulmans en arabe), ce sont des Égyptiens, mais ce pays ne leur appartient pas. S'ils veulent imposer leurs lois, qu'ils se trouvent un pays à eux », tranche-t-il.

Le discours anti-Frères musulmans a bien pris au sein de la population. En atteste le long réquisitoire, détaillant les exactions présumées de la confrérie pendant son bref passage au pouvoir et depuis son éviction, du juge chargé des deux affaires (la première concerne son rôle dans des évasions massives de prison et des attaques contre la police durant la révolte qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir, et la seconde concerne une affaire d'espionnage) pour lesquelles Mohammad Morsi et de nombreux leaders du mouvement islamiste ont été condamnés à mort. Leur sort satisfait ou n'émeut point.

Une tendance que Alaa, patron d'un petit magasin dans le quartier de Sayida Zeinab, a bien intégré : « Les gens croient en la justice, même quand elle est injuste. On est revenu cinq ans en arrière. Vous voulez manifester, penser par vous-même et vous opposer à quoi que ce soit ? On vous pend », lâche-t-il. « Les gens préfèrent arrêter de penser, ils se distraient, ils nient les problèmes pour essayer de vivre plus en paix. Moi, franchement, je n'ai jamais aimé Morsi, mais ce qui se passe tout de suite, ce n'est pas de la justice. »

 

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POURTANT... CETTE CONDAMNATION VA SUSCITER DES RÉACTIONS INTERNATIONALES... CAR TRÈS ET TROP TROP TIRÉE...

LA LIBRE EXPRESSION

09 h 17, le 18 juin 2015

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Commentaires (1)

  • POURTANT... CETTE CONDAMNATION VA SUSCITER DES RÉACTIONS INTERNATIONALES... CAR TRÈS ET TROP TROP TIRÉE...

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 17, le 18 juin 2015

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