Christopher Lee, un personnage mythique qui hante les nuits.
En quittant la scène, sir Christopher Lee, souvent anobli à l'écran et portant les titres de comte ou seigneur, car il en avait diablement l'allure, laisse un grand vide. Certes, tout le monde s'est attardé sur ses rôles hypnotisants et les plus prestigieux, oubliant que sa filmographie riche de 250 films comportait des collaborations différentes à plus d'un titre. Ainsi, il fut ce gitan tourmenté par les nazis dans Passeur d'hommes avec Anthony Quinn ; Rochefort dans Les 3 mousquetaires (1973) et sa suite, On l'appelle Milady (1974) ; juge chasseur de sorcières dans Le trône de feu (1970) ; toubib dans Gremlins 2 ; Commandant Rakov dans Police Academy/Mission à Moscou, etc. Mais aussi d'autres personnages parfois saugrenus et loufoques dans des œuvres qui remontent à plus loin comme des films d'espionnage ou la série de Sherlock Holmes, notamment Le Chien de Baskerville, qui scelle une amitié indéfectible avec un autre immense de l'écran, Peter Cushing. Dans son autobiographie, Lord of Misrule, paru en 2003, Christopher Lee parle d'ailleurs longuement de celui qui a été son pire ennemi à l'écran, mais son plus grand ami dans la vie. Tous ces films témoignent des talents pluriels et des multiples capacités de cet acteur à l'élégance inégalée.
Pour ma part et encore une fois, en bonne geek fan de ces séries B que l'on a trouvé délicieuses quelques années plus tard, ce roi des ténèbres a éclairé plus d'un instant de l'adolescente de l'époque, car il incarnait le mal avec style. Avec son costume rouge et noir très stendhalien, sa calèche conduite par un fidèle serviteur qui file à vive allure et son château délabré dans la forêt de Transylvanie, avec ses yeux rougis, la pâleur de sa peau, son allure de félin ou à sa façon de croquer à pleines dents le cou d'une belle victime, le comte Dracula, sans le savoir, interprétait des rôles sexy et ambigus, qui transcendaient les simples personnages de films d'horreur. Christopher Lee devenait mythique et ce rôle allait le poursuivre et l'habiter toute sa vie. Il ne jouait pas au comte Dracula. Il l'était. Réellement. C'était frissons assurés. Les films gore actuels ne sont que pâles figures devant les œuvres de l'époque.
Pour conclure, voici un texte publié sur Facebook par le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson qui avait fait de l'acteur britannique son Saroumane dans ses deux trilogies, Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit.
« J'ai eu la chance de travailler avec Chris sur cinq films, et c'était à chaque fois un plaisir de le voir sur le plateau, dit-il. Je me souviens que le jour de mon 40e anniversaire (il avait alors 80 ans), il m'a dit : Tu es la moitié de l'homme que je suis. Être la moitié de Christopher Lee, c'est plus que tout ce que j'aurais pu espérer. C'était un véritable gentleman dans une époque qui ne se soucie plus tellement des gentlemen... »

