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Liban - Violence Domestique

Place du Musée, le cri d’indignation...

Les proches des victimes veulent accélérer les procédures judiciaires pour sanctionner les « criminels ».

Des slogans machistes inscrits sur des sacs noirs en plastique et destinés à la poubelle, selon les organisateurs de la manifestation.

Sara el-Amine, Manal Assi, Roukaya Mounzer, Christelle Abou Chakra, Nisrine Rouhana, Roula Yaacoub... La mémoire de ces femmes, et de tant autres victimes de la violence domestique, était omniprésente samedi, place du Musée. Plusieurs centaines de personnes, toutes couches sociales confondues, se sont réunies à l'initiative de Kafa pour réclamer que « justice leur soit faite ».

« Justice à Sara el-Amine », « Libérez le dossier de Roula Yaacoub », « Pas de consolation avant que justice ne soit faite »... autant de slogans scandés par les manifestants qui appelaient à accélérer les procédures judicaires pour sanctionner les « meurtriers ».
Et pour cause. « Entre mai 2013 et mai 2015, les cas de seize femmes tuées par leur conjoint ont été documentés », explique à L'Orient-Le Jour Leila Awada, avocate et membre de Kafa. « Aucun d'entre eux n'a encore été jugé », ajoute-t-elle.

Placée sous le thème « La patience a ses limites », la manifestation, menée par les familles des femmes victimes de la violence domestique, s'est dirigée de la place du Musée vers le Palais de justice en passant par la rue Badaro. La foule appelait « à une action pour prévenir d'autres meurtres » et à la sanction des « criminels ».

Auparavant, des slogans « machistes » inscrits sur des sacs noirs en plastique ont été jetés dans une benne à ordures placée sur les marches du musée national. « C'est sûr qu'elle le trompe », « La place de la femme est à la maison avec ses enfants », « Il changera... », « Ne détruis pas ton ménage »..., pouvait-on lire sur ces sacs. « Il est temps que ces slogans machistes et désuets soient mis à la poubelle », crie sur un microphone une militante de l'ONG Kafa, invitant les manifestants à se débarrasser des sacs.

« Je suis venu réclamer l'équité et l'égalité, confie Raymond. Les jugements sont à l'image de l'autorité politique. Ils ne changeront que sous la pression de la rue. Le peuple libanais est humilié par ses politiciens. Malheureusement, ceux qui réclament la justice sont une minorité face au projet communautaire que prônent toutes les forces politiques, sans exception. »

(Lire aussi : Liban : un homme bat violemment sa femme en pleine rue)

 

Un appel à la dignité

Pour Melhem Khalaf, président de l'ONG Offre-Joie, cette manifestation permet de réaliser « à quel point on est au-dessous du seuil de la dignité de la femme ». « La société est aujourd'hui appelée à réagir et à faire valoir les valeurs à une période où la décadence veut qu'il n'y en ait aucune, poursuit-il. Il est bon de réécouter l'appel à la dignité de l'homme, de tout homme. Mais on est devant des personnes sourdes. »
« Combien de femmes doivent encore mourir avant qu'on se décide à prendre position ? dénonce de son côté Chirine. Et si ces femmes étaient les filles ou les sœurs des responsables politiques, est-ce qu'ils se seraient tus ? Il faut renforcer les sanctions pour qu'elles servent de leçon à d'autres hommes qui maltraitent leurs femmes. » « Malheureusement, nous vivons dans une société machiste », renchérit Norma.

Badih Abou Chacra, acteur engagé dans les campagnes de sensibilisation à la violence domestique menées par Kafa, affirme que « pas une seule personne qui détient un pouvoir acquis, pour des raisons historiques, politiques, familiales, religieuses ou autres, n'est prête à s'en désister pour une cause humanitaire ». « De pareils crimes sont une preuve évidente de la schizophrénie d'une société partagée entre des apparences de civilisation et de développement, et un vide creux, dénonce-t-il. Le peuple libanais ne sait pas lutter pour une cause humanitaire. Il n'a pas encore atteint ce stade de développement, et cela est dangereux. »

Christine Choueiri, actrice, ne mâche pas ses mots : « Il est honteux de constater que nos hommes politiques n'ont pas le courage de prendre des décisions susceptibles d'empêcher ces crimes. Ce qui est encore plus honteux, c'est de voir que les femmes de ces politiciens ne font rien pour pousser leurs maris à promulguer des lois qui protègent vraiment les femmes. Les hommes religieux ne sont pas mieux. Ils se cachent derrière des lois obsolètes et légifèrent en faveur des hommes. Et ces derniers sont tranquilles et maltraitent leurs épouses. Qu'ils aient honte ! »
« Si la femme ne réclame pas ses droits, personne ne les lui accordera, fait remarquer de son côté Dima. Si nous nous taisons, nous serons toutes injustes envers Sara, Manal, Roula et les autres. Il faut hausser le ton, d'autant que dans ce pays, la femme est considérée comme une citoyenne du second degré. »

Tribunal des familles

Les organisateurs de la manifestation et la foule ont également réclamé la formation « d'un tribunal des familles ». « La formation de ce tribunal figurait dans la mouture initiale du projet du loi pour protéger la femme de la violence domestique que nous avions présenté, indique Leila Awada. Évidemment, les parlementaires n'avaient pas pris cette clause en considération, comme de nombreuses autres clauses d'ailleurs. Aujourd'hui, avec la lenteur des procédures judiciaires, nous estimons qu'un tel tribunal est plus que jamais nécessaire. De cette façon, on déchargera les tribunaux qui, paraît-il, sont débordés et n'arrivent pas à se pencher sur les dossiers de violence domestique. »

Zoya Rouhana, directrice de Kafa, a mis l'accent pour sa part sur l'importance d'élaborer les mécanismes nécessaires à l'application de la loi 293 pour la protection de la femme et des autres membres de la famille de la violence domestique, comme le fait de « créer une unité spécialisée au sein des Forces de sécurité intérieure ».
« Les institutions étatiques doivent être prêtes à prendre en charge ce dossier et à lutter contre la violence domestique, note-t-elle. Il n'est pas normal que seules les ONG assument cette responsabilité. »


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commentaires (2)

DRESSEZ LES ÉCHAFAUDS POUR CES BRUTES...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

17 h 30, le 01 juin 2015

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Commentaires (2)

  • DRESSEZ LES ÉCHAFAUDS POUR CES BRUTES...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    17 h 30, le 01 juin 2015

  • C'est desolant! C'est affligeant! C'est aberrant"! C'est revoltant! Pas un seul commentaire pour un article sur la violence domestique. Et que de commentaires sur la politique!! Si nous voulons changer en mieux notre Liban, il faut commencer par changer la mentalite de lasociete civile. Il faut se debarrasser de la suprematie machiste. Il faut instituer l'egalite homme-femme dans tous les domaines. A tous les nivaux.

    sancrainte

    02 h 54, le 01 juin 2015

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