Rechercher
Rechercher

À La Une - Syrie

"La prise de Palmyre ouvre la voie vers Damas et Homs"

Les jihadistes exécutent au moins 17 personnes, quelques heures après la conquête de ville.

Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) s'est emparé jeudi de la ville syrienne de Palmyre, située dans la province centrale de Homs. AFP PHOTO/CHRISTOPHE CHARON

Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) s'est emparé jeudi de la ville syrienne de Palmyre, située dans la province centrale de Homs, après avoir conquis celle de Ramadi en Irak, deux victoires significatives qui lui ont permis d'élargir sa zone d'influence de part et d'autre de la frontière.

En s'emparant de Palmyre, véritable carrefour routier qui ouvre sur le grand désert syrien frontalier de l'Irak, l'EI se rend maître de la moitié du territoire de Syrie et menace Homs, la troisième ville du pays en guerre, selon une ONG et des experts. "Palmyre peut être utilisé pour lancer des attaques en direction de Homs et Damas", estime Matthew Henman, chef de l'IHS Jane's Terrorism and Insurgency Centre.

Fabrice Balanche, géographe et spécialiste de la Syrie, acquiesce. "La prise de Palmyre ouvre la voie vers Damas et Homs. A terme, cet axe peut être menacé". Selon lui, l'EI domine désormais "un carrefour de première importance (...) qui ouvre une nouvelle route vers l'Irak, al-Anbar et Ramadi". "L'EI créé une continuité géographique avec l'Irak à travers la steppe syrienne". Il estime que l'armée n'avait pas tenu à Palmyre à cause de "la diversité des fronts" de la guerre entre régime et rebelles depuis 2011, qui "a empêché l'armée de mobiliser des troupes" pour cette bataille.

 

"Une énorme perte pour l'humanité"
L'Unesco a mis en garde contre une éventuelle destruction de Palmyre, cette cité vieille de plus de 2.000 ans et et réputée pour ses colonnades torsadées romaines, ses temples et tours funéraires, par l'EI qui a déjà détruit plusieurs trésors dans des cités antiques en Irak. Réitérant son appel à l'Onu à agir, la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova a affirmé que "toute destruction à Palmyre serait (...) une énorme perte pour l'humanité". Le président français François Hollande a de son côté appelé à "agir" contre le "péril" pour "des monuments inscrits au patrimoine de l'humanité" et contre l'EI.

"Les combattants de l'EI sont dans toutes les parties de Tadmor (nom arabe de Palmyre), y compris près du site archéologique" qui se situe dans le sud-ouest de la ville, avait affirmé plus tôt dans la journée Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), à l'AFP. L'agence Reuters avait rapporté de son côté que les jihadistes ont pénétré sur le site archéologique. L'agence cite également M. Abdel Rahmane qui précise ne pas avoir été informé pour le moment de destructions du type de celles auxquelles se sont livré les intégristes dans plusieurs cités antiques irakiennes.

 

(Lire aussi : Palmyre, un site exceptionnel et une "oasis" entre deux mondes )


Malgré une campagne aérienne lancée depuis 2014 par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis pour aider en Irak le pouvoir et en Syrie les rebelles, à contrer l'EI, ce groupe ultraradical sunnite a réussi, en prenant Ramadi et Palmyre, deux coups de force en huit jours. Responsable d'atrocités et fort de dizaines de milliers d'hommes, l'EI élargit dans ses deux villes son "califat" proclamé en juin 2014 sur les larges pans de territoire conquis à cheval entre la Syrie et l'Irak.

Néanmoins, évoquant la perte de Ramadi, la capitale de la province irakienne d'al-Anbar conquise dimanche par l'EI, le président Barack Obama a estimé que les Etats-Unis ne perdaient pas le combat contre ce groupe, rappelant avoir toujours dit que la campagne antijihadistes prendrait "plusieurs années".

 

Le régime reconnaît sa défaite
L'EI, intervenue dans la guerre en Syrie en 2013, a revendiqué sur Twitter la prise de Palmyre, y compris sa base aérienne et sa prison. La bataille de Palmyre déclenchée le 13 mai a fait près de 500 morts et poussé une partie des habitants à la fuite, selon l'OSDH.

Recourant à de nouvelles exactions, les combattants de l'EI ont exécuté au moins 17 personnes, des civils et des militaires pro-régime, quelques heures après la conquête de Palmyre, de même source. Un militant originaire de Palmyre, contacté via Facebook, a affirmé que les jihadistes fouillaient les maisons à la recherche de personnes loyales au régime de Bachar el-Assad et empêchaient les habitants de sortir. L'électricité est toujours coupée.

Le régime, qui a connu de multiples revers ces derniers mois, a reconnu sa défaite, affirmant que son armée "s'était retirée après l'entrée d'un grand nombre de terroristes".

 

(Lire aussi : Des Libanais détenus de longue date à Palmyre auraient été libérés par l'EI)


Avec la prise de Palmyre, l'EI contrôle "désormais plus de 95.000 km2 en Syrie, soit 50% du territoire", d'après l'OSDH. Le groupe contrôle en effet la majeure partie des provinces de Deir el-Zor et Raqqa (nord), et a une forte présence à Hassaké (nord-est), Alep (nord), Homs et Hama (centre). Il est aussi maître de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie.

De l'autre côté de la frontière, l'armée aidée des milices chiites se préparait à lancer la contre-offensive pour reprendre Ramadi aux jihadistes qui contrôlent en grande partie al-Anbar. A Moscou où il se trouve en visite, le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi a appelé la Russie à s'impliquer davantage dans la lutte contre l'EI. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé que son pays était prêt à répondre à "toutes" les demandes de fourniture d'armements de Bagdad.

 

Repères
Avancée de l'EI en Irak et en Syrie : ce qu'il faut savoir

Les jihadistes en Syrie et en Irak en dix dates

Lire aussi
Who's who, l'éditorial de Issa Goraieb

Déranger les pierres, l'édito de Ziyad MAKHOUL

Palmyre, symbole de l'impuissance, l'édito d'Émilie Sueur

Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) s'est emparé jeudi de la ville syrienne de Palmyre, située dans la province centrale de Homs, après avoir conquis celle de Ramadi en Irak, deux victoires significatives qui lui ont permis d'élargir sa zone d'influence de part et d'autre de la frontière.
En s'emparant de Palmyre, véritable carrefour routier qui ouvre sur le grand désert syrien...
commentaires (6)

IL Y A FORTE POSSIBILITÉ... ANALYSANT LA DONNE... ET LA LÉTHARGIE... OU LES COMPLICITÉS RÉGIONALES AUSSI BIEN QU'OCCIDENTALES... COUPLÉES À LE GRANDE INCAPACITÉ ET BÊTISES RÉGIONALES... QUE LE CALIFAT S'ÉTABLISSE POUR DE BON SUR LES RIVES DU BARADA !!! QUE DIEU GARDE LE LIBAN D'UN TEL VOISINAGE !

LA LIBRE EXPRESSION

09 h 21, le 22 mai 2015

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • IL Y A FORTE POSSIBILITÉ... ANALYSANT LA DONNE... ET LA LÉTHARGIE... OU LES COMPLICITÉS RÉGIONALES AUSSI BIEN QU'OCCIDENTALES... COUPLÉES À LE GRANDE INCAPACITÉ ET BÊTISES RÉGIONALES... QUE LE CALIFAT S'ÉTABLISSE POUR DE BON SUR LES RIVES DU BARADA !!! QUE DIEU GARDE LE LIBAN D'UN TEL VOISINAGE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 21, le 22 mai 2015

  • Fou de regarder le monde si impuissant applaudir sans le vouloir la destruction de Palmyre .

    Sabbagha Antoine

    23 h 10, le 21 mai 2015

  • L EI bientot a BAALBECK apres l effondrement des troupes du HEZBOLLAH......?

    HABIBI FRANCAIS

    12 h 26, le 21 mai 2015

  • On disait que les bactéries occupaient 60% d'après l'osdh , donc un recul de 10% ( ?? !!) , ensuite cela fait l'affaire des occicons , qui vont pouvoir acheter des antiquités pour un radis , et enfin on ne dit pas que Obama est faible là ??!

    FRIK-A-FRAK

    11 h 19, le 21 mai 2015

  • Il faut absolument ,que le hezbollah mobilise l'ensemble de tous ses miliciens et les expédie en l'urgence à Palmyre... qu'il ne s'inquiète pas , nous nous sacrifierons pour garder et défendre les fermes de Chebaa...

    M.V.

    10 h 54, le 21 mai 2015

  • LE DÉMEMBREMENT DE LA SYRIE SE CONFIRME... MAIS CE SERAIT UNE ERREUR QUE DE LAISSER ÉCLORE UN ETAT INTÉGRISTE DE CETTE SORTE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 32, le 21 mai 2015

Retour en haut