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La Dernière

Raya el-Hassan

Dans la peau d’une femme
12/05/2015

Sous une apparence douce et discrète, Raya Haffar el-Hassan cache une grande détermination et beaucoup de fougue. Lorsqu'un sujet lui tient à cœur, elle ne peut s'empêcher de s'enflammer et de défendre fermement ses convictions. En l'entendant exposer ses options, on comprend mieux la décision de Saad Hariri de la nommer en 2009 ministre des Finances dans son gouvernement. Raya Haffar el-Hassan est ainsi immédiatement passée de l'ombre à la lumière, sans transition et sans préparation. Elle avait pourtant fait partie de l'équipe de l'ancien Premier ministre Fouad Siniora lorsqu'il avait été chargé du ministère des Finances en 1992. L'occasion pour elle de rencontrer un homme qui l'aura beaucoup marquée et dont elle parle aujourd'hui encore avec émotion : Bassel Fleyhane, mort des suites de ses brûlures lors de l'attentat contre Rafic Hariri en 2005. Elle avait ainsi activement participé à un projet de réforme du ministère des Finances. Mais en 1998, avec l'arrivée au Sérail du Premier ministre Sélim Hoss et surtout de son ministre des Finances Georges Corm, elle a senti que les orientations étaient devenues diamétralement opposées à ses convictions. Elle s'est dirigée alors vers le secteur privé, avant d'être rappelée par Bassel Fleyhane, devenu ministre de l'Économie en 2000, qui la nomme conseillère. C'est ensemble qu'ils jetteront les bases de ce qui est aujourd'hui la loi pour la sécurité alimentaire et celle pour la protection du consommateur.

Raya el-Hassan, qui se plaisait dans ces fonctions, ne pensait pas un jour devenir elle-même ministre. Lorsque Bassel Fleyhane est mort, se sentant orpheline, pour ne pas céder à la peine et par respect pour sa mémoire, elle continue à faire partie des conseillers économiques de Saad Hariri. Elle a même intégré l'équipe de Fouad Siniora au Sérail pour préparer l'agenda économique des élections législatives de 2009... Jusqu'à ce que Saad Hariri la convoque pour lui proposer le ministère des Finances. Avec modestie, elle confie : « Il voulait une femme, qui plus est, de Tripoli. C'est ainsi que j'ai été choisie. » La décision était courageuse, car elle sera combattue même dans son camp politique. Au début, Raya el-Hassan craignait de prendre la parole en public et de donner des entretiens aux médias. Mais face à la férocité des campagnes menées contre elle et contre son camp, elle décide de riposter en se forgeant une sorte de carapace et en se lançant dans la contre-attaque. « Au sein du gouvernement, les discussions les plus violentes étaient avec les ministres Charbel Nahas et Gebrane Bassil. Mais les attaques n'étaient jamais personnelles. »

Par contre, au Parlement, c'est une autre affaire... Les médias non plus n'ont pas toujours été tendres avec elle, publiant parfois des photos désavantageuses et guettant le moindre faux pas de sa part. Elle saura y faire front. « Au bout de trois séances, on parvient à surmonter la peur et on ne pense plus qu'à défendre ses convictions », confie-t-elle. Sans véritable background politique, mais avec des choix idéologiques, elle est ainsi convaincue que le modèle économique présenté par le courant du Futur est le meilleur pour le Liban. La chute du gouvernement de Saad Hariri a été vécue par elle comme un coup d'État. Mais contaminée par le virus de la politique, elle devient membre du bureau politique du courant du Futur. Elle vient d'être nommée PDG de la zone économique spéciale à Tripoli. Il s'agit de gérer un espace de 550 000 m2 pour en faire un lieu de prospérité bénéfique à la ville et à l'ensemble du Liban. Pour elle, c'est un nouveau défi qui lui permet, en plus, de travailler dans sa ville natale.
Ce nouveau projet l'enthousiasme, car Raya el-Hassan avoue détester les gens blasés. Elle veut surtout communiquer à ses trois filles l'amour du pays. Elle avoue, avec une certaine culpabilité : « Même si je n'ai pas toujours été disponible, je veux leur montrer que ce pays reste un ancrage et un avenir. »
Le sien réserve encore sans doute des surprises...

 

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