Des combattants rebelles devant des membres des forces du gouvernement syrien, tombés au combat, hier à Jisr al-Choughour. Feras Baqawi/AFP
L'aviation militaire syrienne a multiplié hier les raids contre la ville stratégique de Jisr al-Choughour. Au moins vingt raids ont visé, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), cette ville du Nord-Ouest située au carrefour des régions de Lattaquié à l'ouest, et de Hama au centre, qui sont sous le contrôle du régime. Des combats se sont poursuivis en outre au sud de la ville qui comptait quelque 45 000 habitants avant le déclenchement du soulèvement de 2011. Selon l'OSDH, les forces du régime ont tenté en vain de libérer 30 soldats et 10 miliciens prorégime faits prisonniers dans l'hôpital général qui se trouve dans le sud de la ville.
Pour sa part, la télévision syrienne a affirmé que l'armée avait tendu une embuscade et « tué un groupe de terroristes » aux alentours de l'hôpital général. Une source militaire syrienne, citée par l'agence officielle Sana, a indiqué hier que « des unités de l'armée se sont redéployées avec succès dans les alentours de Jisr al-Choughour pour éviter des pertes parmi la population civile ». L'agence Sana a fait état « d'un horrible massacre de plus de 30 civils, dont des femmes et des enfants, commis par les groupes terroristes après être entrés à Jisr al-Choughour ». Elle ne donne aucun détail sur cet incident et l'OSDH n'a pas corroboré l'information.
L'ONG avait dénombré samedi au moins 60 cadavres des forces du régime à Jisr al-Choughour. Elle a aussi rapporté l'exécution d'au moins 23 prisonniers dans la ville par des soldats battant en retraite, tandis qu'al-Nosra a publié sur Internet des photos de 14 corps maculés de sang, affirmant qu'il s'agissait d'un massacre perpétré par le régime. Les combattants du Front al-Nosra et des groupes rebelles islamistes avaient pris samedi le contrôle total de la cité, moins d'un mois après avoir mis la main sur Idleb, la capitale provinciale.
Par ailleurs, à une vingtaine de kilomètres au nord, près de la frontière turque, au moins 40 personnes sont mortes, dont des femmes et des enfants, dans d'autres raids du régime sur la ville de Darkush, sous contrôle des rebelles, a rapporté l'OSDH. « Le bilan devrait s'alourdir car il y a des dizaines de personnes blessées, beaucoup grièvement », a ajouté le directeur de l'organisation basée en Grande-Bretagne qui s'appuie sur un vaste réseau de sources à travers la Syrie, Rami Abdel Rahmane.
(Pour mémoire : Quatre ans après le soulèvement, le terrain syrien décrypté)
Coalition hétéroclite
Pour Thomas Pierret, spécialiste de l'islam en Syrie, le régime est « en position de grande faiblesse, ce qui ne signifie pas nécessairement que sa chute est pour demain ». « Il avait survécu en 2012 alors qu'il subissait des désastres militaires d'une plus grande ampleur. » « Mais c'est un phénomène probablement durable car il résulte de causes structurelles, en l'occurrence l'épuisement des effectifs loyalistes qui contraint le régime à abandonner des régions aux rebelles pour se concentrer sur la défense d'objectifs prioritaires », souligne l'expert.
La présence du régime dans la province d'Idleb se limite désormais aux localités d'Ariha, à 25 km de Jisr al-Choughour, d'al-Mastoumé et de Qarlmid, proche d'Ariha, où se trouvent d'importantes casernes de l'armée. Les territoires qu'il contrôle sont quasiment entièrement encerclés par différentes forces jihadistes, comme le groupe État islamique (EI), ou islamistes. La coalition ayant pris Jisr al-Choughour, qui se fait appeler l'Armée de la conquête, est un regroupement de diverses factions islamistes. Outre le Front al-Nosra, elle compte des formations islamistes comme Ahrar al-Cham, des Frères musulmans, différents groupes jihadistes et des bataillons de ce qui reste de l'Armée syrienne libre (ASL).
Selon Thomas Pierret, une coalition aussi hétéroclite a été rendue possible par un accord entre trois parrains régionaux des rebelles, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, auparavant rivaux.


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