L’édito de Élie FAYAD

Plus loin que la justice

L’édito
Élie FAYAD | OLJ
25/04/2015

Le Liban a raison de considérer, à l'instar de quelques autres États, dont la France, que les centaines d'arrestations opérées à Constantinople le 24 avril 1915 dans les milieux des notables arméniens furent le début d'un processus qui, au bout du compte, allait revêtir tous les attributs d'un « génocide ».
Il importe peu de savoir à quel moment est intervenue, dans l'esprit des tenants du pouvoir ottoman d'alors, la « volonté d'extermination » du peuple arménien. Peu importe même que cette volonté se soit manifestée explicitement – comme ce sera le cas pour la Solution finale, progressivement mise au point de façon scientifique par les nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale – ou pas.
Les similitudes qui marquèrent les circonstances de la mort ou de la déportation d'un million à un million et demi de personnes entre 1915 et 1917 et le fait que ces personnes appartenaient à un même groupe, nationalement identifiable, suffisent raisonnablement à justifier l'application du vocable « génocide » à ces événements.
Malgré cela, Recep Tayyip Erdogan s'obstine à se prévaloir de l'absence, selon lui, d'une « volonté d'extermination », pour continuer à refuser de reconnaître le génocide arménien. Depuis qu'il est au pouvoir, l'actuel président turc a peut-être fait plus que tous ses prédécesseurs pour abattre les tabous du passé, mais comme le soulignait jeudi un politologue d'Istanbul, Cengiz Aktar, à l'AFP, « il s'est arrêté en cours de route »...
La reconnaissance du génocide n'aurait pourtant pas que des inconvénients pour le pouvoir d'Ankara, dont on observe hélas le raidissement à plus d'un niveau ces dernières années. En plus de réparer une terrible injustice et de redonner du lustre à l'image de la Turquie, elle aiderait à mieux situer les responsabilités dans cette tragédie, plus précisément à en dégager celle de l'islam turc. Car enfin, en 1915, le gouvernement de l'Empire ottoman n'avait plus rien à voir avec l'ancien ordre califal. Le sultan était réduit à l'état de bibelot, officiellement régnant pour quelques années encore avant d'être définitivement remercié, et le pouvoir réel appartenait aux Jeunes-Turcs, autrement dit aux... nationalistes laïcs. Ces derniers se révéleront être nettement moins tolérants à l'égard des minorités de l'Empire, vues sous les projecteurs hostiles du nationalisme exacerbé, que ne le furent jadis les califes, pour qui le caractère composite de la population ottomane était une chose naturelle...
Une fois cette vérité mise au jour, une énorme perspective serait ouverte. Elle irait bien au-delà de la Turquie et permettrait de comprendre pourquoi le XXe siècle, que le génocide arménien n'a fait qu'entamer, allait être le plus sanglant de l'histoire, pourquoi les deux idéologies qui l'ont dominé, l'ultranationalisme, d'une part, et le lénino-stalino-maoïsme, de l'autre, y ont causé tant de carnages.
Reconnaître le génocide arménien, c'est rendre justice aux victimes de tous les génocides perpétrés par les tenants de ces deux idéologies. Cela va des Arméniens de 1915-1917 aux Syriens d'aujourd'hui, en passant par les juifs d'Europe, les gitans, les koulaks ukrainiens, les Chinois passés à la moulinette de la Révolution culturelle et les Cambodgiens martyrisés par les Khmers rouges.
Accessoirement, cela permettrait, enfin, de clouer le bec à de grossiers dérivés de ces deux idéologies, comme le régime de Bachar el-Assad, lorsqu'ils se croient autorisés, eux aussi, à réclamer justice pour les Arméniens.

 

Lire aussi
Une marée humaine d'Arméniens du Liban « se souvient et demande » des comptes

À la une

Retour à la page "L'édito"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Ces temps derniers, il paraît qu’ils suggèrent même de le "lapider" à cet éhhh Sain, surtout arménien ! Si, si c’est le mot qu’ils utilisent régulièrement les islamistes Malsains. Certes, ils jugent bien bon de préciser que c’est dans un sens métaphorique qu’ils l’utilisent ce mot, ces Martiens islamistes. Comme s’il était possible que le sens propre soit vraiment concevable, bande d’intégristez-ébaubis ! Mais comment ne pas frémir devant ce mot qui renvoie sciemment à l’ignoble pratique de tous les fanatiques réunis ? Et ne pas constater que cette si répugnante rhétorique disqualifie même ces énergumènes flétris : ce Sain n’en a pas fini ainsi avec ces gracieusetés mesquines. Avec ces hurleurs crissant, se profile aussi les moult crispants maîtres-tanceurs à son égard, pleins de mansuétude par contre pour ces hâbleurs pseudo-laïcs Malsains dont le sale comportement est jugé anodin. A l’envi, ils estiment que ce Sain a tort de se plaindre de cette Malsanité islamiste mineure alors que, compte tenu de ses positions Saines assez "Radicales!", il doit s’attendre à ce qu’il ait des manifestations si hostiles et même à être conspué ! Vrai de vrai ! Bref, c’est bien fait pour lui-même car, parole d’islamisto-laïcs, ils l’empêcheront sec de l'ouvrir au nom de sa "prétendue" intégristo-phobie, alors même qu’il se propose de dénoncer en prime la politique toute aussi Malsaine de leurs "propres" alliés, ces autres aigris nationaux-sociaux simili-laïcs postfascistes de tout acabit.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Et pour ce soit encore plus clair, il faut ajouter au terme "ultranationalisme", les mots fascisme et nazisme....

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Guerre du Yémen : ce qu’en dit un houthi de passage au Liban...

Un peu plus de Médéa AZOURI

Visconti et les lahem baajine

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué