L’édito de Émilie SUEUR

Le problème des migrants n’est pas soluble dans l’eau

L’édito
21/04/2015

Ils sont poussés par la hogra, le mépris qui leur fait tout brûler derrière eux – pour ne pas être identifiés, pour payer le passeur – et les transforme en harraga. Ils sont poussés par la misère, la violence, la guerre, tous les craquements des jointures du monde qui ont transformé leur vie en enfer et leur avenir en impasse. Pour vivre mieux, pour vivre tout court, ils sont prêts à tout, même à risquer la mort.

Eux, ce sont les migrants derrière les chiffres.
En 2014, 219 000 personnes ont tenté la traversée de la Méditerranée via différents points d'accès à l'Europe, selon l'agence de l'Onu pour les réfugiés. Soit, en moyenne, 600 personnes par jour. 3 500 ont perdu la vie sur la route vers l'Italie. Soit dix morts par jour, en moyenne. En matière d'immigration, la zone Méditerranée est la plus meurtrière, avec 75 % des décès.

La semaine dernière, 450 migrants ont péri dans la Grande Bleue. Ce week-end, un chalutier chargé de migrants a chaviré au large de la Libye, emportant par le fond probablement autour de 700 personnes, dont des dizaines d'enfants, qui fuyaient la pauvreté, la guerre et l'insécurité au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne. Selon des témoins, les migrants étaient enfermés dans les cales du navire. Ce dernier drame de l'immigration pousserait le bilan des victimes de 2015 dans cette région à près de 1 600 morts. En moins de quatre mois.

Après cette tragédie, la « pire de ce type » en Méditerranée, les réactions sont indignées. Et recyclées. Hier, les commentaires des responsables européens n'étaient qu'un bégaiement de ceux entendus, en octobre 2013, après un autre drame de l'immigration, celui de Lampedusa, 366 morts.

Hier, Federica Mogherini, la haute représentante de l'UE, évoquait la « responsabilité de l'Europe » ; le secrétaire britannique au Foreign Office, Philip Hammond, la nécessité de s'attaquer aux réseaux de passeurs. Le directeur adjoint de l'Agence de contrôle des frontières extérieures de l'Europe (Frontex) proposait, lui, l'ouverture de « nouvelles voies d'immigration légale » pour les personnes fuyant les conflits.

Il faudrait aussi que l'Europe, prompte à demander des comptes, se montre solidaire, alors que l'Italie est en première ligne. Que l'Europe – qui doit regretter les temps de l'interlocuteur unique, du type Kadhafi, aussi dictatorial soit-il, prêt à sous-traiter le dossier de l'immigration clandestine – s'engage résolument dans la stabilisation de la rive sud. Que l'Europe engage aussi un effort colossal de développement économique et social dans les pays de départ.

En 2006, l'Espagne et le Sénégal ont signé un accord de coopération en matière de lutte contre l'immigration clandestine en provenance de l'Afrique subsaharienne. Un accord, prolongé en 2009, qui prévoyait la mise à la disposition de Dakar par Madrid de moyens terrestres, maritimes et aériens pour lutter contre l'émigration clandestine. Une expérience dont d'autres pays devraient s'inspirer ?

Autant de pistes qui tournent autour d'une question centrale : comment concilier un impératif moral et humanitaire – l'Europe peut-elle laisser mourir à ses portes des cohortes de malheureux ? – avec les conséquences économiques, sociales et sociétales d'un afflux d'immigrés pour les pays d'accueil ? Afflux d'immigrés qui serait du pain bénit pour tous les représentants politiques des extrêmes en Europe.

Question d'autant plus importante que le problème est amené à s'aggraver, avec les vagues à venir de réfugiés climatiques.


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