Moyen Orient et Monde

Immigration : l’UE connaît les solutions, mais manque de volonté

OLJ/AFP/Christian SPILLMANN
21/04/2015

L'Union européenne (UE), sommée de se mobiliser face au drame des migrants en Méditerranée, connaît les solutions pour mieux réguler et répartir le fardeau de manière plus solidaire, mais elle a toujours manqué jusqu'à présent de la volonté politique pour agir.
Les solutions sont sur la table des dirigeants européens depuis le naufrage qui avait fait 366 morts en octobre 2013 près de l'île italienne de Lampedusa : mettre en place des voies légales de migration, intervenir contre les trafiquants dans les pays de départ des migrants, donner de véritables moyens financiers à Frontex, l'agence européenne des frontières, changer les règles européennes pour la prise en charge des migrants et des réfugiés. « Les récentes tragédies en Méditerranée démontrent l'urgence d'une responsabilité européenne partagée et de donner plus de moyens juridiques à l'Europe », a affirmé hier Cecilia Malmström, ancienne commissaire européenne en charge de l'Immigration, passée au Commerce.
Mais ces propositions ont jusqu'à présent toujours été rejetées. Les conclusions du sommet européen de décembre 2013 ont été lapidaires : « priorité doit être donnée à éviter les départs » et « solidarité appropriée » dans l'accueil des arrivants. La prise en charge des migrants et des demandeurs d'asile est réglementée par les accords de Dublin II. Ils imposent au pays d'entrée de prendre en charge les arrivants, de traiter les demandes d'asile et d'assumer le renvoi des migrants dont la demande a été rejetée. La Commission avait proposé de réviser ce système, mais 24 des 28 gouvernements avaient opposé un refus catégorique. Seules l'Italie, la Grèce, Chypre et Malte, les pays concernés, avaient soutenu cette demande. Les politiques européennes sont dictées par les mouvements populistes et xénophobes, avait alors déploré Mme Malmström.

« Appel d'air »
La colère de l'opinion publique face à la litanie des naufrages pourrait aider son successeur, le Grec Dimitris Avramopoulos, à faire bouger les lignes. Il doit présenter en mai une stratégie pour les migrations dont il a déjà dévoilé les grandes lignes : plus de moyens pour Triton, l'opération de surveillance gérée par Frontex en Méditerranée, mise en place de « programmes européens d'installation » et de « conditions légales et sécurisées pour les personnes qui fuient les conflits ». Il affirme aussi que « quelque chose doit changer » dans Dublin II.
Les ministres de l'Intérieur de l'UE ont débattu de cette stratégie le 12 mars. Ils ont surtout exploré les moyens pour bloquer les départs des candidats à l'immigration. La majorité des dirigeants européens sont très clairs. Ils veulent éviter toutes les initiatives pouvant représenter « un appel d'air ». L'Allemagne avait ainsi dénoncé l'opération militaire Mare Nostrum mise en œuvre par l'Italie après la tragédie de Lampedusa, car les navires italiens croisaient trop près des côtes de la Libye.
L'opération Triton se limite à patrouiller dans les eaux italiennes, car elles sont la frontière extérieure de l'UE. Mais le droit de la mer s'impose et les navires et avions des pays de l'UE loués par Frontex se doivent d'intervenir dès qu'une embarcation de fortune est signalée. Une modification du mandat de Triton serait nécessaire pour renforcer la mission, mais personne n'a jusqu'à présent évoqué cette mesure.

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L'UE peut-elle apprendre de l'Australie ?

L'Union européenne est à la peine face aux vagues de migrants qui se lancent au péril de leur vie dans la traversée de la Méditerranée. À l'inverse, l'Australie n'a recensé quasiment aucune arrivée de réfugiés en près de 18 mois et ne déplore aucun décès en mer.
Mais nombreux sont ceux qui pensent que la politique d'immigration très restrictive, menée par Canberra, ne peut servir de modèle à l'UE, arguant qu'elle est immorale et vraisemblablement illégale au regard du droit international comme du droit européen. Toutefois, l'UE doit-elle s'inspirer de la politique australienne? Le ministre de l'Immigration Peter Dutton s'est bien gardé hier de vouloir donner des leçons à l'Europe. « C'est un problème qu'ils doivent résoudre, ce n'est pas à nous de donner des conseils », selon lui. Mais « nous avons appris que refouler les bateaux lorsque cela ne pose pas de problème de sécurité, ça marche », souligne-t-il.
Peu après son arrivée au pouvoir en septembre 2013, le gouvernement conservateur a lancé avec l'aide de l'armée l'opération « Frontières souveraines » pour décourager les réfugiés d'arriver par la mer. Les arrivées étaient quasi quotidiennes sous le précédent gouvernement travailliste. La politique est double. Les bâtiments de la marine interceptent les bateaux transportant des migrants et les renvoient vers leur point de transit, souvent l'Indonésie. Les demandeurs d'asile qui arrivent par bateau en Australie sont également placés dans des camps de rétention sur l'île de Manus, en Papouasie-Nouvelle Guinée ou sur l'île de Nauru, dans l'océan Pacifique.

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