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Liban

La « vraie bataille a commencé », lance Rafic Hariri après la prorogation d’Émile Lahoud

TSL

À la barre du tribunal, Ali Hamadé, journaliste, mais aussi émissaire haririen à Damas.

14/04/2015

Journaliste et proche collaborateur de Rafic Hariri, Ali Hamadé a témoigné hier devant la chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé de juger les assassins de l'ancien Premier ministre.
M. Hamadé, qui est le frère de Marwan, l'ancien ministre qui a survécu à un attentat à la voiture piégée en octobre 2004 et qui a ouvert le ballet des témoins « politiques » à la barre du TSL, a relaté le rôle qu'il a joué en tant que journaliste, mais aussi d'émissaire haririen, quelques mois avant la prorogation du mandat de l'ancien président de la République, Émile Lahoud. Dépêché plus d'une fois à Damas pour y rencontrer un haut responsable sécuritaire syrien, le général Mohammad Nassif, proche de la famille Assad, le témoin évoque sa mission auprès de cet officier et les messages échangés à travers lui.


Le journaliste, qui fut à l'origine du programme Istihqaq (échéance) diffusé sur la chaîne du Futur, explique comment l'idée de ce programme avait été proposée à Rafic Hariri, dans une tentative de créer une tribune permettant à l'opposition d'exprimer son refus du principe de la prorogation du mandat du président. Le programme était une opportunité pour présenter d'autres personnalités maronites « compétentes et intègres », capables de briguer le siège de la première magistrature. C'était une manière de contrer la prorogation du mandat de M. Lahoud imposée par le régime syrien.
« L'ancien Premier ministre espérait ainsi pouvoir convaincre les Syriens de changer d'avis ou du moins de ne pas faire pression sur les Libanais en ce qui concerne cette échéance, dit-il. De mon côté, je considérais qu'il était temps de lancer une action médiatique et politique d'opposition qui puisse avoir son impact sur la scène libanaise. » Une nécessité partagée par d'autres journalistes au sein de l'opposition, qui contestaient tout autant le principe de la prorogation du mandat et son bénéficiaire.


(Lire aussi : La défense effectue une percée et s'emploie à démontrer qu'Israël avait tout intérêt à assassiner Rafic Hariri)

 

La bataille médiatique
Conscients de l'importance des médias audiovisuels pour diffuser le discours de l'opposition, et survenant à une période où les talk-shows politiques avaient été suspendus sur la chaîne du Futur « du fait des pressions syriennes » – le témoin rappelle l'épisode des tirs de roquettes sur la chaîne en juin 2003 –, la décision de lancer le programme a été avalisée par l'ancien Premier ministre quelques mois avant l'échéance électorale de 2004.
À cette époque, plus précisément au printemps 2004, Rafic Hariri se dirigeait peu à peu vers une opposition plus franche après avoir longtemps tenté de calmer le jeu avec Damas. « Il savait désormais qu'il n'aurait plus de scrupules pour montrer son opposition aux Syriens », note-t-il.
À la question du président de la chambre de première instance, le juge David Re, qui lui demande si M. Lahoud figurait parmi les invités du programme « pour faire la balance requise en journalisme », le témoin répond par la négative, justifiant ce choix par le fait que le principe même du programme était précisément d'exprimer le rejet de la prorogation.

Interrogé sur les auteurs des tirs de roquettes, M. Hamadé affirme ne pas être au courant des résultats de l'enquête officielle, soulignant toutefois que, dans les cercles de l'opposition, « on chuchotait tout bas que les Syriens étaient derrière ces tirs qui équivalaient un message politique » adressé à Rafic Hariri.
La prorogation a quand même lieu en septembre 2004 et scinde le pays en deux camps. Ali Hamadé se rend alors chez Rafic Hariri pour lui demander ce qu'il doit advenir du programme télévisé, qui n'est plus justifié. Ce dernier lui répond : « Nous allons continuer. La vraie bataille a commencé. » « Il était clair que ce programme devait en être l'un des outils », enchaîne le témoin.

 

(Lire aussi : Nasrallah accusait Rafic Hariri de comploter contre lui, révèle un témoin)

Sauver le pays de l'explosion
Le témoin raconte comment, en novembre 2004, soit un mois après la tentative d'assassinat de son frère, Marwan, il s'est rendu à Damas pour y rencontrer le général Mohammad Nassif, avec qui il entretenait une relation amicale depuis les années 80. Rafic Hariri, qui n'avait renoncé à aucun moment à chercher à améliorer ses relations avec le régime syrien, voulait envoyer cette fois-ci un message clair au régime Assad, via des canaux autres que ceux qu'il avait eu l'habitude d'emprunter.
Arrivé à destination, Ali Hamadé livre à l'officier le message de Hariri : « Nous sommes des alliés. Nous divergeons sur certaines questions, mais nous nous entendons sur d'autres. Nous ne voulons pas de confrontation avec la Syrie. Toutefois, si nous souhaitons préserver l'alliance et la relation de confiance avec Damas, il va falloir que le régime change sa manière de gérer sa relation avec le Liban. » L'idée était la suivante, ajoute le témoin : les Libanais ne pouvaient plus être traités par la Syrie comme « sujets », mais comme des acteurs à part entière, responsables de la gestion de leur propre pays.

 

(Lire aussi : « Al-Jadeed » devant le TSL le 16 avril, le décryptage de Scarlett Haddad)


Ali Hamadé se rend une deuxième fois en Syrie pour recueillir la réponse de Bachar el-Assad, toujours auprès de Mohammad Nassif. Sur place, le général syrien lui affirme que le régime ne ressent aucune inimitié à l'encontre de Rafic Hariri. « Nous sommes simplement dérangés par certaines de ses attitudes politiques et par son comportement à notre égard », dit-il. L'officier demande à son interlocuteur de transmettre à l'ancien Premier ministre le message suivant : « Il doit savoir qu'il ne peut pas compter sur ses amitiés internationales et sur les relations arabes, puisque les grands États dialoguent également avec nous. » Et le général d'ajouter : « Nous sommes au courant de tout ce qui se passe. » Mohammad Nassif lui assure cependant que le régime syrien va déployer les efforts nécessaires pour améliorer les relations entre les deux pays.
Lors d'une troisième réunion, l'officier syrien fait part à Ali Hamadé de l'opinion qu'avait le président syrien de Rafic Hariri. « Il m'a dit que Bachar el-Assad pense que les messages de Hariri sont risibles. »
Une quatrième rencontre était prévue le 14 février 2005, le jour même de l'assassinat de Hariri. Elle n'aura pas lieu.

 

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