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À La Une - Affaire Hariri

Siniora refuse d'accuser le Hezbollah : C'est au TSL de désigner les coupables

Rafic Hariri n'avait rien à voir avec l'adoption de la 1559, rappelle le chef du bloc du Futur

Fouad Siniora témoignait pour le troisième jour consécutif devant le Tribunal spécial pour le Liban, chargé de juger les auteurs de l'assassinat de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri. Capture d'écran.

"Je ne suis pas en position de pointer du doigt le Hezbollah en disant que c'est  lui qui a perpétré le crime. Si nous sommes aujourd'hui devant un tribunal, c'est précisément pour qu'il découvre qui est l'auteur du crime".
C'est ce qu'a affirmé hier le chef du bloc du Futur, Fouad Siniora, qui a témoigné pour le troisième jour consécutif devant le Tribunal spécial pour le Liban, chargé de juger les auteurs de l'assassinat de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri.

Lors d'un contre-interrogatoire conduit par Antoine Korkmaze, conseil de Moustapha Badreddine, M. Siniora a refusé de répondre par oui ou par non à la question de savoir si des membres du Hezbollah auraient logiquement planifié l'attentat contre Rafic Hariri si ce dernier avait refusé l'application de la 1559 – Syria Accountability Act – une résolution qui prévoit le désarmement des milices.

M. Siniora avait assuré plus tôt dans la journée que l'ancien chef du gouvernement n'était lié, "ni de près ni de loin" à l'adoption de ce texte qui est plutôt l'œuvre de "l'allié du régime syrien, le général Michel Aoun".

Prié de dire par ailleurs s'il ne pensait pas que le fait d'avoir accepté de proroger le mandat de l'ancien chef de l'Etat Emile Lahoud, Rafic Hariri souhaitait ainsi perpétrer la présence des troupes syriennes au Liban, le témoin a répondu : "Comment pouvez-vous déduire une telle chose ? Il n'y a absolument pas de lien entre les deux". Sur l'insistance de la défense qui reformule la même hypothèse en usant d'autres termes, il affirme : "C'est votre avis et non le mien".

 

(Lire aussi : Larmes du crime, l'éditorial de Issa Goraieb)

 

Au tour de Jad Khalil, conseil de l'accusé Hassan Habib Merhi, de l'interroger sur la teneur de la déclaration ministérielle du 17 avril 2003 dans laquelle il est clairement mentionné que le gouvernement libanais est déterminé à faire face à la Syrian Accountability Act. A cela le témoin répond : "Le problème ne réside pas dans les textes mais dans leur application", en allusion aux "pratiques du régime policier syro-libanais" qui était en cause. Me. Khalil évoque en outre le passage faisant état des "relations privilégiées entre le Liban et la Syrie" . Le texte évoque "une option constante, dictée par un passé, une histoire, une géographie, une fraternité et des intérêts communs", insistant sur la détermination du gouvernement à approfondir ces relations notamment à travers des projets communs prévus dans les accords de coopération signés entre les deux pays. Ce à quoi, Siniora a répondu que tous ces textes sont "clairs" mais non les pratiques du régime policier syro-libanais "qui ont abouti aux conséquences que l'on connaît", dit-il. Il tient à rappeler à ce propos un passage tiré de cette même déclaration ministérielle évoquant la nécessité de garantir l'indépendance du pouvoir judiciaire.

"Savez-vous comment la justice libanaise était manipulée ? Êtes-vous au courant du fait qu'une loi avait été adoptée par le Parlement, lequel a été contraint quelques jours plus tard de revenir sur sa décision ?", s'indigne le chef du bloc du Futur, en référence à la loi de la réforme du Code de procédure pénal. Et d'ajouter à une question posée par le juge Janet Nosworthy : "Il n' y a pas un seul gouvernement au Liban qui n'a pas évoqué dans sa déclaration ministérielle de manière limpide la nécessité de garantir l'indépendance de la justice, celle du Parlement et le principe de la séparation des pouvoirs prévu par la Constitution". Le témoin a rappelé les occasions lorsque le régime policier syro-libanais a  "manipulé jusqu'aux textes législatifs censés garantir les libertés publiques". Et de brandir devant la cour un ouvrage écrit en 2008 par l'ancien ministre de la Défense, Mohsen Dalloul, qui dénonce les pratiques "flagrantes" de ce régime et son ingérence dans la vie politique ainsi qu' au niveau des institutions libanaises.

 

(Lire aussi : Le TSL et les développements régionaux mettent en veilleuse le dialogue, le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Revenant sur l'accord bilatéral de coopération et de fraternité, Me. Khalil fait défiler devant le témoin une photo data de 2008, regroupant les ministres et responsables de sécurité libanais aux côtés de leurs homologues syriens, dans le cadre de réunions prévus par ces accords. L'avocat cherchait vraisemblablement à démontrer que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes entre les deux pays. M. Siniora commente affirmant que le texte des accords bilatéraux est toujours en vigueur et que le gouvernement libanais était tenu de s'y conformer. Encore faut-il que ce texte soit respecté, et qu'il ne se transforme pas en outil d'ingérence comme cela s'est produit de la part du régime policier syro-libanais, a-t-il dit en substance.

Intervient alors le juge Nicola Lettieri qui le relance sur les propos qu'il avait tenus la veille sur les tentatives d'assassinats de l'ancien Premier ministre, Rafic Hariri, de la part du Hezbollah. Le juge lui demande "pourquoi n'avoir pas prévenu la police et pourquoi aucun dossier n'a été ouvert à ce sujet ?" "Je vous ai raconté hier (mardi ) mot par mot, ce que j'ai entendu de la bouche de Rafic Hariri", dit M. Siniora, soulignant que cette information "n'avait pas été divulguée" auparavant et que souvent dans ce genre de situation aucune suite n'est donnée aux informations en question.

Le témoin est également interrogé sur des questions militaires pointues, auxquelles il apportera une même réponse, à savoir qu'il n'est pas compétent en la matière. La défense lui pose également des questions sur le scandale de la banque Al-Madina et l'implication de l'ancien chef des SR syriens au Liban, Rustom Ghazalé, dans cette affaire, des sujets sur lesquels le témoin affirme détenir peu d'informations.

 

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commentaires (6)

Cher M. Abou Chacra Votre remarque est tout à fait pertinente. L'erreur a été rectifiée. Merci.

L'Orient-Le Jour

13 h 29, le 26 mars 2015

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Commentaires (6)

  • Cher M. Abou Chacra Votre remarque est tout à fait pertinente. L'erreur a été rectifiée. Merci.

    L'Orient-Le Jour

    13 h 29, le 26 mars 2015

  • M. Siniora a refusé de répondre par oui ou par non à la question de savoir si le parti chiite aurait quand même assassiné Rafic Hariri si ce dernier avait refusé l'application de la 1559 – Syria Accountability Act meme l'avocat de la defense reconnait par maladresse ce qu'il connait surement cad qui a assassine Hariri

    LA VERITE

    13 h 16, le 26 mars 2015

  • C'est bien monsieur siniora. Il ne faut pas accuser sans preuves ni éléments tangibles. Il commence à comprendre le gus qu'il ne doit pas copier à 100% les arabies très, mais alors très démocratiques du golfe.

    Ali Farhat

    11 h 24, le 26 mars 2015

  • Mais, Sanioûrâ au grand cœur cher ami, le Tribunal les a déjà désigné.... Cinq de ce héZébbb dans l'entonnoir déjà, äâïynéééh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 14, le 26 mars 2015

  • Ca cafouille un peu , il le pointe du doigt et refuse d'accuser ! Il est le seul a avoir entendu Hariri pere lui dire qu'il avait recu des menaces du hezb resistant , lui , le seul parmi tous les amis de Hariri , et dans une voiture en tete a tete !!! il est pas sur en plus d'avoir une grande gueule de travers , il n'aurait pas aussi de oreilles a l'envers. Et puis changez l'image svp , on dirait un malfrat sous les projecteurs dans un vulgaire commissariat de quartier .

    FRIK-A-FRAK

    09 h 35, le 26 mars 2015

  • Est-ce sûr que l'avocat conseil de Moustapha Badreddine, Antoine Korkmaze, a formulé sa question ainsi : "si Rafic Hariri avait refusé la 1559, le Hezbollah l'aurait-il quand même assassiné" ? Une telle question en effet ne signifie-elle pas que l'avocat reconnaît que le Hezbollah a de fait assassiné Hariri, parce que celui-ci a accepté la 1559 ?

    Halim Abou Chacra

    05 h 35, le 26 mars 2015

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