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Liban - Conférence

« Le confessionnalisme politique, un frein à la liberté de croyance », note un expert de l’Onu

À l'issue d'une visite au Liban, Heiner Bielefeldt, rapporteur spécial de l'Onu sur la liberté de religion ou de conviction, invite les autorités à « préserver la diversité » en développant « la citoyenneté commune » et en instaurant le mariage civil.

En cette période d'extrémisme et de violences régionales perpétrées au nom de la religion, le Liban est un « message d'espoir » pour les autres pays. Face à ces forces qui veulent « transformer le Moyen-Orient en une région à religion unique », le pays du Cèdre a d'importants défis à relever au service de la société. Parmi ces défis de taille, la lutte contre le confessionnalisme politique, le développement d'une citoyenneté commune et l'adoption du mariage civil au Liban.

C'est au cours d'une conférence de presse, hier, au Raddison Blu Martinez Hotel, que le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction, Heiner Bielefeldt, a présenté ces défis et exposé les résultats préliminaires de sa visite au Liban. « Le Liban doit défendre et préserver cette diversité communautaire unique en son genre qui le caractérise », note-t-il. Il observe à ce titre que « la liberté de religion n'est pas seulement la liberté d'adorer et de ne pas être persécuté », mais que « le confessionnalisme politique est une forme moins évidente de restriction à la liberté de religion et de conviction », qui « hypothèque la liberté de conviction », et « mélange la conviction religieuse et les mandats de la Fonction publique ». « Les gens sont obligés d'utiliser leur religion même s'ils sont agnostiques », déplore-t-il.
M. Bielefeldt constate les mécanismes de la communication et du dialogue interreligieux qui facilitent la diversité, mis en place au pays du Cèdre. « Un dialogue dont les femmes sont absentes », souligne-t-il toutefois. Face aux risques de fragmentation, il insiste sur la nécessité de développer l'esprit de citoyenneté afin de maintenir la cohésion de la société. Il s'agit certes d'une « citoyenneté commune basée sur la vie en commun », car « la convivialité est parfois vide de sens, lorsque des tabous existent entre les communautés et que sont évitées les discussions sincères ».


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Conversions vers l'islam pour divorcer
Pour ce faire, l'expert onusien juge nécessaire de « donner aux personnes davantage d'espace pour organiser leur vie, un espace plus honnête qui va renforcer la liberté de religion ». « Les gens de différentes religions ont besoin de se retrouver », martèle-t-il. Dans ce cadre, il encourage les autorités à « penser à un modèle d'école publique à la française ». Mettre en place « les réformes et les changements nécessaires en vue d'instaurer le mariage civil au Liban » est un autre défi majeur.
« Je suis un sympathisant du mariage civil sur le territoire libanais. » Heiner Bielefeldt dénonce cette autre forme de restrictions imposée par le confessionnalisme politique et invite les religions à « ne pas être coercitives ni persécutrices ». Il constate « des conséquences bizarres » à l'interdiction du mariage civil contracté au Liban. « Beaucoup de maronites se tournent vers l'islam pour divorcer et se remarier, affirme-t-il. Est-ce une conversion honnête, alors qu'ils utilisent la religion ? » demande-t-il, montrant du doigt ce « moyen de coercition détourné ».
Après avoir rencontré de hauts dignitaires religieux durant sa visite libanaise, le rapporteur spécial note que « les dignitaires chrétiens craignent ces conversions vers l'islam, pour divorcer et se libérer d'un mariage insupportable ». Nombre d'entre eux « sont conscients que le changement est inévitable et nécessaire, un jour », même s'ils estiment qu'il est « encore tôt » pour l'enclencher et préfèrent « attendre encore ». « Ils réalisent que cette situation peut mettre en danger la sincérité religieuse », conclut-il, invitant le pays du Cèdre à enclencher des réformes vers le changement.

 

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