« Depuis lundi, rien ne sort plus du port de Beyrouth », explique Naïm Saleh, transitaire et agent maritime. Naïm Saleh n'évoque pas ici les tensions sociales entre l'Autorité du port et le syndicat des propriétaires de camions autour de la possible fermeture du bassin n° 4 (voir encadré). Non, la raison est à chercher, cette fois, du côté des douanes qui ont mis en place des procédures de contrôle renforcé depuis le lundi 16 février. Désormais, tous les conteneurs qui arrivent au port de Beyrouth doivent passer aux rayons X. Les douanes viennent en effet de se doter de nouveaux scanneurs à conteneurs (les anciens avaient plus de 15 ans) pour assurer une vérification en profondeur des cargaisons. Avec une conséquence de taille : « Un engorgement qui pourrait entraîner un allongement des délais de l'ordre d'une semaine à dix jours, pour faire sortir les marchandises », croit savoir un autre transitaire, qui désire rester anonyme. « Le risque est aussi de très vite saturer les surfaces de stockage disponibles au port », ajoute-t-il.
(Lire aussi : « L’avenir du port de Beyrouth est un enjeu national »)
Retard de livraison
Pour la majorité des importateurs ou des commerçants, cette situation est préoccupante. En temps normaux, déjà, les délais sont trop longs au port de Beyrouth, où il faut en moyenne cinq jours pour faire sortir une cargaison. Dans des ports mieux organisés, 24 heures suffisent.
Mais depuis l'instauration de ces contrôles renforcés, en début de semaine, les retards s'accumulent : les commerçants se retrouvent dans l'incapacité de livrer leurs clients ; les transitaires, eux, sont obligés de payer en sus ces formalités de contrôles supplémentaires ainsi que le stockage des conteneurs sur le port. Aux dires de l'un d'entre eux, ce sont près de 50 % des profits réalisés sur un conteneur qui partent ainsi en fumée. « Je me demande si ce n'est pas encore un traquenard de l'Autorité portuaire, pour justifier la fermeture du bassin n° 4 en arguant » preuve à l'appui « d'un besoin d'espaces supplémentaires afin de stocker plus de conteneurs », ajoute le transitaire.
(Pour aller plus loin : L'enjeu de la fermeture du bassin n° 4 du port de Beyrouth, dans le Commerce du Levant)
Pour comprendre cette nouvelle affaire, il faut se rappeler que les contrôles douaniers s'effectuent normalement à partir d'une « analyse des risques » : chaque cargaison est analysée selon la provenance de ses marchandises entrantes, leur valeur... De fait, normalement, seuls quelques conteneurs subissent une inspection en profondeur. Ce qui permet d'accélérer les procédures de sortie. Un certain nombre passe ainsi par le « circuit vert », qui assure un dédouanement rapide (sans frais supplémentaires). D'autres, au contraire, sont orientés vers le « circuit rouge », qui requiert des procédures plus longues et des frais de formalités. Or ce « circuit rouge » est aujourd'hui devenu obligatoire pour l'ensemble des marchandises. On ignore jusqu'à quand cette procédure doit se maintenir. Au port, une rumeur affirme qu'il faudrait compter a minima trois mois de contrôles renforcés. Joint par téléphone, le ministère des Finances, autorité de tutelle des douanes, n'était pas en mesure de commenter l'événement ni d'en expliquer les motivations.
Mais pour l'un des professionnels, « contrôler les marchandises qui entrent ou sortent du Liban est un objectif louable ». Toutefois, cet habitué des arcanes du port craint que cette opération n'ait pas l'effet escompté : « Au final, cela risque de renforcer la corruption. On paiera pour accélérer les procédures », estime-t-il. Un message contreproductif alors que le ministre Ali Hassan Khalil semble vouloir mener une opération mains propres aux douanes : son cabinet a annoncé hier avoir déféré devant le parquet un agent des douanes soupçonné de fraudes fiscales.


Bravo pour les douanes qui viennent de se doter de nouveaux scanneurs à conteneurs mais vont -ils les utiliser pour tout le monde ?
14 h 32, le 19 février 2015