La phlébite se traduit par un œdème de la jambe, qui devient rouge.
Qui n'a pas connu dans son entourage au moins une personne qui n'ait été hospitalisée ? Dans ces cas, on remarque souvent que le patient alité reçoit au quotidien une injection sous-cutanée dans l'abdomen, de préférence tout au long de la durée d'hospitalisation. Il s'agit en fait d'un traitement anticoagulant prophylactique, c'est-à-dire préventif, qui empêche la formation d'une thrombose veineuse profonde, communément appelée phlébite.
La maladie veineuse thromboembolique (MVTE), qui regroupe la phlébite et sa principale complication, l'embolie pulmonaire (voir par ailleurs), constitue le troisième trouble cardio-vasculaire le plus fréquent, après les coronaropathies (maladies touchant les artères coronaires qui approvisionnent le cœur en oxygène) et les accidents vasculaires cérébraux. Selon les études, près de 30 % des patients atteints d'une MVTE meurent dans les trois mois qui suivent l'attaque et près de 25 % d'entre eux développeront un caillot dans les cinq années qui suivent. Une bonne nouvelle toutefois : dans de nombreux cas, cette pathologie peut être prévenue, à condition de prendre les mesures nécessaires.
« La phlébite est une pathologie qui touche les veines, non les artères », explique à L'Orient-Le Jour le Dr Élie Kassabian, président de la Société libanaise de chirurgie vasculaire, en marge des travaux d'une conférence sur les thromboses organisée récemment par les laboratoires Boehringer Ingelheim à Louxor, en Égypte. Une petite leçon d'anatomie s'impose à ce stade. « Les artères sont des vaisseaux qui transportent l'oxygène à partir du cœur vers les organes, alors que les veines ramènent le sang pauvre en oxygène vers le cœur, indique le Dr Kassabian. C'est la circulation de retour. »
Les phlébites et les varices sont les deux principales pathologies qui touchent les veines. Mais c'est la phlébite qui est la plus dangereuse, « parce qu'elle entraîne la formation de caillots sanguins dans la veine, créant ainsi un obstacle au chemin de retour », accompagnée d'un risque de migration du caillot qui se morcelle vers les poumons. La phlébite se traduit « par un œdème de la jambe, qui devient rouge, puisqu'une quantité de sang supplémentaire s'est formée dans la veine, ainsi que par une douleur allant de la cuisse, du genou ou de la mi-jambe vers le pied, précise le Dr Kassabian. Dans ce cas, le patient doit consulter un médecin immédiatement. »
(Lire aussi : Fibrillation auriculaire : un trouble qui touche près de 2 % de la population mondiale)
Protocoles de prévention globale
Les facteurs de risque de la phlébite sont nombreux, les plus importants étant une longue hospitalisation, une longue intervention chirurgicale, le cancer, la grossesse, la prise de contraception orale, l'obésité, la sédentarité, l'âge, le tabac et, bien sûr, le facteur génétique. « Le problème de la phlébite, c'est qu'elle peut survenir à l'hôpital, mais elle ne se déclare cliniquement que deux à trois semaines plus tard, constate le Dr Kassabian. Les malades sortent en fait de l'hôpital, mais y reviennent quelques jours plus tard pour une phlébite. Souvent, le problème n'est pas bien diagnostiqué. Il est important donc pour nous, en tant que médecins, de savoir suivre cette maladie, d'où l'importance de la prévention. À moins d'une contre-indication, tout patient hospitalisé doit donc subir une thromboprophylaxie, qui est un traitement préventif de la phlébite. Selon les cas, ce traitement se fait soit par des injections de produits anticoagulants sous la peau, soit par voie orale (mais c'est plus rare), soit encore par la contention, qui consiste à porter des bas antithromboses qui ressemblent aux bas à varice, soit enfin par la compression intermittente pratiquée par des machines qu'on presse sur les jambes pour chasser le sang de façon artificielle et accélérer la circulation sanguine. »
Ce traitement préventif se poursuit tout au long de la période d'hospitalisation. Or les études ont montré que « de nombreux patients hospitalisés n'ont pas droit à ces règles de prévention », note le Dr Kassabian. Il estime que cela est dû à un manque d'éducation du corps médical, ainsi qu'à la crainte d'une complication hémorragique, mais aussi au fait que ces traitements risquent de coûter chers. « Ce problème est universel et ne se limite pas au Liban, fait remarquer le spécialiste. La majorité des études menées dans ce sens au Liban, au Moyen-Orient, en Europe, en Afrique du Nord et même aux États-Unis montrent que dans les départements chirurgicaux, 30 à 40 % des patients ne reçoivent pas ce traitement préventif. Un taux qui s'élève à 60 % dans les services où les patients ne subissent pas une intervention chirurgicale. D'où le rôle des médecins. On est en train de créer des protocoles de prévention globale dans l'espoir qu'ils soient appliqués chez tous les patients, sauf preuve du contraire. »
Une panoplie de traitements
Les spécialistes disposent d'une multitude de traitements pour la phlébite. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, on administrait au patient un antivitamine K (AVK), en relais au traitement par injection en cours d'hospitalisation. « L'inconvénient de ce médicament, c'est qu'il nécessite des examens de sang répétés pour contrôler le taux d'anticoagulants dans le sang du patient, constate le Dr Kassabian. Par ailleurs, ce traitement nécessite une alimentation spéciale. Il interagit également beaucoup avec d'autres classes de médicaments. Il s'agit toutefois d'un traitement qui a été utilisé pendant près de quarante ans. D'ailleurs, c'était le seul dont on disposait. Avec la nouvelle classe d'anticoagulants, les bilans sanguins à répétition ne sont plus nécessaires, parce que ces médicaments agissent directement sur un facteur de coagulation. »
Les injections à dose thérapeutique, « qui sont à base d'héparine sous-cutanée, sont utilisées pendant une longue durée pouvant aller jusqu'à six mois, surtout chez les patients qui souffrent d'un cancer », indique le Dr Kassabian. Il précise : « Les traitements par voie injectable n'ont pas d'effets sur le fœtus. Ils peuvent être administrés pendant toute la durée de grossesse, même après l'accouchement, sans qu'ils aient un effet sur la lactation. Il est à noter en outre que les nouveaux anticoagulants sont déconseillés chez la femme enceinte. Il n'y a aucune indication ni de validation dans ce sens. »
Et de conclure : « À la moindre suspicion d'une phlébite, le patient doit être envoyé chez un spécialiste, en l'occurrence un chirurgien vasculaire, parce que les complications de la phlébite ne sont pas qu'immédiates. En effet, une phlébite mal diagnostiquée ou traitée tardivement peut entraîner un syndrome postphlébitique qui se déclare jusqu'à dix ans plus tard. Dans ce cas, le patient a de grosses jambes, des ulcérations sur les membres inférieurs et des changements cutanés. Ce syndrome pose un problème de handicap fonctionnel, comme il altère la qualité de vie du patient qui n'arrive pas à marcher, qui a mal quand il le fait ou encore qui a les pieds qui enflent quand il marche. D'où la nécessité de traiter tôt pour éviter d'arriver à ce stade. »
La maladie veineuse thromboembolique (MVTE), qui regroupe la phlébite et sa principale complication, l'embolie pulmonaire (voir par ailleurs), constitue le troisième trouble cardio-vasculaire le plus fréquent, après les coronaropathies (maladies touchant les artères coronaires qui approvisionnent le cœur en oxygène) et les accidents vasculaires cérébraux. Selon les études,...

