L'embolie pulmonaire est la maladie que les pneumologues redoutent le plus. « Mais il faut savoir que c'est une maladie qui ne survient que chez un patient à risque de développer des thromboses veineuses », explique à L'Orient-Le Jour le Dr Mirna Waked, présidente de la Société libanaise de pneumologie, en marge des travaux d'une conférence sur les thromboses organisée récemment par les laboratoires Boehringer Ingelheim à Louxor, en Égypte.
« Pour mieux résumer les risques d'une thrombose, on peut se référer à la triade de Virchow, précise-t-elle. Selon cette triade, une thrombose est due soit à un traumatisme de la paroi d'un vaisseau, une chirurgie vasculaire ou un cancer à titre d'exemple, soit à une hypercoagulabilité, qui peut survenir suite à certaines chirurgies, à une hormonothérapie, à un cancer, ou encore en raison d'un facteur génétique, soit enfin à une stase veineuse, c'est-à-dire à la stagnation du sang au niveau d'une veine. Celle-ci peut survenir dans le cas d'une chirurgie orthopédique, d'une admission aux soins intensifs, d'une insuffisance cardiaque ou encore de la grossesse. »
« Le problème de l'embolie pulmonaire, c'est qu'elle est silencieuse dans la majorité des cas, précise le Dr Waked. C'est d'ailleurs le problème de toutes les thrombotiques. Ce n'est que lorsque le thrombus se loge dans une branche de l'artère pulmonaire que les signes apparaissent. Ceux-ci se traduisent par un essoufflement, un sifflement dans la poitrine, une douleur thoracique, une insuffisance cardiaque... Bref, tous les signes d'une baisse de l'oxygène, qui sont d'ailleurs communs à d'autres maladies pulmonaires. »
Il est important donc, selon le Dr Waked, « de connaître les facteurs de risque d'une embolie pulmonaire et de les anticiper ». « Mais il faut savoir aussi diagnostiquer l'embolie, car la prévention n'est pas entièrement protectrice, insiste-t-elle. Pour cela, il est important d'avoir un index élevé de suspicion. À partir du moment où l'on y pense, il faut tout faire pour éliminer ou certifier ce doute. Et les moyens de diagnostic ne manquent pas. »
Comment se présente la prise en charge et la prévention de l'embolie pulmonaire au Liban ? « Le problème de la prophylaxie est mondial et n'est pas spécifique au Liban, répond le Dr Waked. Les médecins avaient peur de l'anticoagulation prophylactique et, pendant de longues années, ils s'y sont opposés, parce qu'ils craignaient le saignement, sachant que les doses administrées dans l'anticoagulation prophylactique sont inférieures à celles données dans le cas d'une anticoagulation thérapeutique. Les mentalités ont beaucoup évolué, mais le problème persiste. C'est la raison pour laquelle nous avons conduit il y a quelques années une étude sur la compléance à l'anticoagulation prohylactique. On s'est rendu compte qu'il était bas. Nous avons alors établi des protocoles de prophylaxie et mené des campagnes de sensibilisation dans les hôpitaux. La situation s'est améliorée, mais un long travail reste à faire. L'adoption de modèles d'évaluation des risques qui soient faciles, pratiques et valides est l'une des grandes solutions au problème. »
N. M.

