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Quand un dessin peut tuer, faut-il craindre l'autocensure?

Charlie Hebdo

"C'est un peu flippant d'être +courageux+ parce qu'on dessine", souligne l'auteur de BD Mathieu Sapin.

OLJ/AFP/ Myriam CHAPLAIN RIOU
13/01/2015

La tragédie de Charlie Hebdo va-t-elle changer la manière de travailler des dessinateurs et des humoristes ? Quand un dessin peut tuer, "bien sûr, ça fait réfléchir", reconnaissent-ils, tout en cherchant à se prémunir contre l'autocensure.

 

"Je crois que la majorité va continuer à dessiner, à braver le danger et les menaces éventuelles", estime Mohamed Sifaoui, qui a écrit la BD "Ben Laden dévoilé" en 2009. "Mais ce drame va peser et il ne serait pas impossible de voir un climat d'autocensure s'installer, notamment dans l'esprit des directeurs de publication et des éditeurs, davantage que dans celui des dessinateurs", dit à l'AFP le journaliste franco-algérien, installé en France.


L'humoriste et imitateur Gérald Dahan peut "comprendre que des humoristes aient peur. Mais n'oublions pas que c'est une minorité qui fout le bazar". "Pour représenter Mahomet dans un journal satirique, certains vont y réfléchir à deux fois. Les terroristes ont atteint leur but en ce sens", poursuit-il. "Personnellement, je continuerai à maltraiter l'actualité. Je ne suis pas réputé pour être quelqu'un qui se censure", ajoute Dahan qui présentera dès le 15 janvier son nouveau spectacle.


"La plupart de mes dessins sur les +barbus+ sont passés dans le journal Le Soir", note le célèbre caricaturiste belge Pierre Kroll, qui entend bien continuer. "On m'avait en revanche refusé un dessin de Jésus crucifié après l'affaire des caricatures."


Pour l'auteur de BD Fred Neidhardt, "la tendance à l'autocensure semble déjà amorcée". "Parmi les nombreux hommages graphiques" rendus à Charlie Hebdo, "il y a des centaines de crayons cassés.... mais pas de dessin représentant Mahomet", ajoute-t-il. "Maintenant qu'on sait que même en France, un dessin peut tuer, bien sûr, ça fait réfléchir. Si un seul auteur dessine Mahomet, il peut craindre de devenir une cible. Si tout le monde s'y met, le risque disparaît. On peut aussi se dire: +Je ne vais pas le faire, de toute façons mon éditeur va le refuser.+"

 

"De plus en plus de médias vont avoir la trouille"
Une crainte partagée par Nicolas Bedos. "Si la semaine prochaine, je me fous de la gueule des islamistes radicaux, il est possible que je sois censuré par la chaîne parce qu'elle craindra, à raison, que le plateau soit infiltré par trois tarés tirant à vue", a estimé dans Le Monde l'humoriste qui intervient parfois dans l'émission "On n'est pas couché" sur France 2. Et il y a "un risque d'autocensure par les satiristes eux-mêmes par peur de se faire tirer une balle dans la tête", relève Bedos. "Au nom d'une forme de paix sociale, de plus en plus de médias vont avoir la trouille."


Pour l'humoriste François Rollin, "ceux qui seront éventuellement confrontés à une censure post-Charlie, ce sont ceux qui ne parlaient pas vraiment de ces sujets et qui, par opportunisme, essaieront de frapper un grand coup".
L'auteur de BD Mathieu Sapin le martèle : "Il ne faut rien lâcher, mais renforcer la liberté d'expression."
"Dimanche, on saluait le courage des dessinateurs. C'est un peu flippant d'être +courageux+ parce qu'on dessine. J'espère que tirer sur nous ne va pas devenir un sport à la mode chez les terroristes", dit-il.


L'humoriste Patrick Timsit, qui se pose chaque soir dans son spectacle la question "Peut-on rire de tout?" assure "ne jamais avoir l'impression de prendre des risques". Mais il s'impose des limites: "On n'est pas là pour faire souffrir", relevait-il sur France Inter, ajoutant qu'"il va falloir expliquer l'humour à certains".


L'auteur du "Chat du rabbin" Joann Sfar estime, pour sa part, que "le risque le plus grave, ce n'est pas l'autocensure, c'est le dérèglement (de sa création). Comment reprendre son travail comme avant?"
"On risque par réaction de faire des dessins trop doux ou trop durs". Et comme lui ont confié ses amis algériens: "Quand les attentats se répètent, quand on risque sa peau, ça change forcément sa façon de travailler, sa manière de faire du journalisme ou de dessiner."

 

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