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Économie

Les investissements productifs ont diminué de moitié depuis 2012

Bilan 2014 - Trois questions à Fouad Zmokhol, président du Rassemblement des chefs d’entreprise libanais (RDCL)

Face à une augmentation du risque souverain et une baisse des rendements, les capitaux libanais préfèrent se tourner vers des destinations plus attractives.

12/01/2015

Quel bilan global dressez-vous de l'activité des entreprises libanaises en 2014 ?
2014 a été l'une des années les plus difficiles depuis des décennies du fait de l'aggravation de l'instabilité politico-sécuritaire qui s'est notamment traduite par un blocage des institutions et différentes interventions de l'armée libanaise sur le territoire. Cette conjoncture a fortement affecté la confiance du consommateur, incitant de nombreuses entreprises libanaises à différer leurs opérations d'investissement ou à les rediriger vers d'autres pays. D'autant que ces événements coïncident avec une dégradation de la notation souveraine du Liban. En octobre dernier, Standard&Poor's a abaissé la note du Liban de B à B- tandis qu'en décembre, Moody's l'a fait passer de B1 à B2.
Une partie des capitaux libanais se réfugie donc vers des destinations plus attractives. D'abord vers des zones à forte croissance comme les pays du Golfe, d'Amérique latine ou d'Afrique qui affichent des taux de croissance à deux chiffres. À titre d'exemple, les investissements libanais aux Émirats arabes unis (EAU) ont augmenté de plus de 22 % en 2014 à 1,5 milliard de dollars.
Les investisseurs libanais vont aussi vers des pays dont le risque souverain est similaire mais qui offrent des perspectives de retour sur investissement bien plus intéressantes. Ces derniers peuvent avoisiner les 20-30 % dans des pays comme le Soudan, l'Égypte ou l'Irak, alors qu'ils ne dépassent pas les 10 % au Liban. En 2013, les investissements « greenfield » (c'est-à-dire créateurs d'emplois et de valeur) des entreprises libanaises dans des secteurs productifs se sont établis à 103,7 millions de dollars. Nous n'avons pas encore les chiffres pour 2014 mais nous attendons à une centaine de millions de dollars, ce qui représente une baisse de 48 % de ces investissements depuis 2012 et de 91 % depuis 2009.
Enfin, cette situation a aussi terni l'image du Liban à l'étranger. Les investissements directs étrangers au Liban sont passés de 4,83 milliards de dollars en 2009 à 2,6 milliards en 2013 et devraient tomber à 2,2 milliards en 2014. Les deux secteurs bénéficiaires sont toujours l'immobilier, pour plus de la moitié, et les produits financiers.

Quels sont les secteurs qui s'en sortent le mieux ?
Les entreprises qui s'en sortent le mieux sont sans surprise les banques qui continuent d'afficher de bons résultats en dépit du contexte économique morose. Cela s'explique surtout par la forte liquidité du secteur, le bilan consolidé des banques commerciales ayant atteint les 170,5 milliards de dollars à la fin du mois d'août en hausse de 3,3 % depuis la fin 2013. Contre toute attente, l'immobilier a également tiré son épingle du jeu avec une hausse des permis de construire de 10,7 %, du nombre de ventes immobilières de 4,1 %, tandis que la valeur de ces dernières a augmenté de 10,6 % sur les neuf premiers mois.
En parallèle, les entreprises qui ont connu le plus de difficultés cette année sont les sociétés industrielles. Les exportations industrielles ont baissé de 12,6 % sur les neuf premiers mois de l'année et de 15,3 % en 2013. Les marchés arabes sont toujours nos premiers clients avec en tête l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), l'Irak, la Syrie, la Jordanie et la Turquie.

Comment envisagez-vous 2015 ?
Malheureusement, les divisions politiques devraient continuer d'affecter de manière négative les investissements dans le pays. La seule nouvelle donne positive à souligner pour 2015 est celle de la baisse des prix du pétrole qui pourrait entraîner une baisse des prix de l'essence et éventuellement se répercuter sur les prix à la consommation. Les industries qui consomment beaucoup d'électricité pourront bénéficier d'une baisse des coûts de fonctionnement de 30 à 40 %.
Il faut craindre en revanche une diminution des transferts de la diaspora libanaise des pays du Golfe. Cette baisse des prix du pétrole affecte directement leurs revenus et donc leurs envois de fonds.

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