Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées hier en France ainsi que dans d’autres pays européens en hommage aux victimes du massacre à « Charlie Hebdo ». Joel Saget/AFP
Plusieurs milliers de policiers recherchaient hier soir les hommes qui ont attaqué le journal satirique Charlie Hebdo à Paris, tuant 12 personnes. Cet attentat est le plus meurtrier en France depuis des décennies. Il a rapidement fait penser à une vengeance des islamistes contre un journal symbole de la liberté d'expression, menacé pour avoir publié en 2006 des caricatures du prophète Mohammad.
Les tueurs, en fuite, ont semblé suivre des consignes données notamment par le groupe État islamique (EI), contre lequel la France est engagée militairement en Irak. La police a lancé un appel à témoins et mis en place un numéro vert. « C'est un outil qui peut se révéler extrêmement utile », précise un enquêteur. Plusieurs milliers de policiers et de gendarmes étaient donc lancés hier soir dans une traque d'envergure et ont fouillé plusieurs appartements dans la banlieue parisienne. Le plan antiterroriste Vigipirate a été relevé au niveau « alerte attentats », le plus élevé possible, pour l'ensemble de la région parisienne. À Reims, une opération policière d'envergure était en cours hier soir pour arrêter des suspects liés à l'attentat.
La rédaction de Charlie Hebdo, décimée en pleine conférence de rédaction, a ainsi perdu cinq de ses dessinateurs vedettes, dont les caricaturistes Charb, Cabu, Tignous et Wolinski, très connus en France. Le dessinateur Philippe Honoré, une des victimes, est l'auteur du dernier dessin twitté par l'hebdomadaire, quelques instants avant l'attaque. On y voit le chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi présenter ses vœux : « Et surtout la santé ! » Deux policiers, dont l'un serait musulman, selon certains médias, figurent également parmi les victimes. Au moins l'un d'entre eux a été abattu à bout portant. Au total, 11 hommes et une femme ont été tués. L'attaque a également fait 11 blessés, selon le procureur de Paris chargé de l'enquête, François Molins. Les agresseurs, a raconté un rescapé cité par la police, ont fait irruption en fin de matinée au siège de Charlie Hebdo en criant : « Nous avons vengé le Prophète ! » et « Allah Akbar ». Une vidéo filmée après l'attaque, près des locaux de l'hebdomadaire, montre deux hommes armés de fusils automatiques sortant d'un véhicule, abattant un policier puis prenant la fuite. D'après une source policière française, les agresseurs seraient les deux frères d'origine algérienne Saïd et Charif Qawashi et le troisième homme serait Hamid Mourad.
Vague d'indignation
L'attaque a soulevé une vague d'indignation à travers le monde. En France, plus de 100 000 personnes se sont rassemblées spontanément dans la capitale et dans une quinzaine d'autres villes, sous le slogan « Je suis Charlie ». Certains manifestants brandissaient des cartes de presse, d'autres des stylos. À l'étranger, des manifestations ont eu lieu en Allemagne, en Espagne et en Grande-Bretagne notamment.
Dans une allocution solennelle à la nation, le président français François Hollande a décrété une « journée de deuil national » aujourd'hui et appelé d'un ton ferme au « rassemblement » du pays, après un carnage d'une « exceptionnelle barbarie ». « Notre meilleure arme, c'est notre unité. Rien ne peut nous diviser, rien ne doit nous séparer (...). La liberté sera toujours plus forte que la barbarie », a déclaré le président socialiste. De même, les responsables des différents cultes religieux en France ont tous ensemble condamné l'attaque, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, affirmant qu'il s'agissait d'un « coup porté à l'ensemble des musulmans ». L'union était aussi quasi sacrée dans la classe politique. « La République doit se rassembler », a réagi l'ex-président de droite Nicolas Sarkozy (2007-2012), patron du parti UMP. Seul bémol : la dirigeante du Front national (extrême-droite) Marine Le Pen a estimé que « cet attentat doit au contraire libérer notre parole face au fondamentalisme islamique ».
Également, la condamnation a été unanime dans le monde. La chancelière allemande Angela Merkel s'est dit « bouleversée », le Premier ministre britannique David Cameron dénonçant une attaque « révoltante ». Le président américain Barack Obama a condamné une fusillade « terrifiante », le président russe Vladimir Poutine « le terrorisme sous toutes ses formes ». Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, s'est dit « consterné ». « Tous les Américains se tiennent aux côtés de la France », a déclaré, en français, le secrétaire d'État américain John Kerry. La reine d'Angleterre Élisabeth II a adressé ses « sincères condoléances ». La Ligue arabe et nombre de ses pays membres ainsi que l'Iran ont également condamné l'attentat, tout comme al-Azhar, principale autorité de l'islam sunnite.
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06 h 28, le 08 janvier 2015