La tournée des ulémas musulmans mardi devrait accélérer les négociations en vue d'une éventuelle libération des militaires pris en otage par les jihadistes depuis plus de cinq mois. Malgré le fait que les religieux sunnites assurent encore qu'ils n'entameront pas de négociations avant d'être officiellement mandatés par le gouvernement, ils ont déclaré hier qu'ils sont prêts à transmettre les messages entre le cabinet et les ravisseurs, « surtout après avoir senti que les parties concernées abordent ce dossier avec grand sérieux et qu'elles sont prêtes à accepter un échange entre les militaires et certains islamistes détenus à Roumieh ».
« Nous pensions vraiment que les autorités n'avaient aucune vision de ce que la solution devrait être, mais il s'est avéré que ce n'est pas le cas. Le cabinet est positif et prêt à coopérer. Nous le ferons savoir aux ravisseurs et nous essaierons de les convaincre de baisser le plafond de leurs demandes, a confié hier à l'agence al-Markaziya le cheikh Adnane Oumama, membre du comité. Il se peut que nous ne soyons pas officiellement mandatés et qu'une telle demande paraisse difficile, mais nous sommes prêts à présenter nos services dans cette affaire humanitaire. »
Alors que les parents des otages continuent à s'interroger sur la partie au sein du cabinet qui refuse encore le principe de l'échange, et que le ministre de la Santé Waël Bou Faour affirmait qu'il ne pouvait nommer les récalcitrants, le chef du comité des ulémas, le cheikh Salem el-Rafeï, a assuré hier que ce n'était pas le Hezbollah qui s'opposait à l'échange mais bien des parties chrétiennes au sein du cabinet Salam.
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Le député des Marada Salim Karam n'y est en tout cas pas allé par quatre chemins pour rejeter la médiation des ulémas, estimant que « le comité des ulémas a facilité la fuite des individus armés durant la bataille de Ersal et l'enlèvement des militaires ». « Ce comité n'a eu aucun rôle positif dans cette affaire et c'est pourquoi nous devons négocier directement avec les ravisseurs sans médiateur », a-t-il expliqué.
De son côté, le député Salim Salhab a refusé de commenter un éventuel refus du principe de l'échange de la part du bloc du Changement et de la Réforme, assurant que les données relatives à ce dossier ne doivent pas être débattues en public. Le président du Conseil central maronite, Wadih el-Khazen, a pour sa part assuré au terme de sa rencontre avec le général Michel Aoun à Rabieh que ce dernier est soucieux de privilégier le secret dans cette affaire. « Personnellement, je trouve que tout le monde est d'accord, même sans l'affirmer publiquement, qu'il est nécessaire de trouver une issue, même si cela signifie accepter l'échange », a déclaré M. Khazen. Quant au député des Kataëb, Sejaan Azzi, qui avait assuré à maintes reprises que son parti refusait catégoriquement le principe de l'échange, il a assuré hier que la balle est dans le camp des ravisseurs. « Le Qatar s'est retiré du dossier car les ravisseurs n'ont pas réagi favorablement à sa demande d'épargner les otages, et Daech refusait la médiation du Qatar car ce pays fait partie de la coalition internationale qui lui fait la guerre », a-t-il expliqué, indiquant que son parti a proposé la tenue d'une réunion exceptionnelle du cabinet à ce sujet.
Le cheikh el-Rafeï a par ailleurs reçu hier un appel téléphonique du chef jihadiste Anas Charkas, connu sous le nom d'Abou Ali al-Chichani, qui l'a remercié pour les efforts déployés dans le cadre de la détention de son épouse Ola al-Oqaïly. Cette dernière a été libérée mardi par le tribunal militaire et transférée à la Sûreté générale. Cette libération survient alors que Saja el-Doulaïmi, ex-femme du chef de l'État islamique Abou Bakr el-Baghdadi, a été maintenue en détention. L'État pourrait tenter de négocier un échange entre elle et les militaires. Sur un autre plan, le cheikh Rafeï a indiqué avoir demandé à Abou Ali al-Chichani d'empêcher toute atteinte aux militaires otages.
En soirée, le ministre Bou Faour a estimé que « nous avons eu tort de résoudre cette affaire en adoptant une approche similaire à celle du dossier des otages de Azaz alors que les deux scénarios ne se ressemblent pas ». « Nous avons eu du retard à réaliser que le Qatar n'était pas aussi enthousiaste à résoudre cette crise que celle des otages de Azaz. J'espère que Walid Joumblatt ne me demandera pas un jour de dévoiler toutes les données », a-t-il déclaré.
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Le blocus de Ersal maintenu
Pendant ce temps, les critiques des ulémas musulmans envers les médias continuent de fuser, certains d'entre eux accusant les journalistes de ne pas souhaiter une issue favorable à la crise. Sur ce plan, le ministre de l'Information Ramzi Jreige tiendra aujourd'hui une conférence de presse pour discuter de la couverture médiatique de cette affaire aux multiples remous. « Nous avons déjà donné plusieurs avertissements en ce sens à de nombreux médias, mais certains continuent d'aborder ce dossier avec irresponsabilité, a déploré le ministre qui s'est confié à L'Orient-Le Jour. Des informations erronées sont souvent diffusées et d'autres informations qui devraient rester secrètes filtrent souvent. » Et d'ajouter : « Le gouvernement m'a incessamment demandé de prendre les mesures nécessaires à ce sujet, et je ne m'empêcherai pas de recourir à la loi pour punir ceux qui violent les règles. »
Sur un autre plan, de nombreuses voix ont dénoncé hier « le blocus de Ersal », qui, depuis la mise à mort du policier Ali Bazzal par les jihadistes, est quasiment détaché de son voisinage par ses proches, même si le président du conseil municipal du village Ali Hojeiri a assuré hier que les barrages érigés ont commencé à être levés et que l'armée se déployait à Ersal. Le ministre de la Justice Achraf Rifi a ainsi dénoncé le phénomène de sécurité privée qui se manifeste. Dans un communiqué, le ministre a fustigé « cette exagération perceptible notamment dans la Békaa-Nord, une région qui devait être englobée dans le plan de sécurité adopté par le gouvernement ». M. Rifi a dans ce contexte dénoncé le « blocus » imposé à la localité de Ersal et ses habitants qui ont depuis le début affiché leur attachement à l'État et ses institutions. Pour sa part, l'ancien Premier ministre, Saad Hariri, a condamné le « blocus imposé à Ersal », affirmant qu'il servait les intérêts des ravisseurs des militaires. « Le gouvernement en est responsable et doit y mettre un terme », a-t-il clamé. De son côté, l'ancien ministre Mohammad Abel Hamid Beydoun a assuré que le Hezbollah ne souhaite pas une solution au dossier des otages afin que se poursuive le blocus de Ersal qui le conforte dans sa bataille du Qalamoun et afin de mettre face à face l'armée libanaise et les éléments armés.
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12 h 12, le 12 décembre 2014