Depuis cinq mois, le Liban tout entier est devenu l'otage du Front al-Nosra et de Daech qui ont capturé près de 27 militaires. Les ravisseurs, aidés peut-être par certaines parties libanaises, ont rapidement saisi quels sont les points faibles des autorités et ils en profitent, mettant le pays tout entier au bord de l'explosion. Dimanche, après l'annonce de l'assassinat du policier Ali Bazzal, la Békaa était en ébullition et sur le point de basculer dans la discorde. Il a fallu tout le sens national et la conscience des responsabilités des proches de la victime, ainsi que l'intervention ferme du Hezbollah et du mouvement Amal pour empêcher que leur colère n'entraîne la région dans la discorde confessionnelle.
Une source de sécurité qui suit de près ce dossier précise à cet égard que l'objectif des ravisseurs en procédant à l'assassinat de Ali Bazzal était justement d'allumer le feu de la discorde entre les sunnites et les chiites pour plonger le Liban dans le chaos et avoir ainsi pignon sur rue dans ce pays. La source précitée est ainsi convaincue que ni al-Nosra ni Daech ne veulent vraiment la remise en liberté des détenus de Roumieh. Leur vrai problème est dans leur quasi-emprisonnement dans les régions inhospitalières du jurd, sans la possibilité d'avoir accès à une localité importante autre que Ersal, avec les facilités que cela suppose. D'ailleurs, au début des négociations, les ravisseurs n'exigeaient que le retour au statu quo qui prévalait avant la bataille de Ersal, le 2 août, et qui leur permettait de se déplacer librement entre le jurd et la ville. Ce serait donc les différents médiateurs qui auraient ajouté des conditions, et qui auraient poussé les ravisseurs à comprendre l'importance de la carte des otages pour soutirer d'autres avantages. Certes, le cas des deux épouses récemment arrêtées, Saja al-Doulaïmi et Ola al-Oqaïly, est différent car il a vraiment fait mal aux chefs des deux groupes, et leur remise en liberté est devenue une priorité pour eux, mais au départ, libérer les prisonniers extrémistes de Roumieh n'en était pas une.
La source précitée précise que le dossier des otages a donc été bien mal engagé par l'État libanais qui n'a pas immédiatement compris la gravité de la situation et qui n'a pas commencé à utiliser ses éléments de force depuis le début. Très vite, le gouvernement a été dépassé par les développements et notamment par l'action des familles des militaires otages, qui ont été instrumentalisées par les ravisseurs. Chacun a alors voulu y aller de sa tentative, dans le but, certes louable, de contribuer à la libération des militaires. Mais le problème du côté libanais, c'est que, d'une part, les interlocuteurs se sont multipliés et que, d'autre part, chacun travaillait pour les otages appartenant à sa propre communauté. Un député du courant du Futur dialoguait donc avec un chef d'al-Nosra, un autre du bloc Joumblatt dialoguait avec ses propres contacts et ainsi de suite. L'État libanais a ainsi donné aux ravisseurs une image de confusion et de faiblesse dont ils ont largement profité, transformant ce dossier en une menace réelle pour la stabilité interne et la paix civile. Et si les autorités cèdent aux conditions des ravisseurs, cela placera le Liban officiel sous la coupe d'al-Nosra et de Daech, un peu comme l'accord du Caire avait placé le Liban officiel sous la coupe de l'OLP, avant de déclencher la guerre libanaise.
Toujours selon la même source il faudrait donc à tout prix stopper cette hémorragie et pour cela, commencer par définir sans la moindre ambiguïté la partie qui doit négocier avec les ravisseurs au nom du Liban. Une fois cette partie choisie, il faudrait l'informer des lignes rouges que le Liban ne peut pas accepter et des éléments de force qui pourraient être utilisés dans la négociation. À partir de là, il faut la laisser travailler dans le secret le plus total, quitte à créer une cellule de soutien psychologique aux familles pour leur permettre de supporter cette terrible tragédie et les convaincre de ne plus se placer à la merci des ravisseurs. Le mieux serait bien sûr de confier la mission de la négociation à une cellule sécuritaire qui regrouperait des représentants des services de renseignements de l'armée, des services de renseignements des FSI, de la Sécurité de l'État et de la Sûreté générale. Cela permettrait une coordination entre les différents services officiels du pays, alors qu'une seule personne, membre de cette cellule, serait exclusivement chargée des contacts avec les ravisseurs. Ces contacts seraient aussi accompagnés de mesures militaires sur le terrain dans la région autour de Ersal pour faire pression sur les ravisseurs et leur montrer que leur marge de manœuvre est réduite. Mais surtout, le dossier ne doit pas être divisé et être considéré comme une affaire nationale et non confessionnelle. Cet élément est très important pour couper court aux tentatives des ravisseurs de jouer sur les fibres confessionnelles.
Selon la source de sécurité, c'est la seule méthode à suivre si on veut vraiment que ce dossier aboutisse à une fin acceptable pour le Liban, c'est-à-dire à libérer les militaires restants, sans déchirer le tissu social interne et détruire complètement le prestige et l'autorité de l'État. Toujours selon la même source, le temps qui aurait pu jouer en faveur des autorités libanaises, en raison de l'hiver qui approche, presse désormais, car dans la Békaa, en particulier, le feu couve sous la cendre. De plus, même si le gouvernement a choisi l'option de la négociation et de l'échange, cela ne doit pas l'empêcher d'envisager l'option militaire, ne serait-ce que pour l'utiliser comme moyen de pression...
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Malheureusement l'Etat libanais n'a jamais compris la gravité de toutes les situations que traverse notre pays, et cela depuis des années. Ou plutôt cette "coopérative d'intérêts divergents" qu'est devenu ce soi-disant Etat libanais ne veut pas comprendre...pour ne pas devoir agir en conséquence ! Ce qu'ont si bien compris ces ravisseurs et autres partenaires dans cette triste affaire, et ils en profitent...profitent ! Irène Saïd
14 h 44, le 10 décembre 2014