Alain Jocard/AFP
C'est la rencontre impromptue de deux hommes à l'ADN politique et aux caractères carrément antithétiques et que tout semble opposer. Ou presque.
Le premier est particulièrement populaire chez lui, sur ses terres, ses 143,5 millions de kilomètres carrés : malgré une opposition maigrichonne mais féroce, la grande majorité de ses 146 millions d'ouailles semble avoir fait sienne cette exclamation tripale et tellement slave d'un héros dostoïevskien : je suis nihiliste, j'ai donc besoin d'idole(s). Et l'idole, c'est lui, un président russe seul comme jamais sur la scène internationale, critiqué presque heure par heure par les Occidentaux et désormais obligé de trouver un miracle, ou quelque chose qui y ressemble, pour stopper le désastre économique qui frappera inéluctablement la Russie.
Le second, qui promettait, mais la voulait-il vraiment, une présidence normale, a battu en un peu plus d'un demi-mandat des records quasi abyssaux : désormais, seuls 4 % de ses compatriotes voient en lui le meilleur candidat de son parti pour la présidentielle de 2017 en France. Et son bilan de Saint-Sylvestre 2014 est encore pire que ceux des deux années précédentes : c'est l'annus horribilis à répétition et à tous les niveaux. Sauf en politique étrangère : crises (Mali, Centrafrique...) et conception des relations bilatérales (le discours de Dakar à l'occasion du Sommet de la francophonie...) africaines ; Iran ; Syrie; dossier israélo-palestinien et désormais crise ukrainienne, le tout toujours flanqué d'un très grand stratège : Laurent Fabius.
Pestiféré absolu
La rencontre, préparée dans un secret total en 24 heures, a réuni à l'aéroport Vnoukovo Vladimir Poutine et François Hollande. C'est l'Élysée qui l'a demandée, convaincue qu'elle est que si c'est à la haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l'Union européenne Catherine Ashton de gérer les affaires quotidiennes de l'UE, c'est à la France, et donc au président Hollande, d'assumer pratiquement de facto le rôle de moteur de diplomatie européenne. Et si cette rencontre a bien eu lieu, si elle a permis un échange « très constructif » selon le président Poutine, c'est qu'elle est née, au meilleur timing possible, de la convergence de deux besoins.
Outre la très inopportune et presque ingérable récession à venir que les sanctions internationales continuent d'amplifier jour après jour, le maître du Kremlin a extrêmement mal vécu l'épisode de Brisbane. Au cours de ce G20, le Poutine-bullying n'a été que psychologique, certes, mais il a été inégalé et inédit : comme autant d'icebergs, l'Australien Tony Abbott, le Britannique David Cameron, le Français François Hollande, l'Argentin Axel Kicillof, représentant Cristina de Kirchner, l'Allemande Angela Merkel, l'Américain Barack Obama, l'Espagnol Mariano Rajoy, l'Italien Matteo Renzi, le Saoudien Salmane ben Abdel-Aziz al-Saoud et le Sud-Africain Jacob Zuma, entre autres, ont superbement, mais en toute courtoisie, ignoré leur homologue russe, transformé en pestiféré absolu et qui a préféré quitter l'Australie bien avant tout le monde. Même un (autoprocalmé) tsar convaincu de sa surpuissance, musclé comme un dompteur d'animaux sauvages et sportif invétéré, n'a pas pu supporter. Comment alors le pourtant très germanophile M. Poutine aurait-il pu dire non à l'appel du pied du président français, et comment aurait-il pu ne pas faire en sorte que leur réunion ne soit pas un succès, du moins officiellement, surtout que François Hollande est le premier dirigeant occidental à se rendre à Moscou depuis la crise ukrainienne ?
Résorber trois fois
Ce dernier voulait faire d'une pierre trois coups. D'abord, résorber autant que faire se peut la crise des Mistral : dans la conjoncture politico-économique actuelle, la France ne peut se permettre ni de rembourser la Russie ni de lui livrer, pour l'instant, ses navires de guerre. « Il y a un contrat, nous partons du principe qu'il sera respecté, sinon nous espérons qu'on nous rendra l'argent que nous avons payé », a déclaré Vladimir Poutine à l'issue de l'entrevue, sachant que le sujet n'a pas été officiellement évoqué. Le ton du président russe et les mots utilisés, aussi fermes soient-ils, sont bien plus doux que prévu et que ce qui a précédé au cours des dernières semaines. Ensuite, résorber la crise ukrainienne et obtenir une garantie pour l'après-9 décembre, c'est-à-dire assurer un maximum de pérennité aux accords de Minsk, où les négociations reprennent demain mardi. Enfin, et surtout, résorber le fameux discours du Kremlin du 4 décembre de son homologue russe.
Ce jour-là, la résurrection de la guerre froide avait atteint son climax : « Le plus important est que nous comprenions que notre développement dépend avant tout de nous-mêmes. » Devant une pléthore de parlementaires, de ministres et de chefs religieux glués autour du tsar, M. Poutine avait également rappelé la nature et la culture d'une Russie « nation saine » et « forteresse assiégée », se déchaînant contre les Occidentaux qui, « depuis des décennies, des siècles, à chaque fois que la Russie est trop forte, indépendante », remettent en place les mécanismes de freinage de son pays.
Psychanalyse
C'est un travail de psychanalyste, aussi, qu'a décidé d'entreprendre François Hollande sur l'aéroport moscovite. Outre le symbole et l'attendu (il a réclamé des résultats à son homologue, pas des promesses ; appelé, pas mécontent d'afficher la supériorité diplomatique de la France, la petite mère du peuple allemand, Angela Merkel, pour un débrief ; et assuré, dans un chit-chat à bâtons rompus avec les journalistes à bord de son avion, s'attendre à « quelque résultat » justement...), le président français s'est volontairement posé dans l'empathie et la (pré)vision : « Nous devons éviter qu'il y ait d'autres murs qui viennent (nous) séparer », a-t-il asséné à Vnoukovo. Avant de rentrer à Paris, décidé de compenser, aussi monnaie de singe que cela puisse paraître à l'aune de l'échéance de 2017, ses déboires internes par des supermégapoints à l'étranger.
Résultat de cette escale hitchcockienne : tout le monde a gagné. Totalement nus tous les deux, l'un chez lui, l'autre à l'étranger, François Hollande et Vladimir Poutine ont assuré une symbiose totale à Moscou et profité jusqu'au bout de cette rencontre. Avec un petit bémol, tout de même, pour le président français – pas en Russie, mais au Kazakhstan – : sa photo en chapka et pelisse en fourrure aux côtés de son homologue Noursoultan Nazarbaiev a provoqué une Fukushima de moqueries et d'agressivité sur les réseaux sociaux. À force de trop vouloir se vêtir à l'étranger...
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DEUX COQS PLUTÔT ! LE COQ SYBÉRIEN VIENT D'ÊTRE CASTRÉ PAR LES ABRUTIS OCCI... DENTAUX... "CONS" ET CHERCHE DE NOUVELLES COUILLES POUR SE COLLER.... ET LE COQ GAULOIS... QUI N'EN A PAS... CHERCHE À S'EN PROCURER AUSSI... MAIS CHEZ QUI ? CHEZ LE COQ CASTRÉ ! LA RIGOLADE !
21 h 48, le 09 décembre 2014