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Moyen Orient et Monde - Irak

« Psychologiquement, planter son drapeau a un sens très fort »

Le drapeau de l’EI est devenu un symbole des territoires conquis par le groupe terroriste. Tauseef Mustafa/AFP

Du pavillon noir des jihadistes aux bannières colorées des milices chiites, en passant par le soleil de l'étendard kurde et les trois couleurs nationales, une « guerre des drapeaux » fait rage en Irak.
« Aujourd'hui, en Irak, on peut dire qu'il y a une guerre avec des balles et des... drapeaux. Les deux sont inséparables », constate Ahmad Ali, expert de l'Institut pour l'étude de la guerre. « Psychologiquement, planter son drapeau a un sens très fort. Ça montre à votre ennemi que vous êtes présents dans la zone et ça renforce l'identité de votre organisation », souligne-t-il. L'arme est cependant à double tranchant, car si le drapeau « peut stimuler le moral des troupes », il est susceptible de leur « plomber le moral quand il est descendu », ajoute cet expert. D'autant que l'omniprésence des drapeaux est devenue pregnante lorsque le conflit a pris une nouvelle dimension avec l'offensive fulgurante lancée en juin par l'État islamique (EI) dans le nord et l'ouest du pays. L'armée et la police irakiennes, les forces peshmergas de la région autonome du Kurdistan, des milices chiites et des tribus sunnites tentent maintenant de regagner du terrain. Mais si tous ces acteurs coopèrent parfois contre l'ennemi commun, ils combattent bien souvent séparément. Et les drapeaux symbolisent ces divisions religieuses et ethniques entre les groupes combattants, y compris entre alliés.

Symboles religieux
En effet, si le drapeau national irakien rouge, blanc et noir flotte toujours sur les bâtiments officiels, il est largement éclipsé par les drapeaux religieux ou ethniques. Les combattants peshmergas du Kurdistan irakien déploient ainsi uniquement leur propre étendard rouge, blanc et vert avec un soleil au centre. Et les milices chiites, alliées de Bagdad, brandissent des bannières religieuses traditionnellement prévues pour l'Achoura. De son côté, la première autorité chiite d'Irak, le grand ayatollah Ali al-Sistani, a appelé à n'utiliser que le drapeau national irakien, mais il a été largement ignoré. Les bannières chiites ont même remplacé le drapeau national à des check-points de l'armée et sur des véhicules militaires. « Certaines milices chiites ont essayé d'exploiter la tradition des bannières de l'Achoura » pour « assimiler leur cause à celle de Hussein », important martyr de l'islam chiite, explique pour sa part Nathaniel Rabkin, éditeur de la newsletter Inside Iraqi Politics. « De la même manière, les combattants de l'EI utilisent leur drapeau pour se poser en représentants de la religion : comme il arbore le nom de Dieu, ils peuvent dire que quiconque le brûle ou le profane est un ennemi de Dieu », ajoute-t-il. Ce drapeau est noir et porte la première partie de la profession de foi islamique : « Il n'y a de Dieu que Dieu. » Au-dessous, dans un cercle blanc, se détachent les mots « Dieu, messager, Mohammad », censés représenter le sceau du prophète Mohammad.
Ce drapeau, omniprésent dans les photos et vidéos de propagande du groupe jihadiste, « est important pour l'E, car (il représente) un marqueur de son identité différente », estime Ayman al-Tamimi, spécialiste des groupes jihadistes. Une bannière si symbolique qu'elle a été adoptée par d'autres groupes jihadistes du monde entier, note pour sa part l'expert Romain Caillet.

Karim ABOU MERHI/AFP

Du pavillon noir des jihadistes aux bannières colorées des milices chiites, en passant par le soleil de l'étendard kurde et les trois couleurs nationales, une « guerre des drapeaux » fait rage en Irak.« Aujourd'hui, en Irak, on peut dire qu'il y a une guerre avec des balles et des... drapeaux. Les deux sont inséparables », constate Ahmad Ali, expert de l'Institut pour l'étude de la guerre. « Psychologiquement, planter son drapeau a un sens très fort. Ça montre à votre ennemi que vous êtes présents dans la zone et ça renforce l'identité de votre organisation », souligne-t-il. L'arme est cependant à double tranchant, car si le drapeau « peut stimuler le moral des troupes », il est susceptible de leur « plomber le moral quand il est descendu », ajoute cet expert. D'autant que l'omniprésence des drapeaux est...
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