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Moyen Orient et Monde - Syrie

Une petite Alépine star d'une série internet sur la ville en guerre

Capture d’écran vidéo montrant la jeune Racha (à d.) dans le prologue de la série « Oum Abdo al-Halabiya », fait de 30 épisodes. Lambda Media Production/AFP

Du haut de ses neuf ans, Racha, le visage potelé et une gouaille toute syrienne, est devenue une star dans les quartiers rebelles d'Alep, dont elle raconte le quotidien avec humour et tendresse dans une série diffusée sur Internet.

Le feuilleton de 30 épisodes, intitulé Oum Abdo al-Halabiya (Oum Abdo l'Alépine) et filmé dans les secteurs rebelles de cette ville, une première pour une fiction, a été vu des dizaines de milliers de fois sur YouTube. La fillette y joue le rôle d'une mère au foyer racontant ses péripéties sur fond de bombardements et de pénuries dans l'ex-capitale économique de Syrie, le tout en imitant à la perfection les gestes, l'intonation et les commérages typiques des Syriennes.

Le ton est résolument antirégime, Oum Abdo se lançant dans des diatribes contre le président Bachar el-Assad que les rebelles tentent de renverser depuis plus de trois ans. Mais elle se moque aussi gentiment des insurgés. Vêtue souvent d'une dichdacha, parlant au téléphone avec une sœur qui vit dans un secteur prorégime d'Alep où les pénuries d'eau sont courantes, Oum Abdo ironise : « Vous aussi vous lavez vos vêtements à la main ? Et moi qui croyais que les régions loyalistes étaient gâtées ! »

 

 


Dans un autre épisode, Oum Abdo, réputée pour marier ses filles aux thouwwar, c'est-à-dire aux révolutionnaires, reçoit une femme en niqab qui cherche désespérément une épouse pour son fils, les jolies filles étant introuvables, « car toutes sont dans les zones prorégime ». Oum Abdo se vante : « Tous nos gendres sont membres de l'Armée syrienne libre. » « C'est parfait, répond la femme, mon fils est un as de la douchka », la mitrailleuse antiaérienne. S'enquérant de la brigade à laquelle il appartient, Oum Abdo s'empresse de demander une dot, en dollars ou en or. La mère repart offusquée.

« L'humour va droit au cœur », explique le réalisateur Bachar Hadi, qui se trouve dans un secteur rebelle d'Alep. « La série veut briser la tristesse de notre peuple, dessiner un sourire », affirme-t-il.

Symbole de résistance

Dans d'autres séquences, la petite Alépine déambule au milieu de ruines bien réelles, de cimetières de « martyrs », se lançant dans de longs monologues nostalgiques. « Je rêve d'un pays en sécurité, que les enfants reviennent, qu'on supprime le mot réfugié », lance-t-elle. Puis le ton devient plus militant, appelant à « venger ceux qui ont sacrifié leur jeunesse pour vaincre l'oppression. Je rêve de lancer des youyous sur la place Saadallah al-Jabiri (au centre d'Alep) quand ce pharaon (Bachar el-Assad) tombera, que Dieu le maudisse », lance-t-elle.

 

 


Dans un épisode, on voit un hélicoptère lançant des « barils d'explosifs », cette arme redoutable du régime qui a fait des milliers de morts. « Je rêve de regarder le ciel et de n'entendre que le gazouillis des oiseaux », dit la fillette. Et alors que les secteurs rebelles sont menacés de siège par l'armée, Oum Abdo répond à une amie qui veut la convaincre de partir : « Comment puis-je quitter ma ville ? Tant que j'ai du souffle je resterai, jusqu'à la mort. »

« Racha représente cette génération d'enfants happés par la guerre, mais qui sont devenus un symbole de résistance », explique le réalisateur. Par sa voix, « nous voulions faire parvenir notre souffrance, aux opposants comme aux loyalistes, aux Arabes, aux Européens ». En attendant, lors du tournage, dans des secteurs quotidiennement bombardés, le danger guettait l'équipe à chaque moment. « Des obus s'abattaient tout près de nous et on reportait alors le tournage », raconte M. Hadi. Et pour l'éclairage, les techniciens, des semi-professionnels, comptaient sur des batteries de voiture ou des générateurs, souvent introuvables.

 

 


Le succès de la série, mise en ligne durant le ramadan en juillet, a porté ses fruits : elle devrait bientôt être diffusée sur des chaînes arabes. La petite société de production syrienne, basée en Turquie, veut assurer du sous-titrage pour « transmettre le message au monde entier ». Un message d'espoir selon M. Hadi : « On peut être créatif en temps de guerre. Nous aurons de l'espoir jusqu'à ce que la société syrienne devienne libre. »


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