Ceux et celles qui s'en prennent à la décision du conseil de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth de suspendre les élections estudiantines ont l'air d'avoir oublié que ce qui était considéré, sur une base annuelle, comme une « Journée de la démocratie » s'avérait, durant ladite journée et dès la filtration des premiers résultats, une « Journée de la démoNcratie » qui voyait les urnes devenir des boîtes de Pandore desquelles sortaient les démons du confessionnalisme et du panurgisme qui semaient le trouble et la chienlit dans les campus, lesquels devenaient le théâtre de vociférations, de cris de peaux-rouges, de provocations, de pieds de nez... puis de coups de pied et coups de poing, puis de pieds et poings liés par les forces de l'ordre accourues en catastrophe sur des lieux qui n'avaient plus rien d'éducatif.
Cela sans compter les tensions qui précédaient le scrutin et électrisaient l'atmosphère, et offraient un aperçu fauve qui annonçait la couleur pourpre à venir. Sans compter les inscriptions partisanes douteuses au premier semestre de l'année universitaire, histoire de faire du nombre afin de remporter des sièges dans les campus-clés, quitte à décrocher plus tard.
En tant que doctorant dans cette prestigieuse université, je ne peux que saluer cette courageuse décision prise par un conseil de sages avisés, et avalisée par un rectorat qui a envoyé à travers son communiqué un message aussi courageux que la décision prise, plaçant les étudiants devant leurs devoirs aux côtés de leurs droits : le devoir citoyen, la responsabilité étudiante, la maturité démocratique, afin que la voix du peuple soit vraiment une voix de Dieu et non son contraire, comme on le constate, hélas, à petite et grande échelle. Force est d'admettre que cet exercice électoral estudiantin devenait une mascarade, plus qu'un exercice démocratique, qu'il donnait lieu à des frictions et des alignements politiques antiacadémiques et anticiviques, qu'il mettait certains étudiants immatures dans un état second et aménageait un espace de confrontations primaires plutôt qu'un espace de dialogue. Cet exercice, éminemment politisé, était devenu le baromètre des forces politiques extérieures qui permettait aux partis de jauger leur taux de popularité et leur degré d'influence, et cela dans toutes les universités locales et non seulement l'Université Saint-Joseph. Les diverses communautés étudiantes se trouvent de nos jours plus noyautées que jamais par des « intrus » qui ont transformé les campus en des camps politiques, voire des « camps d'entraînement » partisans. Les prémices de dangereux dérapages venaient de poindre du côté de l'Université Notre Dame de Louaïzé qui a courageusement donné le ton. La dégradation de l'atmosphère et de l'environnement politiques, en l'état actuel de vacance à la présidence, de reprorogation controversée d'une Chambre tout aussi vacante, de déliquescence institutionnelle, de marasme socioéconomique et d'instabilité sécuritaire, ne peut que déteindre sur la vie au campus et se répercuter sur les esprits déjà chauffés par leurs appartenances partisanes et sectaires aveugles, faisant craindre le pire avant l'échéance électorale, au moment des campagnes publicitaires intra-muros.
Que voulait-on donc ? Encore des frictions insensées ? Encore des insultes, des empoignades, des rixes, des blessés ? Davantage de tensions et de confrontations ? Un avant-goût de violence verbale et physique, et un arrière-goût de désolation et d'amertume ? J'en appelle plutôt à une pétition d'étudiants en faveur de la suspension des élections et en hommage au communiqué du conseil de l'université qui a envoyé un message fort et salutaire, non seulement aux étudiants de toutes les universités, mais à la nation, message qui s'adresse aussi aux aînés : mûrissez avant de voter aveuglément et d'amener des immatures et des irresponsables au pouvoir.
Avant que de s'adonner à un exercice démocratique, il faut d'abord s'exercer à la démocratie. Il faut la mériter. Avant de parler de souveraineté et d'indépendance, et afin d'y œuvrer efficacement, il faut les vivre soi-même, être soi-même souverain et indépendant, indépendant de ces patrons politiques, communautaires, pour lesquels on est client, même quand on est étudiant, ou depuis qu'on est étudiant, voire élève, voire même enfant. Et afin de pouvoir participer à des élections estudiantines, il faut apprendre à se voir étudiant, et non militant ; il faut savoir épouser sa propre cause, la cause étudiante, qu'on a perdue au profit d'autres causes, que l'on croit patriotiques et qui ne servent que les patrons pour lesquels on voue un culte indigne du statut d'étudiant, du rôle d'étudiant, de la mission d'étudiant, de l'identité étudiante, foncièrement pure car non (encore) corrompue par le professionnel qui suivra.
Avant que de s'empresser de participer aux élections estudiantines, s'en frotter les mains à la pensée de prendre sa revanche contre le parti politique adverse dans le campus, il faut songer à préparer et proposer un programme électoral dont la conception et la pratique serviraient d'exemple aux « aînés » ou patrons politiques, un programme qui raviverait la vie étudiante, de nos jours morne, pour ne pas dire morte. Un programme d'activités académiques et para-académiques, culturelles, sportives, civiques, humanitaires, qui contiendrait aussi des revendications, qui serait même à caractère revendicatif pour le mieux-être étudiant, en prévision d'un être citoyen meilleur. C'est ainsi que les amicales deviendront véritablement amicales. C'est ainsi que renaîtra le mouvement étudiant, rassembleur, laïc, pluricommunautaire, qui réunira en une synergie les diverses tendances qui se fondront dans un même être, humain et rien d'autre, libanais et rien d'autre.
C'est à cette maturité étudiante qu'en appelle le communiqué du conseil de l'USJ, en vue d'une maturité citoyenne, responsable et libre ; libérée des démons confessionnels, clientélistes, idéologiques... C'est un peu ce message qu'a voulu délivrer ce communiqué, que peu d'étudiants ont lu, que des journalistes zélés ont ignoré, dédaignant royalement l'invitation à participer à « un projet transversal d'éveil à la citoyenneté » dont le conseil a « approuvé les grandes orientations » que les étudiants et leurs facultés correspondantes sont appelés à élaborer et mettre en œuvre.
Non, les « Résistances » de l'Université Saint-Joseph n'ont pas faibli, à l'heure où elle se voit envahie de toute sorte de « résistances ». Oui, l'héritage est préservé et le cap est maintenu avec une nouvelle destination, ou plutôt un point de départ : l'éveil à la citoyenneté, la conscience citoyenne, la maturité citoyenne ; et j'ajouterais l'éveil à la civilité, la convivialité, l'humanité qui ne signifient plus grand-chose de nos jours. Non, l'université n'a pas baissé les bras, mais a plutôt placé la barre plus haut et donné aux étudiants une année « de répit » loin des dissensions, une année d'exercice pour une ascension vers la véritable démocratie... en espérant qu'une année suffira.
Ronald BARAKAT


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
JE SUIS CONTRE LA DÉCISION DE SUSPENDRE LES ÉLECTIONS DES AMICALES ! MAIS CE QUE DIT MONSIEUR BARAKAT EST VRAI À 100%. LES PARTIS POLITIQUES ONT INFESTÉ LES UNIVERSITÉS EY TRANSFORMÉ CES JOURS D'ÉLECTIONS EN FANATISME, CHAOS ET ANARCHIE ! JE CROIS QU'ON POURRAIT REVOIR CETTE DÉCISION SI CERTAINS ABRUTIS DE LA POLITIQUE CONTRÔLERONT AU MOINS LEURS ENRAGÉS PARTISANS...
12 h 46, le 08 novembre 2014