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Vents d’est, vents du sud

Notre plus gros problème, c'est nos alliés dans la région, se lamentait un jour le vice-président américain Joe Biden. Prenant la parole à l'Université de Harvard, il a, comme on sait, reproché à la Turquie, et à plusieurs royaumes arabes du Golfe, aveuglés par leur désir de renverser le régime syrien, d'avoir inconsidérément armé et financé les rebelles, ce qui a conduit à l'extraordinaire développement des groupes extrémistes. Raison d'État oblige toutefois : les États-Unis ayant trop besoin de ces alliés, eux-mêmes musulmans, dans leur campagne contre l'État islamique, le numéro deux US, connu pour son franc-parler mais aussi pour ses nombreuses gaffes, a dû se répandre aussitôt en excuses.


Si Joe Biden a sans doute mis les pieds dans le plat diplomatique, il n'a fait en réalité que dévoiler un secret de Polichinelle. Que mettre quelques points sur le i de l'EI. Quelques points seulement ; les autres, d'anciens collaborateurs de Barack Obama s'en sont déjà chargés en déplorant les atermoiements et erreurs du chef de la Maison-Blanche qui ont mené, plus sûrement encore, à ce triste état de choses.
Dès lors, et s'il faut absolument qu'excuses soient faites, il y a là grossière erreur d'adresse. Ce n'est pas aux imprudents argentiers du Golfe qu'elles sont dues, pas plus d'ailleurs qu'à la Turquie qui assiste, impassible, l'arme au pied, à la déroute plus que probable des Kurdes, à sa propre frontière. Ces excuses, seul y a droit un peuple syrien écrasé par les bombes, gazé, affamé et contraint à l'exode, tout cela sans réaction concrète de l'unique superpuissance mondiale et championne de la démocratie. Le voilà tiens, le plus gros de vos problèmes, Monsieur Biden, et il est politique et stratégique, tout autant que moral !
Mais qui n'en a pas, des problèmes ? Et n'est-il pas quelque peu abusif, pour les Libanais que nous sommes, d'accabler la lointaine Amérique alors que notre gros problème à nous c'est... nous-mêmes : nous, avec nos tenaces obédiences étrangères, nos incurables divisions, celles-ci portant même sur l'identité, la vocation et les moyens de notre pays ? Le feu ne fait plus rage chez les seuls voisins en effet ; il ne couve plus à nos portes, il est déjà dans nos murs, il s'étend même sournoisement, embrasant la localité chiite de Brital alors qu'il n'est pas encore maîtrisé dans Ersal la sunnite, alors que les Libanais n'ont pas fini de débattre âprement des origines du sinistre, pour évidentes qu'elles soient pourtant.


Au contraire, la dernière et meurtrière bataille n'a fait que raviver la discussion, qui tourne autour de la décision unilatérale du Hezbollah de prendre part aux combats de Syrie. C'est en solitaire en effet que la milice a affronté et repoussé, dimanche dernier, les hommes d'al-Nosra qui attaquaient Brital : tout se passant comme si la défense de certaines régions sensibles était l'affaire exclusive du parti, et non d'une armée régulière censée défendre en toute circonstance la zone frontalière. Comme pour mieux enfoncer le clou, comme si une équipée en Syrie n'était pas encore assez pour attirer sur le pays toutes sortes de calamités, le Hezbollah se livrait à une nouvelle et périlleuse démonstration d'indépendance en s'en allant réveiller le front, longtemps oublié, du Sud.


L'Est en ébullition, et soudain maintenant, un Sud où la pression monte : il en faudrait bien moins pour perdre la boussole...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Notre plus gros problème, c'est nos alliés dans la région, se lamentait un jour le vice-président américain Joe Biden. Prenant la parole à l'Université de Harvard, il a, comme on sait, reproché à la Turquie, et à plusieurs royaumes arabes du Golfe, aveuglés par leur désir de renverser le régime syrien, d'avoir inconsidérément armé et financé les rebelles, ce qui a conduit à l'extraordinaire développement des groupes extrémistes. Raison d'État oblige toutefois : les États-Unis ayant trop besoin de ces alliés, eux-mêmes musulmans, dans leur campagne contre l'État islamique, le numéro deux US, connu pour son franc-parler mais aussi pour ses nombreuses gaffes, a dû se répandre aussitôt en excuses.
Si Joe Biden a sans doute mis les pieds dans le plat diplomatique, il n'a fait en réalité que dévoiler un secret...