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Culture - Spectacle

À Paris, Nabil el-Azan met en scène « L’Analphabète » d’Agota Kristof

Après « Les Pâtissières », qui avait largement recueilli les suffrages du public et de la critique, voici que Nabil el-Azan, metteur en scène libanais établi en France, présente « L'Analphabète » d'Agota Kristof au Théâtre des Déchargeurs à Paris.

Avec son talent immense, Catherine Salviat fait ressortir la force du texte avec, en toile de fond, la tête de Staline.

Situé en plein cœur du premier arrondissement de Paris, à quelques mètres du musée du Louvre, le Théâtre des Déchargeurs se distingue par une programmation éclectique qui fait la part belle à la création théâtrale contemporaine. Jusqu'au 22 novembre, on peut y assister à L'Analphabète, pièce d'Agota Kristof, mise en scène par Nabil el-Azan et interprétée par Catherine Salviat.
Sauvée par la littérature, sauvée par l'écriture. Ainsi pourrait-on résumer le parcours d'Agota Kristof (1935-2011), écrivaine hongroise exilée en Suisse et auteure d'une abondante production en langue française. L'Analphabète est un texte autobiographique où elle raconte les différentes étapes de sa vie. L'enfance protégée dans un petit village de Hongrie, l'adolescence dans un internat spartiate, où sous la férule soviétique, en 1953, l'on doit éprouver un chagrin obligatoire à la mort de Staline, l'exil en 1956 pour échapper à la persécution des intellectuels, la tristesse d'une usine d'horlogerie dans une Suisse, certes accueillante, mais si morne, la lutte au quotidien pour apprendre cette nouvelle langue qu'est le français... Seules la lecture et l'écriture auront le pouvoir d'extraire cette femme brisée de sa douleur, l'empêchant de sombrer dans le désespoir.
Point de pathos dans L'Analphabète, point d'emphase.
Mais une écriture factuelle, limpide et directe, où l'autodérision n'est pas loin, dite sur le ton de la conversation et avec une sobriété remarquable par l'immense comédienne Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française. Et c'est justement ce ton uni et égal qui fait ressortir la force d'un texte qui vous prend aux tripes, tant il est vrai que les grands acteurs n'ont pas besoin de surjouer pour être crédibles.
«Déchiffreur de textes rares», le metteur en scène Nabil el-Azan a choisi de livrer ce monologue tel quel, sans adaptation: «À l'origine, il ne s'agissait même pas d'une pièce de théâtre. Mais j'ai voulu porter cette voix à la scène, car son questionnement sur des problèmes comme le déracinement ou la douleur de l'exil m'interpelle profondément», dit-il.
Onze chapitres, comme des rites de passage. Onze scènes brèves et précises qui sont reliées entre elles par un prélude de Bach, toujours le même, entêtant et obsessionnel. Dans les mises en scène de Nabil el-Azan, la musique tient toujours un rôle, comme s'il s'agissait de l'un des personnages de la pièce, et ce prélude de Bach qui revient en boucle, égrené au luth comme pour souligner la nostalgie du propos, ne fait pas exception à la règle.
Le décor, de l'artiste vidéaste libanais Ali Cherri, consiste en une série de paravents sur lesquels dansent des lettres de l'alphabet comme des étoiles dans la nuit. Quelques passages de vidéos (notamment une angoissante tête de Staline) font parfois irruption, mais sans intrusion aucune et sans jamais perturber le cours du récit.
Magnifique et bouleversant spectacle qui, sans en avoir l'air et sans effusions baroques, tire les larmes et remue profondément. On ne peut s'empêcher d'avoir un sentiment de fierté et de bonheur quand, à l'étranger, on est témoin de la vitalité et de l'excellence du talent créatif toujours renouvelé des artistes libanais.

Situé en plein cœur du premier arrondissement de Paris, à quelques mètres du musée du Louvre, le Théâtre des Déchargeurs se distingue par une programmation éclectique qui fait la part belle à la création théâtrale contemporaine. Jusqu'au 22 novembre, on peut y assister à L'Analphabète, pièce d'Agota Kristof, mise en scène par Nabil el-Azan et interprétée par Catherine Salviat.Sauvée par la littérature, sauvée par l'écriture. Ainsi pourrait-on résumer le parcours d'Agota Kristof (1935-2011), écrivaine hongroise exilée en Suisse et auteure d'une abondante production en langue française. L'Analphabète est un texte autobiographique où elle raconte les différentes étapes de sa vie. L'enfance protégée dans un petit village de Hongrie, l'adolescence dans un internat spartiate, où sous la férule soviétique, en...
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