Une antenne de télécoms au Liban. Photo Nicolas Asfouri/AFP
Le site d’information israélien Zman Israel a rapporté dimanche que des réservistes israéliens déployés dans le sud du Liban, où cette armée occupe toujours plus de 60 villages dans le cadre du conflit avec le Hezbollah, avaient acheté des cartes SIM numériques (eSIM) auprès d’entités libanaises afin d’améliorer leurs communications cellulaires.
Contactée par L’Orient-Le Jour, une source au ministère libanais des Télécommunications a indiqué n’avoir jamais entendu parler de cette affaire auparavant, renvoyant notre rédaction vers les opérateurs publics Alfa et Touch. Alfa a affirmé ne disposer d’aucune information à ce sujet, tandis que Touch n’était pas immédiatement disponible.
Selon Zman Israel, « une grave violation de la sécurité opérationnelle » a été découverte vendredi au sein du 699e bataillon de parachutistes. Des réservistes auraient acheté, « en violation des consignes et sans en informer leur hiérarchie », des eSIM auprès d’entités libanaises. Le site affirme qu’il ne s’agit « pas d’un cas isolé » et que « de nombreux soldats du bataillon ont participé à cette pratique, susceptible de compromettre la sécurité des forces engagées ». Des sources militaires israéliennes citées par le média évoquent même « un phénomène répandu ».
Après la découverte des faits, le commandant du bataillon a demandé aux soldats concernés de se signaler afin de coopérer à l’enquête. Selon le média, il leur a été précisé qu’il ne s’agissait pas de les sanctionner, mais de limiter les dégâts. Les militaires ont été invités à communiquer les informations relatives à leurs téléphones, aux cartes SIM utilisées, aux dates d’achat ainsi que diverses données personnelles.
Le site souligne que « l’utilisation d’eSIM provenant du Liban pourrait permettre à des acteurs hostiles de localiser les forces sur le terrain ». Il relie également cet incident à « l’affaiblissement de la discipline au sein de l’armée israélienne », attribué à l’épuisement des troupes après près de trois ans de conflit continu et au manque d’effectifs.
« Les soldats ayant utilisé ces cartes ont reçu l’ordre de supprimer l’application », a déclaré un porte-parole de l’armée israélienne à Zman Israel, ajoutant que « les procédures de sécurité de l’information ont été renforcées » pour les unités déployées.
SMEX envisage deux scénarios
Interrogée par L’Orient-Le Jour, une source de SMEX, organisation beyrouthine spécialisée dans les droits numériques, a indiqué avoir saisi le ministère des Télécommunications afin d’éclaircir cette affaire. Deux scénarios sont envisagés : « Il pourrait s’agir d’applications permettant aux téléphones de se connecter automatiquement au réseau mobile le plus proche, en l’occurrence le réseau libanais. Une autre possibilité est que des soldats ont obtenu des cartes SIM d’Alfa ou de Touch avec l’aide d’agents israéliens. » Dans ce cas, la source rappelle que le Liban fait partie des rares pays où certains revendeurs distribuent encore des cartes SIM sans exiger systématiquement une pièce d’identité, une pratique qu’elle juge nécessaire d’encadrer davantage.

