L'environnement sunnite ressentait à l'époque la tyrannie exercée par le Hezbollah et Amal à son encontre, mais il était à bout de ressources. Aussi aurait-il devenu rapidement un environnement propice pour un éventuel Daech si Daech avait existé à cette époque (voir L'Orient-Le Jour du mardi 23 septembre).
L'environnement chrétien a également ressenti une frustration, une injustice, un despotisme (bien qu'atténué) au cours du mandat de Fouad Chéhab. Le chéhabisme était, en réalité, un mouvement réformateur, mais l'environnement chrétien, en colère, le surnomma « Mouvement du deuxième bureau ». Le chéhabisme n'était pas un courant adepte de l'oppression, mais les musulmans brandissaient à l'époque les slogans de Abdel Nasser et de l'unité arabe réalisée déjà à leur porte, en Syrie, ce qui donna naissance à une société chrétienne rongée par la frustration et la peur. Les adversaires du chéhabisme optèrent alors pour l'image que l'on disait arrogante et méprisante de Fouad Boutros au lieu de l'image tolérante et affectueuse de Fouad Chéhab. Nullement attaché au pouvoir, celui-ci présenta sans tarder sa démission deux ans à peine après son élection à la tête de l'État. Le Liban tout entier l'amena alors à retourner au pouvoir. L'alliance entre le chéhabisme et Abdel Nasser au niveau de la politique étrangère visait la protection des chrétiens contre le déferlement de l'arabisme, du nassérisme unioniste et du Baas, mais les chrétiens ne la comprirent pas ainsi, et le résultat fut que cet environnement, gagné par la peur, prépara le terrain à l'élection de Sleiman Frangié à la présidence de la République ! Raymond Eddé a été seul à reconnaître, mais deux jours seulement avant sa mort, qu'il avait fait erreur dans sa manière de traiter avec le chéhabisme. C'est en 1970, et non en 1975, que le Liban a amorcé sa chute.
L'environnement chiite, qui a été dominé par une féodalité oppressive et tyrannique ayant empêché son développement social, a été victime d'une injustice et d'une coercition qui ont atteint un summum lorsque le Sud est tombé aux mains des Palestiniens, lesquels s'étaient libérés de leurs frustrations en se défoulant sur les habitants de cette région. Cela donna naissance à l'autre environnement chiite propice. On vit alors ces gens lancer du riz sur les soldats de l'armée israélienne lors de son entrée au Liban en 1982 et après sa destruction des organisations palestiniennes dans ce même Sud.
L'environnement chiite qui avait tant souffert de l'injustice finit par accueillir en son sein le « Mouvement des déshérités », puis le Parti communiste, puis l'Organisation de l'action communiste. Il s'orienta ensuite, lorsque lui furent dispensées l'assistance et l'aide iranienne, vers les mouvements religieux tels que le Hezbollah. Les œuvres de Marx et Engels furent écartées et remplacées par Nahj al-balagha (la voie de l'éloquence) de l'imam Ali ben Abi Taleb.
En Libye, la dictature, l'oppression et l'injustice exercées par Kadhafi et le vide intellectuel qui l'a accompagné pendant 42 ans ont donné naissance à ces milices daechistes sauvages que nous voyons s'entre-tuer en happant sur leur chemin toutes les ressources de ce pays.
Toutes ces milices sont daechistes, mais quelle en est la cause ?
Ce ne sont pas les avions qui, seuls, les détruiront.
Nous espérons que ceux qui se sont réunis à Djeddah n'ont pas oublié de rechercher et traiter la cause de l'apparition de Daech et de ses frères. Le traitement du résultat sans le traitement de la cause fera apparaître de nouveaux Daech après la destruction (par les avions) de leur prédécesseur.
Daech n'est pas apparu en Égypte parce que le pouvoir aux mains des Frères musulmans (qui a gouverné en tuant et opprimant au nom de l'islam) n'a pas créé un environnement propice, mais a, tout au contraire, fait descendre 30 millions d'Égyptiens dans les rues. L'armée a alors pris en charge l'anéantissement de leur organisation.
L'armée alaouite syrienne n'est pas semblable à l'armée égyptienne. Elle a, contrairement à cette dernière, attaqué les manifestants et tué sans vergogne, créant ainsi un environnement des plus propices au futur Daech.
Le défi lancé par Daech ne sera levé que par l'émergence d'une ère de lumière laïque intellectuelle et religieuse apportée par un islam moderne, une ère laïque qui ancre la liberté, l'égalité et le respect de la dignité humaine, où les alaouites n'oppressent pas les sunnites, où les sunnites tels ceux du temps de Saddam n'humilient pas les chiites, où les Kadhafi et sa famille ne tyrannisent pas. Les musulmans retrouveront leur monde et comprendront que les minorités, et les chrétiens à leur tête, constituent en eux-mêmes la révolution pluraliste apportant un climat intellectuel de liberté et de démocratie qui permet à l'homme de retrouver sa dignité et son bonheur.
Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat


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