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Moyen Orient et Monde

À Raqqa, « tout est noir »

Reportage
OLJ/AFP
22/09/2014

Le fief du groupe État islamique (EI, ex-Daech) en Syrie est monochrome : tout y est noir, depuis les turbans des hommes jusqu'aux voiles des femmes. Même les passeports.

« Les drapeaux noirs de l'EI sont partout. Les femmes sont couvertes de la tête aux pieds par des burqas noires et ne peuvent sortir de chez elles que si elles sont accompagnées de leur père, leur frère ou leur mari », déclare Abou Youssef, militant de la province de Raqqa, bastion de l'EI dans le Nord syrien. Et les passeports de l'EI ?

(Repère : Coalition internationale contre l'EI : Qui va faire quoi?)


« Noirs. » À Raqqa, l'EI régit tous les aspects de la vie. Les jihadistes – seuls autorisés à posséder des armes – paradent dans les rues, kalachnikov ou pistolet au poing, et deux forces de sécurité distinctes sont chargées de contrôler les femmes et les hommes, raconte Abou Youssef via Internet. « La brigade Khansaa est composée de femmes membres de l'EI. Elles sont armées, et ont le droit d'arrêter et de fouiller n'importe quelle femme dans la rue », explique le militant. La brigade Hesbeh agit de même avec les hommes, se chargeant, elle aussi, d'imposer la vision de l'EI de la loi islamique. L'EI a également « des ministères pour tout ce que vous pouvez imaginer : Éducation, Santé, Eau, Électricité, Affaires religieuses et Défense. Tous les ministères occupent d'anciens immeubles du gouvernement ». « Il y a même une autorité de protection des consommateurs », ironise-t-il.

« Rien d'amusant »

De même, les jihadistes interdisent aux habitants de profiter des lieux publics auxquels eux-mêmes ont accès, rapportent régulièrement des militants à Raqqa, qui ont diffusé sur Internet des photos montrant des cafés remplis uniquement de jihadistes. À Deir ez-Zor, ville de l'Est syrien où les habitants ont vainement tenté de repousser l'EI, tous les cafés ont fermé. « Rien de bon ou d'amusant n'est autorisé », déclare le militant Rayan al-Fourati, via Internet. « C'est impossible d'imaginer quelqu'un fumer ou vendre du tabac. C'est impossible de voir une femme sans voile intégral. Et chaque jour, quand le muezzin appelle à la prière, tout le monde ferme sa boutique et va à la mosquée, sous peine de prison. »

(Lire aussi : En Syrie aujourd’hui, comme au Liban hier, la guerre des autres...)


Les jihadistes, eux, bénéficient de nombreux avantages. Le salaire de base de l'EI est de 300 dollars par mois, selon Fourat al-Wafaa, un militant de Raqqa utilisant un pseudonyme. « Dans les circonstances actuelles, cela représente beaucoup d'argent », déclare-t-il via Internet. Mais cette générosité ne s'étend pas aux habitants. « L'EI n'est pas vraiment un État. Il donne à ses membres tous les avantages qu'ils veulent, mais les autres citoyens n'en bénéficient pas », explique Fourat. « C'est une mafia qui gouverne par la terreur. Et les gens sont forcés par la faim à rejoindre leurs rangs car c'est la seule manière d'avoir un salaire décent. » D'autant que l'EI prélève des impôts : des commerçants, déjà appauvris par la guerre, doivent ainsi payer 60 dollars par mois. « Même ceux qui sont trop pauvres pour payer doivent s'y plier. Alors les gens rejoignent (l'EI) car ils doivent choisir entre mourir de faim ou les rejoindre, et se livrer eux aussi à l'extorsion », déclare le militant.

Mouvement de colonisation

Pour Rayan al-Fourati, qui a récemment fui Deir ez-Zor, l'EI s'apparente à un mouvement de colonisation. « De même qu'Israël a occupé la Palestine avec les colons, la même chose s'est passée ici », déclare-t-il. « Il y a des jihadistes étrangers, même des Américains, qui vivent avec leurs familles là où nous vivions avant », déclare-t-il, utilisant un pseudonyme.

Les jihadistes ont pris possession de champs pétrolifères et gaziers, de centrales électriques et de barrages, qu'ils maintiennent en activité, versant un salaire supplémentaire aux employés de ces infrastructures, qui continuent également à recevoir de l'argent du gouvernement syrien. Selon Rayan, les employés appartenant à la minorité alaouite du président Bachar el-Assad ont fui quand l'EI est arrivé dans la province. Mais les autres sont restés, après avoir « reçu des garanties qu'on ne leur ferait pas de mal ».


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MIROIR ET ALOUETTE

L'ennemi médiatique le plus obstiné d'Assad
a une lecture particulièrement véridique de l'alliance qui relie la Syrie à l'Iran : " Fayçal al Ghassem, présentateur d'Al Jazeera a affirmé qu'Assad aurait été sans aucun doute renversé, s'il s'était allié aux arabes au lieu de s'être uni à Téhéran! l'homme qui est connu pour ses prises de position particulièrement acerbes contre le régime syrien vient de publier une petite note sur sa page twitter où il reconnait la "puissance qui se dégage de l'alliance Iran/Syrie". on lit : " imaginez que la Syrie s'était allié aux régimes arabes . si cela avait été le cas, Assad aurait été renversé en un quart de tour comme l'ont été Ben Ali, Moubarak, Saleh et autres... mais son alliance avec l'Iran, a permis à Assad d'avoir un projet, un plan de résistance et de tenir. " cet présentateur et auteur qui n'a cessé ces trois dernières années d'honnir le gouvernement syrien et son allié iranien , et qui a à son actif des dizaines d'articles au ton particulièrement violent ajoute : " mais ne reprochez rien à l'Iran!! fustigez surtout les régimes arabes , eux qui complotent sans cesse contre tout mouvement populaire démocratique, contre toute revendication à caractère nationaliste et ce pour préserver leur place, leur présidence , leur trône. mais sachez que ces postes et positions n'ont jamais été éternels " . Des incompetents au service du grand banditisme sioniste de l'etat usurpateur de terre en Palestine occupee.

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