Que d’ors, que d’ors ! En fervent adorateur du métal jaune, Donald Trump aura savouré des yeux, au moins autant que de la bouche, le dîner qu’offrait en son honneur Emmanuel Macron, mercredi au palais de Versailles, pour le 250e anniversaire des États-Unis. C’est d’ailleurs dans ce cadre somptueux et amplement chargé d’histoire que le président des États-Unis a choisi de signer, sous un tonnerre d’applaudissements, un fort improbable engagement de paix avec l’Iran.
Il est clair en revanche que le chef de la Maison-Blanche n’accorde nulle vertu aurifère au silence, et qu’il s’en tient résolument au facile argent de la parole. Car non seulement aime-t-il s’exprimer (et même s’entendre parler) mais, à force de volubilité, il est capable de dire la chose et son contraire en l’espace de quelques heures seulement. En marge du sommet du G7, Trump a vivement critiqué ainsi Netanyahu et ses orgies de sang au Liban ; mais c’était seulement pour se féliciter presque aussitôt de son formidable partenariat avec Bibi malgré ce différend qu’il s’est efforcé de minimiser.
Et puis il y a à se soucier de ces incroyables lubies qui reviennent souvent en boucle dans le discours de l’Américain. La plus scandaleusement célèbre était, à ce jour, son rêve d’exploiter un complexe balnéaire avec hôtels et casinos sur les ruines d’une bande de Gaza débarrassée de sa population. Or le voici qui vient de relancer publiquement à Évian son idée d’envoyer les Syriens faire mieux et plus propre qu’Israël, face au Hezbollah. Sans craindre de se contredire, le même homme estime néanmoins que le volet libanais est une toute petite pièce du puzzle mais qui fait quand même beaucoup de bruit. Beaucoup de sang surtout, a-t-il oublié cette fois de rappeler…
Pour farfelue et hautement improbable qu’elle paraisse, cette marotte syrienne ne manque pas d’inquiéter, comme le montre la levée de boucliers qu’elle a aussitôt suscitée dans les milieux politiques libanais les plus divers. Elle devrait avoir déjà disparu des écrans radar depuis que le président Ahmad el-Chareh l’a exclue de la manière la plus catégorique. Prétendre réunir sur un même et minuscule ring de boxe Hezbollah, Israël et Syrie en un surréel ménage à trois serait d’ailleurs embarquer le Liban dans un bordélique et explosif manège forain, lequel achèverait de le détruire. Ce serait attiser au plus haut point les tensions sunnito-chiites et vouer notre pays non plus à une seule mais à deux occupations potentiellement durables. Ce serait surtout marginaliser complètement un pouvoir libanais qui a rejeté toute tutelle iranienne et qui reste décidé à négocier directement, sous auspices américains, la libération du territoire national.
C’est précisément là que la donne a changé avec le protocole d’accord irano-US. Et pas pour le mieux, faut-il craindre. Ce sont en effet deux grosses pastèques diplomatiques que manie désormais le jongleur yankee. Différentes de goût et de couleur, c’est sur la même et fragile trajectoire qu’elles doivent orbiter pourtant, qu’elles peuvent tout aussi bien évoluer ou se télescoper, se compléter ou se détruire. Dans leur apparente simplicité, les pourparlers tripartites de Washington reposent quasi exclusivement sur la bonne foi de l’administration américaine et l’efficacité réelle des pressions US sur Israël. Très remarquée aura été à ce sujet l’entrée en lice du vice-président JD Vance rappelant vertement aux Israéliens à quel point ils dépendent militairement et politiquement des États-Unis. Ne restait plus alors à Bibi qu’à souscrire vendredi à la trêve, mais non sans avoir sacrifié au rituel des flambées du dernier quart d’heure. Ayant déjà tiré gloire et prestige de l’inclusion du Liban à la trêve, l’Iran marquait ainsi un nouveau point en exigeant et obtenant une accalmie, quitte à reporter l’ouverture en Suisse de ses propres pourparlers avec les États-Unis.
Que la survivance de la connexion iranienne ne manque pas de déranger et d’inquiéter, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais une chose est de voir le Liban complètement otage des gardiens de la révolution et réduit au rang de monnaie d’échange, ce qui était le cas depuis des décennies ; et une autre est de voir l’État réaffirmer son émancipation, même s’il sait fort bien que seul l’Iran détient la clé d’un désarmement négocié du Hezbollah. C’est d’ailleurs ce type de règlement pacifique que n’a cessé de prôner un pouvoir libanais soucieux de la paix civile tout autant que de la paix aux frontières.
Un œil braqué sur Bürgenstock et l’autre sur Washington, ce sont deux feuilletons réclamant sans doute des saisons supplémentaires qu’il faudra suivre.
Issa GORAIEB


Israël « s'engage » à respecter le cessez-le-feu au Liban, si le Hezbollah en fait autant, dit l'ambassadeur israélien aux États-Unis