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La retenue de la Turquie dans la lutte anti-jihadiste inquiète ses alliés

Eclairage

Ankara a refusé de participer à toute "campagne militaire" contre l'Etat islamique.

OLJ/AFP
21/09/2014

Pressée par ses alliés occidentaux, la Turquie a resserré ses frontières pour tarir le flot des jihadistes qui rallient le groupe Etat islamique (EI, ex-Daech) mais sa répugnance à lui déclarer ouvertement la guerre continue de nourrir les critiques et la suspicion.

Depuis des semaines, la stratégie du régime islamo-conservateur turc face à la menace du mouvement radical sunnite responsable de viols, rapts, exécutions et persécutions en Syrie et en Irak est au coeur de toutes les interrogations. Ses 800 km de frontière avec la Syrie placent géographiquement la Turquie en première ligne. Mais politiquement, son gouvernement traîne ostensiblement des pieds pour rejoindre la coalition anti-EI mobilisée par les Etats-Unis.

La semaine dernière, Ankara a refusé de participer à toute "campagne militaire" contre le groupe radical pour n'accepter qu'un rôle "humanitaire". Les dirigeants turcs ont dit et répété que cette discrétion visait d'abord à ne pas mettre en péril la vie de leurs 49 citoyens enlevés en juin par l'EI lors de l'assaut du consulat général de Turquie à Mossoul (Irak). Ces otages ont été libérés samedi matin lors d'une opération des forces spéciales turques et ont regagné sains et saufs la Turquie.

(Repère : Coalition internationale contre l'EI : Qui va faire quoi?)


Nombreux sont ceux qui n'ont vu que dans cette explication qu'un prétexte facile. Depuis des mois, l'opposition turque, des ONG et de nombreuses capitales étrangères accusent Ankara d'avoir soutenu les rebelles les plus radicaux en guerre contre le président syrien Bachar el-Assad, dont l'EI, en leur livrant des armes ou en autorisant leurs allées et venues de part et d'autre de la frontière.

La Turquie l'a toujours farouchement nié. "Présenter la Turquie comme un pays qui soutient ou tolère le terrorisme relève de l'impertinence", a grommelé cette semaine encore le président Recep Tayyip Erdogan.

Mais l'ambiguïté demeure. "La Turquie porte une responsabilité directe dans la montée en puissance de l'EI et se trouve aujourd'hui très embarrassée", juge Marc Pierini, ex-représentant de l'UE en Turquie et chercheur à la fondation Carnegie Europe. "Jusqu'à ces derniers mois, les jihadistes avaient libre accès au territoire turc", ajoute-t-il. "Ca commence à changer sous la pression des Occidentaux et parce que le régime a fini par réaliser que l'Etat islamique représentait une menace pour sa sécurité".

(Lire aussi : Le Pentagone élabore une stratégie méticuleuse contre l'EI en Syrie)

 

"Autoroute du jihad"

La police turque a donc resserré sa surveillance à la frontière syrienne et procédé récemment à plusieurs coups de filets très médiatisés dans la mouvance islamiste. Les autorités se sont aussi engagées à couper "l'autoroute du jihad" empruntée par les milliers d'apprentis combattants venus, surtout d'Europe, rejoindre les rangs de l'EI. Quelque 6.000 "suspects" ont été interdits d'entrer sur le territoire turc depuis un an, et un millier d'autres expulsés, affirment-elles.

Mais cet effort est encore loin de satisfaire les pays qui tentent d'enrayer le flux de leurs ressortissants et, plus encore, de pister le retour de ceux qu'ils jugent dangereux. "Cette question n'est clairement pas une priorité turque", déplore un diplomate occidental, "l'idée même de partager une information leur est inconnue. Et quand finalement ils se décident à faire quelque chose, c'est dans le cadre d'un marchandage".

Selon une source proche du dossier, l'arrestation en août en Turquie et l'expulsion la semaine dernière d'un Français de 30 ans accusé d'être un recruteur jihadiste a été l'occasion d'un bras de fer tendu entre les deux pays: "il a fallu un coup de téléphone d'un haut responsable politique français à son homologue turc pour qu'ils consentent finalement à l'interpeller".

(Repère : Tout ce qu'il faut savoir sur l'Etat Islamique)


Mis en cause, les Turcs nient toute mauvaise volonté et dénoncent en retour le manque de coopération de leurs alliés. "Les Européens ne nous donnent pas de liste, ils ne nous informent qu'à la dernière minute ou une fois que les suspects sont chez nous. On ne peut pas arrêter quelqu'un sur son seul nom musulman", plaide un responsable turc, "on fait tout ce que l'on peut".

De l'avis des analystes, les raisons de la timidité turque face à l'EI sont nombreuses: de la protection des otages au risque d'attentat sur son territoire, en passant par la volonté de ne pas renforcer le régime syrien et les rebelles kurdes de Turquie, dont les combattants sont engagés en première ligne contre les jihadistes.
"Il existe en Turquie, dans une large fraction de la population comme au sommet de l'Etat, une absence de volonté de condamner fermement l'EI", résume Marc Pierini. "Cette position provoque une grande frustration chez ses alliés", "et va s'imposer comme le problème numéro un dans les relations entre Ankara et Bruxelles".


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Ali Farhat

Je pense que les force antisionistes de la région lui feront dans pas longtemps, bouffer sa merde à erdogan éfendi, qui est en train de sucer à la paille, allongé sur son transat, le pétrol Syrien acheté à daech contre, dollars en valisettes et trafic d'armes. On découvrira probablement dans pas longtemps quand il sera laché par les amérloques aux gros cigares et chewingum, que c'est un de ses fils ou des proches à lui qui le font directement pour alimenter en partie les caisses de frères musu et des factions terroristes en Egypte et ailleurs. c'est lui qui devra faire le netoyage à la frontière Syrienne.. et il n'a pas interet, tout membre bas de l'otan qu'il est, à faire voler ses zincs au dessus du territoir Syrien, car La Syrie, ses curdes et la Russie ont déjà promis sa peau... Remember!

Bery tus

Mais c'est a y perdre son souffle tellement que le peuple y perd son nord aurait on oublier la RUSSIE ?!!! N'oublions pas que même silencieuse elle travaille et Russie Turquie sont proche très proche géographiquement

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUI LEUR ACHÈTE LE PÉTROLE SOUS LEUR CONTRÔLE ET EN TRAFIQUE... LES CITERNES EN PARLENT... PARTANT... DIRECTEMENT LES FINANCE ?

ACQUIS À QUI

Il le fait par esprit democratique , vous savez celui que l'occicon nous disait de prendre en exemple voir de copier , lol.... donc l'occicon s'inquiete, hahaha , trop tard ! de toute facon c'est pas grave , l'occicon se ratrape en se tournant vers la binsaoudie . Et la il n'y aura aucune raison de s'inquieter , ca va aller , lol...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA " COLLUSION " PLUTÔT !

Bahijeh Akoury

Peut être que Erdogan croit au retour de la dynastie ottomane et être le nouveau califate.

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