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Un monde de solutions (II)

Une tablette pour les non-voyants

Technologie

Certains outils technologiques permettent aux non-voyants de surfer sur Internet. Mais ces appareils sont onéreux et peu mobiles. La start-up Blitab Technology entend y remédier. Elle a mis au point une tablette qui permet à l'utilisateur de traduire et de rédiger des contenus numériques en braille.

Karin Tzschentke | Der Standard pour Sparknews/Autriche
20/09/2014

C'est pendant sa dernière année de master à l'université de technologie de Sofia que Kristina Tsvetanova s'est entendu demander par un condisciple assis à côté d'elle si elle pouvait l'inscrire à sa place à un cours en ligne. La requête l'a d'abord surprise. Après tout, tout le monde s'attend à ce qu'un étudiant d'aujourd'hui sache se servir d'un ordinateur et d'Internet. Puis elle s'est aperçue que le jeune homme assis à ses côtés était non voyant. « Pour la première fois, j'ai pris conscience que les technologies dont nous faisions un usage intensif n'étaient pas ou difficilement accessibles à certains groupes de personnes, dont les non-voyants », confie au Standard l'étudiante en ingénierie commerciale, aujourd'hui âgée de 25 ans.
Il existe bien des outils technologiques comme les logiciels de lecture ou de grossissement de texte, les machines à lire électronique, les dispositifs de saisie en braille ou les outils de synthèse vocale qui convertissent les informations électroniques en contenus audio. Mais, outre leur prix élevé, ces outils sont assez peu pratiques. Et jusqu'à maintenant, les non-voyants n'avaient qu'un accès limité aux appareils mobiles à la mode que sont les tablettes.
C'est cette rencontre sur les bancs de la fac qui pousse Kristina Tsvetanova à se lancer dans un projet ambitieux : la conception d'une tablette destinée aux déficients visuels.


Des applications ont d'ores et déjà vu le jour pour cette tablette qui a raflé plusieurs prix récompensant ses innovations techniques et son utilité sociale alors qu'elle était encore baptisée « Green Vision ». Afin de se prémunir contre les imitations, la responsable du projet n'a révélé que quelques-unes des spécifications de l'appareil qu'elle va fabriquer avec son petit ami, Slavi Slavev, et le jeune frère de celui-ci, Stanislav (tous deux spécialistes en conception logicielle et 3D).
Avec le « Blitab », de petits cylindres semblables à des boutons ou à des petites bulles sortent de l'écran pour traduire le contenu numérique en braille à l'aide d'un logiciel de conversion inclus dans l'appareil.
La rédaction de contenus est rendue possible par un clavier de Perkins qui autorise l'écriture en braille. Le corps de l'appareil, qui mesure entre 10 et 11 pouces, est composé à 60 % d'aluminium, l'énergie étant stockée dans des batteries zinc-air.

 

Déménager au coeur de l'Europe
Le développement de cette tablette s'est accompagné d'un déménagement pour Kristina Tsvetanova et les frères Slavev. Début 2014, ils ont quitté leur pays natal, la Bulgarie, pour Vienne, le « cœur de l'Europe » – avec pour tout bagage quelques valises et leurs économies. Tout simplement parce que les conditions y sont plus propices au lancement d'une start-up, expliquent-ils. À leur arrivée, ils ont d'abord occupé des postes de consultants dans une grande entreprise, tout en continuant à plancher inlassablement sur leur projet de tablette pendant leur temps libre, en essayant de surmonter les barrières linguistiques et psychologiques. « On voulait savoir si on était vraiment sur la bonne voie dans le processus de mise au point et si on répondait vraiment aux besoins de notre groupe cible, à savoir les déficients visuels », confie Kristina Tsvetanova.


Mais comment fait-on pour entrer en contact avec des déficients visuels à Vienne quand on est Bulgare ?
En associant la chance et le culot. Un jour, ils aperçoivent, descendant du tram, un jeune homme muni d'une canne blanche. Ils l'abordent. Gerhard, 18 ans, vient de terminer ses études secondaires. Il accepte de tester un modèle en 3D pour voir si le système de reproduction des points saillants de l'écriture braille est d'utilisation aisée. Le jeune non voyant soutient depuis lors le projet Blitab, avec l'Association autrichienne d'aide aux déficients visuels. Après avoir présenté leur projet à différents concours, les concepteurs font rapidement parler d'eux. Grâce à l'argent des prix remportés et à une aide de l'Etat, les jeunes Viennois d'adoption quittent leur emploi pour consacrer toute leur énergie à la fabrication d'un appareil opérationnel.

 

Potentiel considérable
Aujourd'hui, le potentiel d'un tel outil semble considérable. D'après les statistiques de l'OMS, le monde comptait 39,8 millions de non-voyants et 285,3 millions de malvoyants en 2013, dont 20 % maîtrisaient le système d'écriture à points saillants mis au point par le Français Louis Braille en 1825.
Ces derniers temps, certains redoutent que les outils de vocalisation et d'affichage dynamique ne fassent reculer l'apprentissage du braille.
Or la maîtrise de ce système d'écriture est une condition importante de l'insertion des non-voyants dans le monde du travail. Le braille se retrouve aujourd'hui sur les médicaments, les produits alimentaires, mais aussi dans les lieux publics, comme les ascenseurs.
Les jeunes entrepreneurs espèrent pouvoir présenter un prototype commercialisable d'ici à la fin de l'année. Ils se mettront ensuite en quête d'investisseurs pour pouvoir débuter la production en série du Blitab.

D'après Kristina Tsvetanova, son prix de vente devrait avoisiner les 2 000 euros. À des fins de test et dans un souci d'amélioration constante, le produit sera mis à la disposition d'associations d'aide aux déficients visuels et de bibliothèques.
Kristina Tsvetanova est pleinement consciente du fait que les attentes grandissent à mesure que son projet recueille des prix et fait parler de lui dans les médias. « Mais cela ne fait que renforcer notre motivation à réussir ».


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