Rechercher
Rechercher

Liban - Artisans du Liban

Rencontre avec Faouzi Fakhouri, l’un des derniers potiers du Liban

Dans l'intimité de son atelier de Beit Chabab, Faouzi Fakhouri raconte sa vie de potier, un métier passion qu'il craint voir s'éteindre avec lui.

À Beit Chabab, Faouzi Fakhouri est communément appelé « le potier ». Photo Dounia Hadni

La poigne ferme mais délicate, Faouzi Fakhouri pétrit la terre. Celle de son village natal, Beit Chabab, niché au Mont-Liban, un village connu pour sa riche production artisanale. À Beit Chabab, Faouzi Fakhouri est communément appelé « le potier ». Un métier qui le définit, qui le passionne et dont il est l'un des derniers maîtres.
Taciturne mais l'œil vif, le sexagénaire met toute son énergie dans son travail. Son seul moment de répit se confond avec une cigarette sur laquelle il tire fort tous les quarts d'heure, et une tasse de café turc qu'il avale d'un trait.

Faouzi Fakhouri, avec l'aide d'un ami et d'un ouvrier syrien, façonne à la main des jarres de différentes tailles destinées à contenir de l'huile d'olive, de l'arak ou encore du vin. Parmi ses clients, le Domaine des Tourelles, un vignoble libanais.

La fabrication d'une jarre obéit à des règles strictes. « Il faut d'abord façonner le socle, laisser sécher la base, ajouter de la hauteur, laisser sécher, ajouter de la hauteur encore », jusqu'à l'embouchure, explique le potier. La terre de Beit Chabab, précise-t-il, est la meilleure pour son artisanat, « car elle a des spécificités appropriées » à l'usage qu'il en fait. Les jarres sont ensuite cuites dans un four à bois, fin août ou début septembre. Elles y restent une dizaine de jours, à une température pouvant atteindre 1 300 degrés.

 

 

La poterie, cet héritage en perdition
La poterie, Faouzi est tombé dedans tout petit. « Bébé déjà, je passais mon temps à l'atelier avec mon père et mon grand-père. Mais ce n'est qu'à l'âge de 20 ans que je suis devenu maître en la matière », confie-t-il en retroussant les manches de sa chemise, couleur terre. L'atelier reste habité par les ancêtres de Faouzi, dont le visage se reflète dans celui de son père accroché sur le mur d'en face. Deux visages d'une ressemblance vertigineuse... Une certaine spiritualité règne aussi dans l'antre du potier. On y décèle, sous la poussière dans un coin, une icône de la Vierge, une représentation de saint Charbel...

Avant la guerre civile, il y avait cinq ateliers de poterie et quatre à cinq fournées par an à Beit Chabab, le savoir-faire s'y transmettait de génération en génération. « Pendant la guerre, beaucoup ont fui le pays. Moi aussi j'ai émigré une dizaine d'années en Afrique. Mais je suis revenu et me suis remis à la tâche. Mon métier est dur, fatigant mais très beau », glisse Faouzi Fakhouri, dans un mélange de fierté et d'humilité, avant de se replonger les mains dans la terre.
Si Faouzi fabrique en moyenne, avec l'aide d'un ouvrier, six jarres tous les trois jours, la demande est de plus en plus faible. « Aujourd'hui, le plastique et le verre remplacent mes jarres», regrette-t-il.

Le potier, l'un des derniers à encore connaître les ficelles du métier, se demande aussi ce qui se passera quand il rendra son tablier. Faouzi a trois filles et la poterie, dit-il, « n'est pas un métier pour les femmes ». Est-il triste de ne pas pouvoir transmettre son savoir-faire ? « Oui », répond le potier, avec une réserve qui ne peut masquer son émotion.

 

Dans la même série
Khawabi Abboud : du pressoir à huile à la savonnerie artisanale...

À Jezzine, Joseph Aoun s'accroche à la corne de ses couteaux

À Beddaoui, au fond de l'usine, trois souffleurs de verre

Dans la Békaa, la mosaïque a son chantre

À Beit Chabab, Naffah Naffah, fondeur de cloches heureux

La poigne ferme mais délicate, Faouzi Fakhouri pétrit la terre. Celle de son village natal, Beit Chabab, niché au Mont-Liban, un village connu pour sa riche production artisanale. À Beit Chabab, Faouzi Fakhouri est communément appelé « le potier ». Un métier qui le définit, qui le passionne et dont il est l'un des derniers maîtres.Taciturne mais l'œil vif, le sexagénaire met toute...
commentaires (2)

j'ai passé des vacances avec ma famille (femme et enfants) à Beit Chabab, village origine de mes parents. j'ai rencontré un parent, potier du nom de ABBOUD ... Je pense que Faouzi fait partie de ma famille. Je n'ai aucun arbre généalogique de mes ancêtres Je m'appelle : ASSAD ABBOUD FAKHOURI Je suis en Guinée, oncles et tantes également originaires de Beit Chabab. Le village de Labé était composé de libanais en majorité originaire de Beit Chabab Affectueuses salutation à Faouzi FAKHOURI

FAKHOURI

16 h 49, le 12 septembre 2014

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • j'ai passé des vacances avec ma famille (femme et enfants) à Beit Chabab, village origine de mes parents. j'ai rencontré un parent, potier du nom de ABBOUD ... Je pense que Faouzi fait partie de ma famille. Je n'ai aucun arbre généalogique de mes ancêtres Je m'appelle : ASSAD ABBOUD FAKHOURI Je suis en Guinée, oncles et tantes également originaires de Beit Chabab. Le village de Labé était composé de libanais en majorité originaire de Beit Chabab Affectueuses salutation à Faouzi FAKHOURI

    FAKHOURI

    16 h 49, le 12 septembre 2014

  • Quelle tristesse de voir disparaître, l'un après l'autre, de nobles métiers au profit d'une production de masse...

    NAUFAL SORAYA

    08 h 22, le 12 septembre 2014

Retour en haut