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Économie

« Malgré une bonne conjoncture aux USA, les emplois sont plombés par des perspectives négatives »

09/09/2014

L'économie des États-Unis a continué de créer des emplois en août mais à un rythme nettement ralenti, réduisant la pression sur la Réserve fédérale (Fed) pour qu'elle relève les taux plus rapidement.

Selon les données publiées la semaine dernière par le département du Travail aux États-Unis, 142 000 emplois ont été créés en août, contre 223 000 espérés par le ministère.
Malgré ce chiffre décevant, le taux de chômage est parvenu à chuter à 6,1 % en août, retrouvant son niveau le plus bas en six ans contre 6,2 % en juillet.
Interrogé par L'Orient-Le Jour, Jean-Marc Siroën, professeur de sciences économiques, directeur du département master sciences des organisations à l'Université Paris-Dauphine et spécialiste en économie internationale, souligne que la principale explication à cette baisse du taux de chômage aux États-Unis est « la forte croissance qui devrait dépasser 4 % en 2014, alors même que la population en recherche d'emploi est stagnante, voire en légère régression ».
Donc, selon l'expert, cette situation permet de réduire le chômage, alors que les créations d'emplois restent décevantes. « En un an, le taux de chômage est passé de 7,2 à 6,1 % », rappelle-t-il.
Il indique en outre que malgré une bonne conjoncture aux États-Unis, les créations d'emplois sont toujours « plombées » par des perspectives négatives. « Situation internationale tendue en Ukraine, au Moyen-Orient, voire en Asie, risque de déflation en Europe, etc. Ces incertitudes ne favorisent pas la prise de risque », précise M. Siroën.

Moins de pression pour la Fed
Dans l'ensemble, la diminution des créations d'emplois réduit la probabilité que la Fed change radicalement de ton dans les prochains mois pour relever les taux plus rapidement.
Force est de rappeler que la Fed a prévu de mettre fin à son programme d'assouplissement (quantitative easing) au mois d'octobre.
Mais M. Siroën rappelle qu' « en tout état de cause, il n'était pas prévu que les taux d'intérêt augmentent rapidement et fortement, mais que les moyens "non conventionnels", c'est-à-dire la création monétaire par achats de titres, soient mis en sommeil ».
« Bien entendu, les faibles créations d'emplois ne peuvent qu'inciter Mme Yellen, présidente de la Fed, à maintenir une politique monétaire expansionniste de taux d'intérêt directeurs quasiment nuls », note-t-il.
La Fed devrait tenir compte de la politique de la Banque centrale européenne, qui vient de baisser ses taux pour déprécier l'euro et donc apprécier le dollar. « Dans le climat actuel, une hausse des taux d'intérêt américains provoquerait une appréciation du dollar, que les États-Unis ne veulent à aucun prix », explique M. Siroën.

Le secteur de l'industrie le plus touché
Le ralentissement des créations d'emplois en août a été le fait de quatre secteurs principalement : l'industrie manufacturière, le commerce de détail, le bâtiment et les transports.
Comme ce sont plutôt les secteurs abrités de la concurrence, comme la construction et les services, qui créent des emplois, M. Siroën rapporte que le ralentissement « touche surtout l'industrie, plus sensible à la conjoncture mondiale, elle-même plutôt dépressive aujourd'hui ».
Il ajoute qu'au-delà de cet aspect conjoncturel, « la faible création d'emplois dans l'industrie s'explique aussi par la substitution de nouvelles technologies aux emplois, plus facile dans l'industrie que dans les autres secteurs ».
Certains économistes aux États-Unis demeuraient sceptiques à la vue des chiffres décevants des créations d'emplois publiés par le département du Travail, annonçant que cela ne correspondait à rien.
« Beaucoup d'économistes américains souhaiteraient un durcissement de la politique monétaire et relativisent donc des chiffres décevants sur l'emploi, qui inciteraient la Fed à maintenir une politique monétaire expansionniste. Certes, il faut être prudent sur les statistiques du mois d'août perturbées par les congés et qui ne sont donc pas complètement fiables », a opiné l'expert.
Il conclut en affirmant que cette déception sur les créations d'emplois n'est pas « nouvelle » et que « les perspectives sont loin d'être optimistes ».

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