La Dernière

Mandarin vs cantonais : la bataille qui agite le sud de la Chine

Linguistique
OLJ
27/08/2014

Dans la trépidante métropole de Canton, l'usage imposé du mandarin – la langue chinoise officielle – fait toujours débat, et l'éventualité de l'interdiction de la langue cantonaise à la télévision locale provoque la fureur des habitants, soucieux de préserver leur identité.
À Canton, troisième ville de Chine, plus de la moitié des résidents ont le cantonais pour langue maternelle, et pour nombre de personnes âgées, c'est même l'unique langue qu'ils maîtrisent. D'où un torrent de réactions indignées cet été, quand des médias ont rapporté que la télévision de la province du Guangdong (dont Canton est la capitale) allait supprimer en septembre ses programmes en cantonais... au profit d'émissions exclusivement en mandarin.
Langue officielle de la République populaire de Chine, le mandarin – appelé « putonghua », c'est-à-dire « langue commune » – est basé sur le chinois traditionnellement parlé à Pékin. À travers tout le pays, c'est la langue véhiculaire des administrations, des médias nationaux et de l'enseignement – les autorités communistes ayant ainsi tenté de renforcer le pouvoir central dans un pays linguistiquement morcelé, face aux fortes identités régionales et aux minorités ethniques. Avec un résultat contrasté : plus de 30 % de la population de Chine populaire – ce qui représente 400 millions de personnes – ne parlent ni ne comprennent le mandarin, selon le gouvernement.
Si cantonais et mandarin s'écrivent en utilisant les mêmes caractères et sont donc mutuellement intelligibles à l'écrit, ils diffèrent du tout au tout à l'oral. « Je suis opposé à ce que les émissions basculent en mandarin. C'est mauvais de s'attaquer comme ça à notre langue, s'exclame Huang Yankun, un lycéen de 17 ans. Parler le cantonais, ici, c'est une tradition. »

Le soutien de Hong Kong
Pratiqué par quelque 60 millions de personnes, le cantonais arrive au même niveau que l'italien en termes de locuteurs de langue maternelle. Mais l'avenir inquiète : « Beaucoup d'enfants ne parlent que le mandarin à l'école. À la maison, si leur mère les questionne en cantonais, ils répondent en mandarin », se désole Huang Xiaoyu, employé de 28 ans dans la communication.
La polémique est récurrente : la télévision municipale de Canton avait annoncé il y a quatre ans qu'elle envisageait de bannir le cantonais de son antenne : des centaines de manifestants avaient défilé dans les rues, et face au mouvement de protestation, le projet avait été abandonné. Malgré les récentes informations de presse, un porte-parole de la télévision du Guangdong assure aujourd'hui qu'un pareil changement n'est pas prévu... sans désarmer les méfiances.
L'usage du cantonais s'est « incroyablement affaibli » dans le Guangdong depuis 1949 et l'arrivée au pouvoir des communistes, relève Victor Mair, sinologue de l'Université de Pennsylvanie. Dans le territoire voisin de Hong Kong, colonie britannique jusqu'en 1997 et aujourd'hui territoire chinois autonome, le cantonais est également la langue principale, où il continue de prospérer sans entraves. « S'il n'y avait pas Hong Kong (et sa puissante influence), le cantonais cesserait vite d'être une force linguistique significative », estime M. Mair.
La promotion du « putonghua » par Pékin « était dès l'origine une tentative d'unifier le pays linguistiquement, mais l'idée était aussi de dominer le Sud – et ses langues, comme le cantonais, le shanghaïen ou le hakka – par le Nord et le mandarin », explique-t-il encore.

Plus sonore, plus coloré
La situation a été encore compliquée par les vagues de migrants arrivées ces trente dernières années au Guangdong. « Je ne comprends pas un mot de cantonais, c'est vraiment ennuyeux », ronchonne Mme Yang, 58 ans, résidente de Canton originaire du Shandong (Nord-Est), qui regrette de ne pouvoir profiter de la télévision locale. Venue de Nanjing (au nord de Shanghai), l'enseignante Zhang Yiyi, 72 ans, vit à Canton depuis 1988. Pour elle, « la langue de l'éducation doit rester le mandarin. Le cantonais est une langue régionale ».
A contrario, les promoteurs du cantonais insistent sur sa saveur typique et sa valeur culturelle : « Il est bien plus riche en tons, plus sonore » que le mandarin, avec « un vocabulaire plus étoffé et plus coloré », affirme l'éditeur militant Lao Zhenyu. « Le mandarin a été élaboré il y a seulement 100 ans environ, alors que le cantonais a 1 000 ans d'histoire. Quand nous lisons des poèmes antiques en cantonais, ils riment toujours », affirme-t-il.
(Source : AFP)

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