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La ligne bleue de l’Anti-Liban

Que celui qui n'a pas pris une carte pour voir où se trouve Ersal me jette la première pierre. De même, ceux qui ont compris quelque chose aux événements sanglants de ces derniers jours – pour quelles raisons ils se sont déclenchés et comment ils se sont arrêtés –, qu'ils me traînent dans la boue. Je n'ai pas compris non plus qui a empoché une commission de 500 millions de dollars sur la donation saoudienne d'armes françaises au Liban ni pourquoi l'Arabie saoudite, bien que très fâchée de cette malversation, nous a de nouveau fait, à chaud, la charité d'un milliard de dollars. Je n'ai pas compris par quel miracle les « islamistes » se sont aussitôt repliés derrière la ligne bleue de l'Anti-Liban (je ne me ferai jamais à cette appellation)... ni pourquoi, d'ailleurs, ils sont revenus. Mais je ne comprends rien à la politique.
J'essaye encore, en revanche, de comprendre quelque chose à l'humain. Par ce chaud et pesant dimanche d'août où tous les projets de sortie étaient tombés à l'eau, dans un Beyrouth étrangement désert et silencieux, on se sentait non seulement seul, mais bien démuni du fait de cette solitude et, avec un peu d'imagination, presque en danger. Ce dimanche d'août, donc, je songeais à cet ami qui passe l'été dans la région de Faraya et qui me confiait que ses voisins étaient tous terrorisés à l'idée que les islamistes viennent les cueillir dans leurs maisons, alors qu'ils n'ont « même pas un fusil de chasse pour se défendre ». Chacun mesure la distance qui le sépare de Ersal et le temps qu'il faudrait aux assaillants pour arriver jusqu'à lui. Dans toutes les régions du Liban, druzes, sunnites, chiites ou chrétiennes, c'est la même psychose, la même phobie d'une confrontation avec Daech (ou quelque soit son nom, depuis que la holding el-Qaëda semble démonétisée), ce nouvel épouvantail que l'on dit riche à milliards après qu'il a fait main basse sur des puits de pétrole syriens et irakiens, qui plus est largement armé et équipé, bien que préférant, en puriste, les tribunaux de campagne et les exécutions sommaires au couteau de cuisine. Car c'est sous le label « Daech » qu'ont surgi, à Ersal, ces hommes en armes parfaitement entraînés au combat. En nouveaux maîtres de la situation, ils auraient aussitôt imposé leurs goûts et leurs dégoûts qu'ils n'ont pas comme tout le monde. Ils auraient tiré, par exemple, sur un homme qui fumait tranquillement un narguilé. Bon, c'est un récit de rescapés. Nous, on se demande quelle idée lui a pris, à ce pauvre homme, dans l'urgence de la situation, de fumer cette pipe à eau dont nul n'ignore le rituel exigeant et languide. Non que la situation ne soit préoccupante, mais les rumeurs sont plus létales encore que la réalité. Leur effet est pernicieux sur des populations qui n'ont pas oublié les velléités d'épurations confessionnelles du début de la guerre civile. Chacun se sent visé à cause de son appartenance. Ce dimanche d'août, j'ai moi-même songé que, des innombrables immeubles en construction de la ville pouvaient surgir à tout moment des hordes hirsutes, armées de lance-roquettes cachés dans les parkings des chantiers, et qu'il leur suffirait d'un quart d'heure pour vider tout un quartier.
La peur nous rend racistes et xénophobes. Pourtant, un ennemi commun, quelle aubaine ! Voilà peut-être un aspect de la situation qu'il serait intéressant d'exploiter avec discernement.

Que celui qui n'a pas pris une carte pour voir où se trouve Ersal me jette la première pierre. De même, ceux qui ont compris quelque chose aux événements sanglants de ces derniers jours – pour quelles raisons ils se sont déclenchés et comment ils se sont arrêtés –, qu'ils me traînent dans la boue. Je n'ai pas compris non plus qui a empoché une commission de 500 millions de dollars sur la donation saoudienne d'armes françaises au Liban ni pourquoi l'Arabie saoudite, bien que très fâchée de cette malversation, nous a de nouveau fait, à chaud, la charité d'un milliard de dollars. Je n'ai pas compris par quel miracle les « islamistes » se sont aussitôt repliés derrière la ligne bleue de l'Anti-Liban (je ne me ferai jamais à cette appellation)... ni pourquoi, d'ailleurs, ils sont revenus. Mais je ne comprends rien...
commentaires (8)

Vous ecrivez avec votre ame autant que votre raison.Merci.

SATURNE

22 h 31, le 07 août 2014

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Commentaires (8)

  • Vous ecrivez avec votre ame autant que votre raison.Merci.

    SATURNE

    22 h 31, le 07 août 2014

  • On partage ton avis Fifi . Personne n’a rien compris à cette folie meurtrière , ces commissions versées , nos héros de l’armée tombés bêtement sur le champ d’honneur . Chose certaine chaque libanais devra s’armer pour se défendre de nouveau comme en 1975 .

    Sabbagha Antoine

    17 h 58, le 07 août 2014

  • Merci, Madame Fifi Abou Dib..."d'essayer encore de comprendre quelque-chose à l'humain"...! C'est ce qui rend vos articles toujours si émouvants et dans lesquels nous nos reconnaissons si souvent! Irène Saïd

    Irene Said

    17 h 45, le 07 août 2014

  • Excusez moi ..mais si vous n'avez pas compris ..c'est que peut être l'on vous a trop bien expliqué....!

    M.V.

    15 h 45, le 07 août 2014

  • LES CÂLINS N'ATTIRENT PAS LES MÂLINS... CEUX QUI SE RESSEMBLENT S'ASSEMLENT !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 02, le 07 août 2014

  • ..."ce dimanche d'août, j'ai moi-même songé que, des innombrables immeubles en construction de la ville pouvaient surgir à tout moment des hordes hirsutes...etc.,etc. C'est tellement vrai et aussi mon cas, *Madame Fifi Abou Dib! Tout cela à cause de la bêtise et de l'irresponsabilité de TOUS NOS "DIRIGEANTS" depuis des années... * Vos articles me ravissent à chaque fois, merci ! Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 20, le 07 août 2014

  • Ce "Grand-Liban Oriental si compliqué" des Sunnites, Chïïtes, Druzes, Kurdes, Noussaïrîs et Chrétiens ; tous tragi-comiques ; on ne l’épuisera pas "avec des idées simples" ! C'est évident, dans ce bled sont conglomérés quelques quatre millions de Libanaises et de Libanais niais, grands enfants-adolescents censés trouver comment, dans cette montagne campagnardisée pourrie et crevassée, introduire le dialogue et sortir de la haine et du silence. Cela se déroule toujours très mal, au moment même où s'énoncent encore les sempiternels réquisitoires faits de dégoûts et de peurs, les accusations hélas fondées et les rappels hélas stérilisants. On se contente donc de rejeter, en haussant les épaules, les critiques visant son "propre camp". Et, paraphrasant ces ressassements autistes, le "modérateur!" bää bää bääSSyriaNique, lui ; assurément bien et mal nommé car partial et tranchant ; distille toujours ses précisions de borgne déjà estropié. Et il n'est pas + confortable, au jour d'aujourd'hui, d'être un Libanais Sain à Damas l’ex-Omeyade qu'1 Sain Syrien à Beyrouth la Belle Cité. Mais, comme tout un chacun, on ne peut que succomber à l'agacement et à l’extrême tendresse pour le Grand Liban aguichant et irritant : Lébnéééne ce Beau Pays charmeur et contradictoire qui déçoit, séduit, irrite et comble tout à la fois sans jamais cesser de stimuler. En tout cas, un très Beau patelin dont le parfum de nèfles et de coings au plus loin toujours revient dès lors qu’on l'avait abandonné.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 34, le 07 août 2014

  • "La peur nous rend racistes et xénophobes. Pourtant, un ennemi commun, quelle aubaine !". Ah bon ?! N'était-ce pas Äsraël ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 45, le 07 août 2014

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