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Moyen Orient et Monde - Conflit

En Irak, l’union sacrée des Kurdes contre l’EI pour sauver aussi les déplacés

Des milliers d'Irakiens chrétiens ayant déjà fui l'offensive jihadiste à Mossoul se sont vus de nouveau contraints à la fuite.

Des déplacés irakiens, issus de la minorité yazidie, après la défaite des forces kurdes face aux jihadistes de l’État islamique. Stringer/Reuters

Les combattants kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie ont uni leurs forces dans une rare alliance pour faire face aux jihadistes dans le Nord irakien.


Après les revers cuisants, et face à l'incapacité de l'armée fédérale à contrer les jihadistes, des combattants kurdes du PKK turc, du PYD syrien et des peshmergas irakiens ont uni leurs forces dans une collaboration sans précédent. Les trois groupes, aux relations compliquées et souvent tendues, ont mis temporairement leurs différends de côté dans une sorte d'union sacrée. Les Kurdes venus de Syrie et de Turquie « sont chargés de combattre » les jihadistes « dans la région de Rabia et de Sinjar », à l'ouest de Mossoul, a déclaré hier Hallo Penjweny, haut responsable du parti de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK).
De plus, des civils, en majorité issus de la minorité yazidie, ont fui les jihadistes de l'État islamique (EI) qui ont chassé ces derniers jours les forces kurdes de plusieurs villes proches de Mossoul, tombée aux mains des insurgés sunnites au tout début de leur offensive lancée le 9 juin.

 

(Portrait : Abou Bakr al-Baghdadi, entre la barbarie de ses actions et l'ubiquité de ses silences)


Sinjar, à 50 km de la frontière syrienne, est tombée dimanche, provoquant la fuite de dizaines de milliers de civils paniqués. Jusqu'à 200 000 personnes, selon l'Onu. Cette nouvelle avancée permet à l'EI, qui s'est déjà emparé de larges pans de territoire irakien, d'asseoir son contrôle sur cette zone qui relie Mossoul à la frontière syrienne et, au-delà, aux territoires syriens sous son contrôle. Nombre d'entre eux sont maintenant bloqués dans des montagnes désertiques, menacés autant par la faim et la soif que par les massacres des jihadistes. Selon Bagdad, des hélicoptères de l'armée irakienne leur ont largué 77 tonnes de vivres et d'eau depuis mardi, mais un responsable de l'UPK a prévenu hier que les forces kurdes auraient besoin de plusieurs jours avant de pouvoir leur assurer un passage sûr.

 

(Lire aussi: Des dizaines d'enfants yazidis morts à la suite d'une attaque jihadiste dans le nord de l'Irak)


« Le principal problème pour l'instant c'est qu'ils n'ont pas de nourriture. Ils ont commencé à chasser de petits animaux dans les montagnes, ils mangent tout ce qu'ils peuvent trouver », a déclaré Abou Abbas, qui a réussi à atteindre le Kurdistan, mais dont les enfants sont bloqués dans les montagnes.
« Plusieurs enfants sont déjà morts et ont été enterrés dans la montagne », a-t-il ajouté, expliquant avoir reçu des nouvelles par téléphone. L'Unicef a évoqué mardi un premier bilan de 40 enfants morts.
« Je pense qu'il sera difficile à n'importe lequel d'entre eux de survivre encore plus de deux ou trois jours », a-t-il prévenu. Dans ces conditions terribles, des exemples de solidarité ont vu le jour, assure M. Abbas. Comme ces femmes allaitant plusieurs enfants, qu'ils soient yazidis, chrétiens ou musulmans. La situation dramatique de ces déplacés suscite l'émoi en Irak et dans le monde.

 

(Lire aussi: Pourquoi les peshmergas kurdes ne se sont pas battus pour défendre Mossoul...)

 

« Nous sommes massacrés »
À ce propos, une députée yazidie a éclaté en sanglots mardi au Parlement irakien : « Nous sommes massacrés, notre religion est en train d'être rayée de la surface de la terre », a-t-elle lancé. Le Conseil de sécurité de l'Onu a prévenu que les persécutions de l'EI contre les minorités pouvaient « constituer un crime contre l'humanité ». Dans le même temps, des milliers d'Irakiens chrétiens ayant déjà fui l'offensive jihadiste à Mossoul (Nord) se sont vus de nouveau contraints à la fuite, les jihadistes ayant attaqué trois villages où ils avaient trouvé refuge, a-t-on appris hier auprès du patriarche chaldéen et de témoins.
Hier, un combattant kurde a été tué et 13 autres ont été blessés dans un attentat-suicide à la voiture piégée à un poste de contrôle peshmerga entre Mossoul et Erbil, selon des témoins et des sources de sécurité. Et au moins 18 personnes ont été tuées mercredi dans diverses attaques.
Enfin, au moins trente personnes ont été tuées et 70 blessées dans une série d'attentats hier à Bagdad, a-t-on appris de sources policière et médicale.

 

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