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L'Etat islamique inflige aux forces kurdes un deuxième revers en deux jours

Irak

Les jihadistes s'emparent de Sinjar et jette des milliers de personnes sur les routes.

OLJ/AFP
03/08/2014

Des jihadistes de l'Etat islamique (EI, ex-Daech) se sont emparés dimanche de la ville irakienne de Sinjar, jetant sur les routes jusqu'à 200.000 personnes, selon l'ONU, et infligeant aux forces kurdes leur deuxième revers en deux jours.

La prise de Sinjar, à 50 km de la frontière syrienne, constitue une nouvelle victoire pour les jihadistes qui ont proclamé fin juin un "califat" à cheval sur l'Irak et la Syrie, après s'être emparés d'importants pans de territoires. Elle provoque une vive inquiétude quant au sort des minorités que la ville abrite.

"Les peshmergas (combattants kurdes) se sont retirés de Sinjar, l'EIIL est entré dans la ville", a expliqué à l'AFP Kheir Sinjari, un responsable de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), en désignant l'EI par son ancien acronyme. "Ils ont hissé leur drapeau sur les bâtiments gouvernementaux".
"Les peshmergas se sont repliés dans les zones montagneuses et reçoivent des renforts", a cependant précisé une source haut-placée au sein des forces kurdes.

Située entre la frontière syrienne et Mossoul, Sinjar comptait 310.000 habitants mais accueille aussi des dizaines de milliers de réfugiés ayant fui devant l'avancée des insurgés sunnites ces dernières semaines dans la région. Une partie de ces réfugiés sont des Turcomans chiites.
La ville est aussi le foyer historique des Yazidis, une minorité kurdophone adepte d'une religion pré-islamique en partie issue du zoroastrisme. Les jihadistes les considèrent comme des adorateurs du diable.

(Lire aussi : « À Mossoul, ils ont exécuté un homme juste parce qu'il avait mis tomates et concombres dans le même sac »)

"Des milliers de personnes ont déjà fui (Sinjar), certaines en direction des montagnes avoisinantes qui sont toujours sous contrôle kurde, et également en direction de Dohouk", dans la région autonome du Kurdistan irakien, a indiqué un autre responsable de l'UPK. Selon lui, les combattants de l'EI ont détruit peu après leur arrivée dans la ville le sanctuaire de Sayyeda Zeinab, fille de l'imam Ali et figure vénérée de l'islam chiite.
L'EI a pour sa part publié sur internet des photos de ses membres patrouillant dans la rue principale de Sinjar.

"Tragédie humanitaire"

"Une tragédie humanitaire est en train de se dérouler à Sinjar", a déclaré l'émissaire de l'ONU en Irak, Nickolay Mladenov.
Brendan McDonald, un responsable du bureau de l'ONU pour les affaires humanitaires, a pour sa part évoqué des informations signalant jusqu'à 200.000 personnes déplacées. "Il y a un besoin immédiat en eau, en vivres, en abris et en services médicaux", a-t-il insisté.

La prise de Sinjar intervient au lendemain de celle de Zoumar, une autre ville proche de Mossoul d'où l'EI a chassé les forces kurdes, au prix de combats meurtriers.
Les insurgés se sont emparés en même temps de deux champs de pétrole ayant une production totale de 20.000 barils par jour, Ain Zalah et Batma, et d'une petite centrale électrique.
Zoumar comme Sinjar font partie des zones prises par les peshmergas à la faveur du retrait de l'armée irakienne, complètement dépassée au début de l'offensive des insurgés sunnites en juin.

(Lire aussi : Des dizaines de jihadistes tués par le Hezbollah et les troupes syriennes dans le Qalamoun)

Considérées comme les plus efficaces et les mieux organisées du pays, les forces kurdes sont toutefois sous pression en raison de difficultés financières et du poids que représente la sécurisation d'un territoire élargi de 40%. La région autonome ne touche plus sa part des recettes pétrolières nationales et peine à écouler sa production d'hydrocarbures.

Selon un haut responsable, une délégation kurde est actuellement aux Etats-Unis pour tenter d'obtenir un soutien militaire, ce qui devrait nécessiter en théorie l'accord de Bagdad, où les institutions sont pour l'instant quasi-paralysées.
Après des tractations laborieuses pour élire un président du Parlement sunnite et un président de la République kurde, les élus chiites ont normalement jusqu'au 8 août pour désigner leur candidat au poste de Premier ministre. Le sortant Nouri al-Maliki, dont le bloc est arrivé largement en tête lors des élections d'avril, brigue un troisième mandat mais reste vivement critiqué pour son autoritarisme et son choix de marginaliser la minorité sunnite.

Tout comme les peshmergas, les forces gouvernementales sont à la peine face aux jihadistes. Dans la nuit de vendredi à samedi, au moins 23 soldats ont été tués dans une attaque de l'EI à Jourf al-Sakhr, sur la route reliant les bastions insurgés aux villes saintes chiites au sud de Bagdad.


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