En six jours, les routes du Liban ont témoigné de la mort de plus de huit personnes tandis que 26 autres ont été gravement blessées.
La semaine a été longue et désastreuse en termes d'accidents routiers. En six jours, les routes du Liban ont témoigné de la mort de plus de huit personnes tandis que 26 autres ont été gravement blessées. Dimanche, Jean Bou Chaaya (24 ans) a trouvé la mort sur la route de Bouar-Fatka à 4 heures du matin. Selon ses proches, le jeune homme, fatigué, se serait endormi au volant. Mardi, Johnny Khalil (21 ans) a perdu le contrôle de sa voiture sur la même route à un tournant. Son véhicule a basculé de nombreuses fois avant de s'écraser dans la vallée avoisinante, tuant le conducteur sur-le-champ.
Mercredi seulement, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont signalé 11 accidents qui ont fait 3 morts et 15 blessés en moins de 24 heures. Le même jour, 693 excès de vitesse ont été enregistrés sur tout le territoire. Jeudi, un accident de route à Zawtar, à Nabatiyé, a causé la mort de Hussein Daghman, tandis que sa fiancée Wala' Choucair a été transportée à l'hôpital, gravement blessée.
Au beau milieu de cette série de drames qui n'en finit plus, entre motards déraisonnables, WhatsApp et messages au volant, et routes mal entretenues, une lueur d'espoir semble pourtant poindre. La nouvelle loi sur le code de la route, votée par le Parlement en 2012, et dont l'application a été reportée par le gouvernement en 2013, va finalement être mise en œuvre après que le Conseil d'État eut qualifié d'« invalide et inexistante » la décision du Conseil des ministres à la demande des ONG Yasa et Roads for Life, et du bureau de l'ancien ministre Ziyad Baroud. Une loi moderne qui devrait améliorer les choses sur le terrain si, toutefois, elle est effectivement appliquée.
« Cette loi apporte du nouveau du fait qu'elle tente d'organiser le secteur en créant de nouveaux organismes, comités et institutions jusque-là inexistants au Liban, explique à L'Orient-Le Jour Kamel Ibrahim, secrétaire général de l'association Yasa pour la sécurité routière. La loi stipule en effet la création d'un comité national pour la sécurité routière étant donné que des experts doivent prendre en charge ce dossier, la création d'une unité semblable au sein des FSI qui suivront un entraînement spécial et enfin l'obligation d'intégrer une auto-école avant l'obtention d'un permis de conduire. Ce nouveau code qui comprend 420 articles instaure également un système de points, de sorte que chaque conducteur possède 12 points qu'il perd progressivement à chaque infraction. Une fois tous les points perdus, le permis de conduire est confisqué pour une durée de six mois. »
(Pour mémoire : "Text Or Drive", une application mobile libanaise pour lutter contre les messages au volant)
Outre le système de points, ladite loi permet également l'augmentation du montant des contraventions qui peuvent atteindre dorénavant jusqu'à 2 000 dollars. Selon le responsable des relations publiques au sein des FSI, le colonel Joseph Moussallem, les amendes seront dorénavant progressives. Si par exemple un accident de la route cause la mort d'une personne et que le taux d'alcool sanguin d'un des conducteurs dépasse un gramme par litre, ce dernier écoperait d'une peine de prison. « D'où la nécessité de créer une nouvelle prison pour les accidents de la route, où les prisonniers suivront lors de leurs séjours une éducation sur le code de la route », rappelle le colonel Moussallem.
Les médias, un garde-fou...
Si l'officier est « très optimiste » quant à l'application de ce nouveau code de la route aux critères internationaux, et « qui diminuera sûrement le nombre de victimes et d'accidents au Liban », Kamel Ibrahim, de la Yasa, n'est pas tout aussi enthousiaste, rappelant que l'ancien code de la route n'était même pas appliqué. « Tant qu'il n'y a pas de décision politique à ce niveau, rien ne changera à court terme, dit-il. L'application de ce plan requiert beaucoup d'efforts et de fonds. Par ailleurs, ce code présente de nombreuses limitations. Le syndicat des conducteurs de camions a pu obtenir un amendement permettant d'augmenter la capacité de contenance des poids lourds de 20 % comparé au chiffre initial prévu dans le texte de la loi, sans oublier que l'argent collecté par l'État sur les routes n'ira pas au renforcement de la sécurité routière, mais à d'autres secteurs. »
Affirmant que les premiers chiffres officiels révèlent la mort de plus de 250 personnes sur les routes au Liban dans les six premiers mois de 2014, M. Ibrahim estime que le chiffre réel est encore plus important. « Les accidents ont doublé en nombre entre 2000 et 2014, et nous avons en moyenne 900 morts par an, explique-t-il. Les chiffres de cette semaine de juillet ne nous surprennent pas ; c'est carrément devenu la norme. Il est temps que le dossier devienne une priorité politique, qu'il soit pris en charge par des experts et que les lois soient mises en vigueur de façon à ce que les amendes soient au moins payées. » En réponse à une question, M. Ibrahim a enfin assuré que le nombre d'accidents n'a que très brièvement diminué après la mise en place de radars détecteurs d'excès de vitesse, « en raison de la pression créée par les médias qui ont effrayé les conducteurs à une époque où le ministre Ziyad Baroud avait fait de ce dossier une priorité ».
Du côté des FSI, le colonel Moussallem tient un tout autre discours et se veut plus rassurant. « Il n'est pas vrai que la sécurité routière ne fait pas partie des priorités du ministre Nouhad Machnouk, et le ministère s'active pour l'application de la nouvelle loi qui diminuera le nombre de victimes et d'accidents au Liban, indique le colonel. Mais nous n'avons pas non plus de baguette magique. L'application de cette loi ne requiert pas trop d'argent, mais beaucoup de temps, et elle a commencé à être mise en vigueur à Beyrouth même si nous sommes encore en train d'appliquer les anciens tarifs pour les contraventions. » « À l'époque où les radars ont permis une diminution des accidents de la route, cela était majoritairement dû au rôle joué par les médias, a ajouté Joseph Moussallem. Les radars fonctionnent toujours aujourd'hui pour détecter les excès de vitesse, mais ils ne dissuadent plus les automobilistes. Beaucoup trouvent la somme de 50 000 livres libanaises dérisoire. Quant aux barrages des FSI pour s'assurer des normes de sécurité (ceintures, usages de téléphones portables...), ils sont toujours mis en place, mais de manière limitée. Une grande partie de nos effectifs sont consacrés à la sécurité nationale et à la lutte antiterroriste, et c'est tout aussi important. »
Et de conclure : « Les chiffres de cette semaine sont dramatiques et ils le sont généralement en cette période de l'année, surtout qu'un million et demi de réfugiés sont au Liban et cela doit être pris en considération dans le calcul des moyennes. Les conducteurs sont de plus en plus nombreux, et la plupart ne sont pas qualifiés. Les accidents de la route qui ôtent la vie à nos jeunes sont de véritables tragédies et nous ne pouvons qu'appeler les parents à sensibiliser les enfants aux dangers de la route et à la nécessité de conduire de manière plus prudente, sans prendre de risques inutiles. »
Sensibilisation, oui, mais prévention aussi !
Pour mémoire
Le message de la YASA aux étudiants : soyez responsables !
La YASA déplore les entraves qui bloquent le nouveau code de la route
Le message d’un cœur brisé aux automobilistes : « La vie est une responsabilité » (réservé aux abonnés)
Mercredi seulement, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont signalé 11 accidents qui ont fait 3 morts et 15 blessés en moins de 24 heures. Le même jour, 693 excès de vitesse ont été enregistrés sur tout le territoire....


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Le nombre d'automobilistes qui brûlent les feux rouges sous le nez des policiers, qui regardent (lorsqu'ils regadent...) sans la moindre réaction... Avant de distribuer des amendes aux contrevenants (chose extrêmement nécessaire), il faudrait d'abord tirer l'oreille aux policiers qui sont payés pour veiller à la sécurité des automobilistes et pas pour avoir les yeux rivés sur les messages de leur téléphone portable, bavarder avec un ami ou rêvasser..
21 h 16, le 02 août 2014