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Moyen Orient et Monde - Conflit

L’armée irakienne enlisée dans des combats sans issue

Le Parlement reporte une session cruciale ; trois obus s'abattent à la frontière saoudienne.

Le général Najm Abdallah Sudani (à gauche) a été tué hier dans un bombardement non loin de Fallouja, alors que l’armée mène des opérations dans cette région qui est aux mains des insurgés sunnites depuis janvier. Ahmad Saad / Reuters

Le Parlement irakien, empêtré dans ses divisions, a reporté hier de plus d'un mois une session cruciale, éloignant un peu plus la perspective d'une sortie de crise face à l'offensive d'insurgés sunnites.
Pour tenter de doter le pays d'un gouvernement, le Parlement devait se réunir pour choisir son président, puis un président de la République chargé de désigner le prochain Premier ministre. Mais, en l'absence d'accord sur le futur président de la Chambre, « la session parlementaire a été reportée au 12 août », a indiqué un député sous couvert d'anonymat. Bien que le pays soit au bord de l'implosion, la classe politique semble incapable de mettre de côté ses divergences et ambitions personnelles. Le 1er juillet, la séance inaugurale du Parlement issu du scrutin du 30 avril s'était déjà déroulée dans la confusion la plus totale, les députés s'invectivant ou quittant la salle.

Les États-Unis ont réaffirmé hier que l'union des différentes communautés irakiennes était le seul moyen de repousser l'avancée des jihadistes sunnites, malgré les dysfonctionnements grandissants du système politique du pays. Et l'envoyé spécial de l'Onu Nickolay Mladenov a exhorté hier les blocs politiques à « limiter les jours de négociation et à travailler dans les délais impartis par la Constitution ».

Selon la loi fondamentale, une fois le président de l'Assemblée élu, les députés ont 30 jours pour désigner un président de la République. Ce dernier aura ensuite 15 jours pour désigner un Premier ministre, qui aura à son tour 30 jours pour former un gouvernement. La question la plus épineuse, celle du choix du Premier ministre, également commandant en chef des forces armées, ne sera donc pas réglée avant de longues semaines. Pour rappel, le très contesté chef du gouvernement sortant, le chiite Nouri al-Maliki, au pouvoir depuis 2006 et dont le bloc est arrivé en tête des législatives, a assuré vendredi dernier qu'il ne renoncerait « jamais » à présenter sa candidature.

 

(Lire aussi : En Irak, Maliki affaibli mais bien accroché)

 

Pas de succès militaire
Près d'un mois après le début de cette offensive menée par le groupe radical de l'État islamique (EI) appuyé par des tribus et d'anciens soldats de Saddam Hussein, la situation s'enlise sur le plan militaire, l'armée n'ayant toujours pas repris la main face aux insurgés, en dépit de la livraison d'avions de combats par Moscou, la présence de conseillers militaires américains et l'aide de milices chiites.

 

(Lire aussi:Le prêche du « calife » à Mossoul montre sa force et « le niveau de confiance au sein de son organisation »)


À une vingtaine de km à l'ouest de Bagdad, le commandant de la sixième brigade, le général Najm Abdallah Sudani, a été tué hier dans un bombardement. M. Maliki a assisté à ses funérailles, saluant ce général mort « en martyr sur le champ de bataille ». L'armée mène des opérations dans cette région non loin de Fallouja qui est aux mains des insurgés sunnites, dont des jihadistes de l'EI, depuis janvier. Les autorités tentent de reconquérir cette ville ainsi que des secteurs de Ramadi, 40 km plus à l'ouest, qui échappent à leur contrôle. Ramadi est le chef-lieu d'al-Anbar, une province sunnite frontalière de la Syrie, où une récente offensive des jihadistes a provoqué le déplacement de centaines de milliers d'habitants.

 

(Lire aussi: Les jihadistes forcent des dizaines de milliers de Syriens à quitter leurs villages)


Depuis plus d'une semaine, les forces gouvernementales échouent en outre à reprendre Tikrit, ancien bastion de Saddam Hussein. « L'armée et la police sont perçues comme confessionnelles (...) Elles ne bénéficient donc pas du soutien ou, ce qui est crucial, de renseignements de la part de la communauté sunnite », explique John Drake, analyse du groupe AKE. « Si vous n'avez pas de bons renseignements sur le terrain, vos raids ne sont pas précis, ils provoquent des dommages collatéraux et des blessés, (...) ce qui aggrave la situation », ajoute-t-il.
À Bagdad, au moins cinq personnes sont mortes dans un attentat-suicide dans un quartier à majorité chiite hier, au lendemain d'un autre, revendiqué par l'EI, ayant fait quatre morts.

À la frontière saoudienne
Enfin, trois obus se sont abattus hier sur la région d'Arar, dans le nord de l'Arabie saoudite, frontalière de l'Irak, sans faire de victime, a annoncé un communiqué officiel saoudien. Cette annonce intervient alors que Riyad avait annoncé récemment avoir pris des mesures pour préserver la sécurité du royaume face à l'offensive de l'EI. Rappelons que Riyad a ouvertement accusé Nouri al-Maliki d'avoir conduit l'Irak au bord du gouffre par sa politique d'exclusion des sunnites et a réclamé la formation d'un gouvernement d'entente nationale.

 

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