À Chouafat, le cortège funèbre a accompagné la dépouille de Mohammad Abou Khdeir au milieu d’une marée de drapeaux palestiniens à son domicile puis au cimetière. Finbarr O’Reilly/Reuters
C'est dans un climat de grande tension que des milliers d'habitants de Jérusalem-Est ont participé hier aux funérailles du jeune Palestinien assassiné apparemment en représailles au meurtre de trois Israéliens.
À Chouafat, le cortège funèbre a accompagné la dépouille de Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, au milieu d'une marée de drapeaux palestiniens, à son domicile puis au cimetière. « Par notre sang et par notre âme, nous nous sacrifierons pour le martyr », a chanté la foule, scandant « Allah Akbar » à l'arrivée du corps, enveloppé dans un drapeau palestinien, remis à sa famille après une autopsie.
Le jeune Palestinien avait été enlevé mardi soir près de chez lui. Son cadavre – entièrement brûlé, selon l'avocat de la famille – avait été retrouvé quelques heures plus tard près d'une forêt dans la partie ouest de la ville. Les médias ont évoqué un acte de vengeance après la découverte lundi des corps de trois étudiants israéliens enlevés le 12 juin dans le sud de la Cisjordanie. Des témoins ont affirmé que l'adolescent palestinien avait été emmené de force dans une voiture par « deux Israéliens » tandis qu'un troisième était au volant.
Mais le ministre israélien de la Sécurité publique, Yitzhak Aharonovitch, a souligné que « toutes les pistes » étaient explorées et que le motif du meurtre ne pouvait « être déterminé pour le moment ».
La police israélienne a mobilisé des « milliers » d'hommes hier à Jérusalem-Est pour y maintenir la sécurité.
Interdite aux moins de 50 ans
Certains participants aux funérailles ont néanmoins appelé la branche armée du Hamas à commettre d'autres enlèvements pour obtenir des libérations de prisonniers palestiniens. « Oh Brigades Kassam, vengez, vengez. Faites-le encore et libérez des prisonniers », ont-ils scandé.
Les obsèques du jeune Palestinien ont coïncidé avec le premier vendredi du ramadan, qui attire habituellement des dizaines de milliers de musulmans sur l'esplanade des Mosquées, lieu saint de l'islam dans la vieille ville de Jérusalem. Toutefois, les fidèles n'étaient que 8 000, contre 80 000 l'année dernière, selon une porte-parole de la police. Tard jeudi soir, craignant des désordres, la police avait décidé d'interdire l'accès à l'esplanade aux hommes de moins de 50 ans.
Depuis la mort de Mohammad Abou Khdeir, les émeutes sont quotidiennes à Jérusalem-Est, et les scènes rappellent les intifadas (soulèvements) de 1987-1991 et 2000-2004. En marge de l'enterrement à Chouafat, des heurts ont opposé plusieurs centaines de jeunes Palestiniens aux policiers israéliens déployés en force, selon des journalistes de l'AFP.
Plus de 60 manifestants ont été blessés, dont 9 ont dû être hospitalisés, selon le Croissant-Rouge palestinien. Des heurts sporadiques avaient eu lieu auparavant dans d'autres quartiers de Jérusalem-Est, secteur à majorité arabe occupé et annexé, en particulier à l'entrée de l'esplanade des Mosquées. Un vidéo-clip posté sur YouTube (https://www.youtube.com/watch ? v=HDENWwEDGr4) par la chaîne de télévision Palestine Today a montré un manifestant violemment tabassé à Chouafat, apparemment par des gardes-frontières israéliens et des policiers en civil.
Un cessez-le-feu à Gaza ?
La situation restait aussi tendue à la frontière entre Israël et la bande de Gaza. Quatorze projectiles ont été tirés de Gaza vers le sud d'Israël. L'un d'eux est retombé sur le territoire palestinien tandis que trois autres ont été interceptés par le système de défense antimissile Iron Dome, a annoncé l'armée.
En réponse aux salves de projectiles, Israël a décidé de dépêcher des renforts de réservistes aux abords de la bande de Gaza et a mis en garde le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle l'enclave palestinienne, contre toute « escalade » des violences. L'aviation israélienne a annoncé avoir frappé « trois cibles terroristes du Hamas » dans le sud de l'enclave, sans faire de victimes. En revanche, un agriculteur a été grièvement blessé par des tirs israéliens à la limite de Gaza, selon une source palestinienne.
Mais selon les médias, une trêve pourrait être annoncée dans les prochaines heures, sous les auspices de l'Égypte, entre le Hamas et Israël. Un responsable du Hamas a confirmé, sous le couvert de l'anonymat, que Le Caire était engagé dans une médiation « pour faire revenir le calme ».
Chacun des deux camps réclame toutefois que l'autre fasse le premier pas. Lors d'un rassemblement à Jabaliya, dans le nord de l'enclave palestinienne, des dirigeants du mouvement islamiste ont affirmé que la balle était « dans le camp de l'occupant » (israélien) et que le Hamas répondrait « au calme par le calme, mais à toute agression par la résistance unie ».
Un chef de la sécurité israélienne, cité par le quotidien Jerusalem Post, a estimé pour sa part que ce serait une journée test pour savoir si le Hamas était disposé à un cessez-le-feu. « Nous sommes prêts à deux options : soit les tirs contre nos communautés cessent et nos opérations cesseront aussi. Soit ils continuent et les renforts en place agiront avec force », a averti le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Yuval Steinitz, un ministre proche de Netanyahu, a souligné quant à lui qu'une escalade de la violence à Gaza et en Cisjordanie risquait de gêner les efforts internationaux pour parvenir à un accord définitif sur le nucléaire iranien d'ici au 20 juillet. « Nous ne voulons pas que l'attention de la communauté internationale soit détournée de ce dossier nucléaire iranien, qui représente une menace pour l'existence même d'Israël, bien plus que le terrorisme et les émeutes », a-t-il dit sur la radio de l'armée.
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