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Nos lecteurs ont la parole - Christian Jeanbart

Monsieur le président intérimaire de la République

Dame Constitution vous a oublié, mais les temps qui courent lui rappellent que vous êtes essentiel à notre cher Liban.
Souffrant depuis longtemps du fait que les remplacements sont de plus en plus difficiles, il a cruellement besoin de vous. Pour former un gouvernement, il faut presque un an de conciliabule ; nous reportons les élections législatives et gardons les mêmes acteurs sur scène en attendant une conjoncture providentielle quant au prochain scrutin, sans garantie qu'il se déroule à l'échéance prévue. Aujourd'hui, c'est le chef suprême qui est parti, sans avoir pu passer le flambeau et en ayant écarté toute forme de maintien au pouvoir.
Entre autres mérites, son intransigeance a celui d'éviter le mauvais pli d'un avenant constitutionnel à chaque fin de bail à Baabda.
Oui, mais qu'en est-il de la continuité ? Car en attendant, les dossiers s'amoncellent et les avis sont partagés sur le rôle du Parlement qui, selon l'article 75 de la loi fondamentale, se résume à celui d'un collège électoral ne devant pas délibérer.
Le président Salam tempère les douleurs de l'absence puisque le gouvernement prend la relève et assure collégialement le suivi des affaires de l'État incombant à son chef (article 62). Estimons-nous donc heureux d'avoir réussi à former in extremis un gouvernement et à faire voter la confiance en sa faveur, juste avant d'avoir raté le train de la présidentielle. En effet, imaginons le panorama si nous en étions encore au gouvernement précédent qui, après avoir demandé congé, a été retenu presque un an, faute de substitut. Nous aurions eu un siège présidentiel dont la vacance devait être comblée par un gouvernement qui attendait impatiemment l'heure de son départ et qui se voyait paradoxalement investi d'une nouvelle mission ; et quelle mission ! Reconnaissons qu'avec cela, tous les records étaient battus ; y compris celui des 7 mois funestes de gouvernement démissionnaire en 1969 qui ont précédé et même précipité la signature de l'accord du Caire. L'actuel gouvernement est au moins chargé de cette tâche sans avoir rendu son tablier.
C'est déjà très bien, mais pouvons-nous dormir sur ces lauriers de consolation ? D'ailleurs, au vu des dispositions que l'article 49 fait endosser au chef de l'État (indépendance, unité de la patrie, protéger la Constitution, intégrité du territoire, défense nationale, etc.), l'opinion la plus répandue appréhende que ce provisoire dure ; sans compter la nécessité de sauvegarder l'esprit du Pacte national. Tout cela pour vous dire, Monsieur le président intérimaire, combien vous êtes devenu indispensable. Que faire alors ?
La réponse à cette question est un cheminement qui débouche sur une sonnette d'alarme retentissante. Nul n'a besoin d'être extraordinairement futé pour entrevoir que le dénouement peut se produire rapidement par miracle, grâce au succès de tractations menées discrètement dans les coulisses, ou prendre le temps de laisser murir un compromis, comme celui de Doha (mai 2008) : un accouchement difficile qui aurait pu s'attarder davantage sans les bons offices du Qatar et l'effet accélérateur de l'agitation beyrouthine préalable, ou aussi se produire après avoir laissé écouler le temps qu'il faut pour faire pencher l'un des deux plateaux de la balance. Il reste encore une éventualité, un scénario catastrophe, le fait qu'aucun des trois précités ne se réalise dans une durée raisonnablement limitée. Voyez-vous là un peu mieux l'urgence que vous preniez les commandes durant la période transitoire ?
Vous êtes donc issu de la communauté maronite – Pacte national oblige – sans être forcément un élu, mais vous en êtes un doyen représentatif, valorisé par un palmarès de services que votre cursus vous a fait rendre à la nation, et à qui cette lourde responsabilité n'incombe qu'en cas de vacance totale. Oui, rassurez-vous, la République ne vous dérangera pas si le titulaire est en voyage ou s'il a la grippe. Elle ne vous retiendra pas trop non plus car, passé un délai, la majorité absolue devrait produire ses effets sans conditions.
Si mon idée vous paraît sage et si elle convainc les décideurs, il suffirait de prier Dame Constitution, lors d'une séance parlementaire fructueuse, de changer pour notre salut une ligne et 2 virgules dans son texte de loi fondamentale ; et cette fois-ci pour de bon, afin de ne pas devoir choisir tous les 6 ans entre une reconduction du titulaire sortant et une rebelote du cas présent. Tout le monde y trouverait son compte : la compétition aura le temps d'aboutir sans que la République ne soit orpheline de président, et vous n'aurez qu'à remettre les clés de Baabda à l'heureux gagnant qui aura été en tête de course à l'arrivée.

Christian JEANBART
Master en affaires internationales

Dame Constitution vous a oublié, mais les temps qui courent lui rappellent que vous êtes essentiel à notre cher Liban.Souffrant depuis longtemps du fait que les remplacements sont de plus en plus difficiles, il a cruellement besoin de vous. Pour former un gouvernement, il faut presque un an de conciliabule ; nous reportons les élections législatives et gardons les mêmes acteurs sur scène en attendant une conjoncture providentielle quant au prochain scrutin, sans garantie qu'il se déroule à l'échéance prévue. Aujourd'hui, c'est le chef suprême qui est parti, sans avoir pu passer le flambeau et en ayant écarté toute forme de maintien au pouvoir.Entre autres mérites, son intransigeance a celui d'éviter le mauvais pli d'un avenant constitutionnel à chaque fin de bail à Baabda.Oui, mais qu'en est-il de la continuité ? Car...
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